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Poésie

Posts Tagged ‘capricieux’

Sans le vouloir, les yeux demandent Grâce (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019


 

Sans le vouloir, les yeux demandent
Grâce. Que dois-je faire d’eux
Quand en ma présence on prononce
Un nom bref et qui sonne haut?

Je marche en suivant le sentier
Près d’un long tas de bûches grises.
Il passe ici un vent léger,
Capricieux, frais, comme au printemps.

Et le coeur las sent qu’on lui parle
En secret de ce qui est loin.
Je sais bien: il vit, il respire,
Il ose ne pas être triste.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Ademaro Bardelli

 

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Les éolides (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



William Holman Hunt _-_Amaryllis [800x600]

Les éolides

O brises flottantes des cieux,
Du beau Printemps douces haleines,
Qui de baisers capricieux
Caressez les monts et les plaines !

Vierges, filles d’Eole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l’Aurore vermeille.

Effleurant le cristal des eaux
Comme un vif essaim d’hirondelles,
De l’Eurotas aux verts roseaux
Revenez-vous, Vierges fidèles ?

Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs,
Et qu’un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive,
Vous gonfliez d’amour la neige de ses flancs
Sous le regard charmé de l’Epouse pensive.

L’air où murmure votre essor
S’emplit d’arome et d’harmonie :
Revenez-vous de l’Ionie,
Ou du vert Hymette au miel d’or ?

Eolides, salut ! O fraîches messagères,
C’est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ;
Et le clair Ilissos d’un flot mélodieux
A baigné le duvet de vos ailes légères.

Quand Theugénis au col de lait
Dansait le soir auprès de l’onde,
Vous avez sur sa tête blonde
Semé les roses de Milet.

Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d’Homère,
Plus tard prenant la route où l’Alphée aux flots bleus
Suit Aréthuse au sein de l’étendue amère,
Dans l’Ile nourricière aux épis onduleux,

Sous le platane où l’on s’abrite
Des flèches vermeilles du jour,
Vous avez soupiré d’amour
Sur les lèvres de Théocrite.

Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais,
Rires des Immortels dont s’embellit la Terre,
C’est vous qui fîtes don au pasteur solitaire
Des loisirs souhaités à l’ombre des forêts.

Au temps où l’abeille murmure
Et vole à la coupe des lys,
Le Mantouan, sous la ramure,
Vous a parlé d’Amaryllis.

Vous avez écouté, dans les feuilles blotties,
Les beaux adolescents de myrtes couronnés,
Enchaînant avec art les molles reparties,
Ouvrir en rougissant les combats alternés,

Tandis que drapés dans la toge,
Debout à l’ombre du hallier,
Les vieillards décernaient l’éloge,
La coupe ornée ou le bélier.

Vous agitiez le saule où sourit Galatée,
Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs,
Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée,
Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.

Quand les vierges au corps d’albâtre,
Qu’aimaient les Dieux et les humains,
Portaient des colombes aux mains,
Et d’amour sentaient leurs coeurs battre,

Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant
Les hymnes de Vénus, la volupté divine,
Et tendiez leur oreille aux plaintes de l’amant
Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.

Oh ! combien vous avez baisé
De bras, d’épaules adorées,
Au bord des fontaines sacrées,
Sur la colline au flanc boisé !

Dans les vallons d’Hellas, dans les champs Italiques,
Dans les Iles d’azur que baigne un flot vermeil,
Ouvrez-vous toujours l’aile, Eolides antiques ?
Souriez-vous toujours au pays du Soleil ?

O vous que le thym et l’égile
Ont parfumés, secrets liens
Des douces flûtes de Virgile
Et des roseaux Siciliens,

Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez-nous encor !
Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or,
Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !

(Leconte de Lisle)

Illustration: William Holman Hunt

 

 

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La demoiselle (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



La demoiselle.
Sur la bruyère arrosée
De rosée ;
Sur le buisson d’églantier ;
Sur les ombreuses futaies ;
Sur les haies
Croissant au bord du sentier ;

Sur la modeste et petite
Marguerite,
Qui penche son front rêvant ;
Sur le seigle, verte houle
Qui déroule
Le caprice ailé du vent ;

Sur les prés, sur la colline
Qui s’incline
Vers le champ bariolé
De pittoresques guirlandes ;
Sur les landes ;
Sur le grand orme isolé,

La demoiselle se berce ;
Et s’il perce
Dans la brume, au bord du ciel,
Un rayon d’or qui scintille,
Elle brille
Comme un regard d’Ariel.

Traversant, près des charmilles,
Les familles
Des bourdonnants moucherons,
Elle se mêle à leur ronde
Vagabonde,
Et comme eux décrit des ronds.

Bientôt elle vole et joue
Sur la roue
Du jet d’eau qui, s’élançant
Dans les airs, retombe, roule
Et s’écoule
En un ruisseau bruissant.

