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UNE PETITE MORTE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018



Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ  Hyacinthos_1

UNE PETITE MORTE

Une petite morte
s’est couchée en travers de la porte.

Nous l’avons trouvée un matin, abattue
sur notre seuil
Comme un arbre de fougère plein de gel.

Nous n’osons plus sortir depuis qu’elle est là
C’est une enfant blanche dans ses jupes mousseuses
D’où rayonne une étrange nuit laiteuse.

Nous nous efforçons de vivre à l’intérieur
Sans faire de bruit
Balayer la chambre
Et ranger l’ennui
Laisser les gestes se balancer tout seuls
Au bout d’un fil invisible
À même nos veines ouvertes.

Nous menons une vie si minuscule et tranquille
Que pas un de nos mouvements lents
Ne dépasse l’envers de ce miroir limpide
Où cette sœur que nous avons
Se baigne bleue sous la lune
Tandis que croît son odeur capiteuse.

(Anne Hébert)

Illustration: Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ 

 

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Elle est brise embaumée (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Oleg Zhivetin
    
Elle est brise embaumée qui vient guérir mon mal,
parfum délicieux, savoureuse haleine.

Elle me fait signe, d’un doigt délicat,
et va d’un pas gracieux, la magie relevant encore le fard de ses yeux.

Au creux de la ramure, elle rayonne, fidèle, dans la nuit,
lumière à l’état pur, tout imbibée de musc.

Quand, de sa paume ouverte, elle m’offre des fleurs de jasmin,
ce sont blanches étoiles que je cueille sur cette lune épanouie.

Corps habillé de grâce, être tout de douceur,
enveloppe de pur parfum, vin capiteux,

Elle berce mon coeur de mots que je savoure comme autant de rêves,
comme une rencontre, au bout de l’exil.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Une petite morte (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



Claude Monet -camille-monet-sur-son-lit-de-mort-1879

Une petite morte
s’est couchée en travers de la porte.

Nous l’avons trouvée au matin, abattue
sur notre seuil
Comme un arbre de fougère plein de gel.

Nous n’osons plus sortir depuis qu’elle est là
C’est une enfant blanche dans ses jupes mousseuses
D’où rayonne une étrange nuit laiteuse.

Nous nous efforçons de vivre à l’intérieur
Sans faire de bruit
Balayer la chambre
Et ranger l’ennui
Laisser les gestes se balancer tout seuls
Au bout d’un fil invisible
A même nos veines ouvertes.

Nous menons une vie si minuscule et tranquille
Que pas un de nos mouvements lents
Ne dépasse l’envers de ce miroir limpide
Où cette soeur que nous avons
Se baigne bleue sous la lune
Tandis que croît son odeur capiteuse.

(Anne Hébert)

Illustration: Claude Monet  

 

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Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2016



Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants
Est favorable à la flânerie à pas lents,
Par la rue, en sortant de chez la femme aimée,
Après un tendre adieu dont l’âme est parfumée.
Pour moi, je crois toujours l’aimer mieux et bien plus
Dans ce mois-ci, car c’est l’époque où je lui plus.
L’après-midi, je vais souvent la voir en fraude ;
Et, quand j’ai dû quitter la chambre étroite et chaude
Après avoir promis de bientôt revenir,
Je m’en vais devant moi, distrait. Le Souvenir
Me fait monter au coeur ses effluves heureuses ;
Et de mes vêtements et de mes mains fiévreuses
Se dégage un arôme exquis et capiteux,
Dont je suis à la fois trop fier et trop honteux
Pour en bien définir la volupté profonde,
– Quelque chose comme une odeur qui serait blonde.

(François Coppée)


Illustration

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Automne (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2015




Automne

Madame l’Automne, d’un geste désinvolte,
A fait virevolte:
Me voici nez à nez
Avec l’Hiver emmitouflé.

Madame l’Automne a emporté
Des couleurs chaudes, un peu rouillées,
Les souvenirs d’un été…
Monsieur l’Hiver emmitouflé
Dis-moi ce que tu nous apportes,
Dis-moi ce que tu nous promets:
Sera-ce la neige immaculée,
Les fils de la Vierge gelés,
Les odeurs de marrons grillés?
La poésie devant mes volets?
Et quand elle sera morte,
S’ouvrira grand la porte
Sur le printemps tant espéré…
Celui qui nous transporte
Dans un tourbillon de senteurs fortes:
Capiteux prélude,
A la plénitude
Du plein été…

(Mireille Gaglio)

 

 

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