Plus rapide que la brise,
Elle frise,
Dans son vol capricieux,
L’eau transparente où se mire
Et s’admire
Le saule au front soucieux ;

Où, s’entr’ouvrant blancs et jaunes,
Près des aunes,
Les deux nénuphars en fleurs,
Au gré du flot qui gazouille
Et les mouille,
Étalent leurs deux couleurs ;

Où se baigne le nuage ;
Où voyage
Le ciel d’été souriant ;
Où le soleil plonge, tremble,
Et ressemble
Au beau soleil d’Orient.

Et quand la grise hirondelle
Auprès d’elle
Passe, et ride à plis d’azur,
Dans sa chasse circulaire,
L’onde claire,
Elle s’enfuit d’un vol sûr.

Bois qui chantent, fraîches plaines
D’odeurs pleines,
Lacs de moire, coteaux bleus,
Ciel où le nuage passe,
Large espace,
Monts aux rochers anguleux,

Voilà l’immense domaine
Où promène
Ses caprices, fleur des airs,
La demoiselle nacrée,
Diaprée
De reflets roses et verts.

Dans son étroite famille,
Quelle fille
N’a pas vingt fois souhaité,
Rêveuse, d’être comme elle
Demoiselle,
Demoiselle en liberté ?

(Théophile Gautier)

 

 

 

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Assis au pied des choses (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



    

Assis au pied des choses,
tu reprends doucement ton ancien métier
de musicien des rues :
tu notes les gouttes
capricieuses de mars
tombant du toit sur les jacinthes,
les oiseaux revenus,
la conversation des filles qui passent
avec leurs secrets.
Toutes les voix se posent
sur les balcons, les branches, les fils parallèles
qui traversent ton coeur.
Toutes sont accordées.
Tu cherches des yeux au sommet des arbres,
entre les nuages,
l’ange silencieux qui t’a rapporté
la mesure et la clef.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Bulle de savon (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018




Bulle de savon

Bulle, bulle, jolie bulle
Où j’aperçois mon visage
Plus rond que la pleine lune.
Ah! méfie-toi des branchages,
Du vent toujours capricieux,
Des oiseaux et des nuages!
Monte tant que tu peux,
Monte, monte jusqu’au ciel
Et donne-moi des nouvelles
Toutes fraîches du bon Dieu.

(Maurice Carême)

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Aux immortels couchants ! (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Guy Baron
    
Aux immortels couchants !

Le vent a moissonné les gestes gracieux
De notre amour sincère, une feuille d’aurore
Aux immortels couchants ! Remous capricieux !
J’ai entendu ton encre ou j’ose à peine éclore.

L’allure débraillée en matin de printemps,
Je darderai l’étoile éclose de ton rêve,
Je t’offrirai l’éclair de mon âme, le temps
D’une éphémère vie, un dévoué sans trêve.

Ambitieux d’espoir à l’abri des lotus
Sacrés, et sur le lac immortel, l’espérance
Est des schèmes émus, des songes court-vêtus
Un sanctuaire en fils brodés de patience.

Un calicot fleurit d’or pour te contempler !
J’ai rêvé ton soleil ou dansent tes lumières,
Et j’ai carillonné la noirceur pour pleurer !
Sur ta peau j’ai glissé sur tes épistolières.

Et ta fontaine arrose ainsi tes mots d’amour
Que l’océan des nuits profondes et magiques
A dessiné l’éclat des violons du jour
Ou le silence implore ainsi nos sens cloniques !

L’écho de mes douceurs s’évanouira au ciel
Comme un cristal limpide, un tableau poétique
Illuminé d’aisance, un amour essentiel
Pour tracer le portrait de notre été lyrique.

(James Denis)

 

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Legs (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Legs

Je ne laisserai de moi aucun hymne radieux,
aucune voix matinale palpitant dans la brume
qu’une secrète épine puisse arracher à quelqu’un.

De tout ce qu’aura pu être mon pas capricieux
à travers la vie, restera, car le reste s’estompe
une pierre qu’il y avait au milieu du chemin.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Matin (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

Andrey Belle 27

Matin

Voici le matin bleu. Ma rose et blonde amie
Lasse d’amour, sous mes baisers, s’est endormie.
Voici le matin bleu qui vient sur l’oreiller
Éteindre les lueurs oranges du foyer.

L’insoucieuse dort. La fatigue a fait taire
Le babil de cristal, les soupirs de panthère.
Les voraces baisers et les rires perlés.
Et l’or capricieux des cheveux déroulés
Fait un cadre ondoyant à la tête qui penche.
Nue et fière de ses contours, la gorge blanche
Où, sur les deux sommets, fleurit le sang vermeil,
Se soulève et s’abaisse au rhythme du sommeil.

La robe, nid de soie, à terre est affaissée.
Hier, sous des blancheurs de batiste froissée
La forme en a jailli libre, papillon blanc.
Qui sort de son cocon, l’aile collée au flanc.

A côté, sur leurs hauts talons, sont les bottines
Qui font aux petits pieds ces allures mutines,
Et les bas, faits de fils de la vierge croisés,
Qui prennent sur la peau des chatoiements rosés.

Epars dans tous les coins de la chambre muette
Je revois les débris de la fière toilette
Qu’elle portait, quand elle est arrivée hier
Tout imprégnée encor des senteurs de l’hiver.

(Charles Cros)

Illustration: Andrey Belle

 

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DANS LES FLEURS (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



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DANS LES FLEURS

Mignonne, allons-nous-en dans un pays de songe,
Joli, capricieux, absurde, comme vous,
Azuré d’impossible et fleuri de mensonge,
Où les arbres, les eaux et le ciel seront fous.

Regardez! Le soleil sort de chez sa maîtresse
En galant négligé du matin, pâli, las,
Tandis qu’à l’horizon traînant sa noire tresse
Elle lui jette au nez des bouquets de lilas.

Lilas de l’aube, blancs lilas semés de perles!
Mettez à votre front ce nimbe gracieux.
La diane déjà chante au gosier des merles.
Les feuilles au réveil s’ouvrent comme des yeux.

Le ruisseau qui gazouille a pour vous des cascades
De diamant ou bien des miroirs de cristal.
Les cailloux du sentier roulent des noix muscades,
Et l’écorce du bois est en bois de santal.

Le vent luxurieux sur vos lèvres dérobe
L’arôme des baisers et le vol des chansons,
Et le désir troublant qui dort sous votre robe
Fait courir un frisson d’amour dans les buissons.

Et sous vos pieds, vos mains, vos regards, votre haleine,
Tout va fleurir dans la forêt d’enchantement.
De fleurs aux mille noms pour que l’herbe soit pleine,
Fée, il vous suffit de m’aimer un moment.

L’héliotrope sombre embaumant la vanille,
L’aspérule aux relents de musc, le romarin,
La marjolaine en blanc qu’on nomme la gentille,
La sauge qui dans l’air met un souffle marin,

L’encens du basilic, la myrrhe des glycines,
L’œillet qui sent le poivre et l’anis plein de miel,
La gueule ouverte rouge et or des capucines,
Le bleu myosotis, gouttelette de ciel,

La mauve, le muguet, les lis, les violettes,
Le chèvrefeuille avec ses coraux blancs-rosés,
La lavande, l’iris, le thym, ces cassolettes,
Tous les pois de senteur, ces papillons posés,

La jacinthe, l’arum, l’ache, les amarantes.
Les clochetons ambrés des pAles liserons,
Les roses, firmament d’aurores odorantes,
Tout va s’épanouir quand nous nous baiserons .

Au printemps de nos cœurs tout se mêle et s’enivre.
Etreintes de parfums, de formes, de couleurs!
Notre baiser d’aveu, comme un clairon de cuivre,
Sonne la charge en rut aux batailles des fleurs.

Mignonne, nous voici noyés dans cette foule.
Tu n’y peux échapper, c’est en vain que tu cours.
Les fleurs aiment encor sous ton pied qui les foule.
Sous nos corps enlacés les fleurs aiment toujours.

Leur sang coule embaume du cœur de leurs calices.
Bu par les vents, pareils à des chiens maraudeurs.
Qui traînent dans l’air chaud saturé de délices
Des lambeaux de couleurs, de formes et d’odeurs.

Elles meurent d’aimer. Elles meurent, qu’importe?
Mort d’amour, ô le plus savoureux des trépas!
Et leur dernier soupir est un souffle qui porte
L’âpre besoin d’aimer à ceux qui n’aiment pas.

Mignonne, mourons comme ces fleurs qui s’aiment.
Donnons tout notre sang de désirs parfumé,
Et que les vents, grisés par nos baisers qu’ils sèment,
Aillent dire partout que nous avons aimé.

Qu’ils le disent au bois, au champ, à la ravine,
Le disent à la nuit et le disent au jour.
Qu’ils disent par sanglots notre extase divine
Au monde fatigué qui ne sait plus l’amour!

Qu’ils le disent au ciel, à la nature entière,
Qu’ils racontent que nous nous sommes épousés
Et que l’éternité de toute la matière
A fleuri ce jour-là dans un de nos baisers!

(Jean Richepin)

 

 

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Première brise (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Première brise

Nous irons au soleil respirer le printemps
Qui descend du ciel pur en rayons éclatants.
L’air est déjà chargé de tiédeur vaporeuse,
Flottante et douce comme une fumée heureuse.
Tout le long des sentiers où la neige a fondu
Et par petits ruisseaux d’argent clair descendu,
Sous le rayonnement royal du jour superbe,
Nous chercherons, joyeux et penchés, les brins d’herbe
Dont l’émeraude pointe au travers du sol brun,
Et nous aurons un mot de bonheur pour chacun.

Car sur l’herbe le rêve éclot et bat des ailes,
Comme un grand papillon sur des fleurs éternelles,
Qui, du haut de son vol capricieux, croit voir
Frémir au vent d’été les œillets et les roses,
Cependant que le jour s’éteint en reflets roses
Et que tous les parfums s’exhalent vers le soir…

(Albert Lozeau)

 

 

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