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Tu captes les départs immobiles (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



 

 Brendan Monroe Observer__before_sleep_

Tu captes les départs immobiles
au fond d’un rêve où tu laves tes sensations

Tu emplis la rue de ta solitude tendue
et les femmes qui auraient pu t’arrêter
ont déjà emprisonné leurs corps

Tu épuises dans des rencontres sans attente
les biceps que tu allonges dans les stades
et les murs tendres de ta prison
— tu tends des velours pour masquer les pièces —
ne cassent pas souvent ta tête
quand tu la jettes
dans des départs qui ne seront pas réalisés

C’est bien — on le sait que tu as des élans
mais tu retombes assis dans ton aventure assise
enfant
qui par sursaut t’aperçois
que les grains de ta vie tombent tombent
et que se vide ta puissance
et que s’alourdit la moitié basse de ton sablier

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Brendan Monroe

 

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A UN MORT (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



 

Bill Viola  Le seuil

A UN MORT

Ou dit que tu as rendu l’âme.
Rendue à quoi, ton âme, dis ?

Je sais : L’eau qui gonfle et grandit
Les jacinthes et les jonquilles,
L’eau des ruisseaux et l’eau des larmes
A l’océan sera rendue,
Rendue avec exactitude.

Mais ces limites adorables ?
Mais ces façons, ah ! sans doute à jamais uniques
De capter, de régir l’immuable trésor,

De prendre part à l’aventure,
De refléter cette lumière en marche ?

Je sais, d’autres viendront, pareils à toi ;
Pareils ? Comme le sont tous les fruits du même arbre :
Il n’y en a pas deux qui aient exactement
Même couleur, même forme et même parfum.

On dit que tu as rendu ton âme…

La médaille au creuset rendue
N’est plus que poids et que métal.

Ton esprit n’est plus que l’Esprit.

Ah ! que l’or brut soit éternel., peu nous importe !
Nous aimions ce lingot frappé
A ton effigie,
Et dont rien ne reste qu’une empreinte
— Déjà changée ! —
Dans nos mémoires.

(Charles Vildrac)

Illustration: Bill Viola

 

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SAPHIR (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



SAPHIR

Par l’étoile captée dont tu retiens le feu,
l’azur où tu détiens les alcyons de lumière,
tu dis l’alaude bleue des ères
où le jour chante,
tu dis le ciel tombé avec les premiers anges.
Ne meure, mémoire de l’Astre.
Demeure, Foudre enclose en ton feu pacifié.

(Jacques Lacarrière)

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Je crois au langage des sourds-muets (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




    
Je ne crois pas au pain
que je mange
l’eau que je bois
aux paroles
qui n’en sont pas

Je crois au langage
des sourds-muets
qui capte
et transmet le silence

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le bien que rien ne contient (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


 


 

Patricia Traub 14

Le bien que rien ne contient

Il avait son bien.
C’était le seul bien qui lui importait.
Rien ne pouvait le contenir, ni une poche, ni la paume de sa main.
On pouvait, parfois, en capter une trace dans ses yeux.
Il voulait partir. Partir avec son bien. Il fit ses valises.
Aux barrières les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Ils n’avaient pas ouvert ses valises. Il s’en revint avec son bien.
Il se fit couper un vêtement sans plis, ni poches, et se présenta aux barrières, sans bagages.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il s’en retourna. Mais il lui fallait vraiment partir. Avec son bien.
Alors il alla, nu, aux barrières.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il demeura nu. Avec son bien. Que rien ne pouvait contenir.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Patricia Traub

 

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MACHINE INUTILE (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



 

    

MACHINE INUTILE

Une machine à faire du bruit,
qui s’ébroue et supplie et proclame,
pas seulement pour vous faire taire,
peut-être pas pour m’amuser,
construite en mots dépaysés
pour se décolorer l’un par l’autre,
pour entrer dans l’épais du grain
pour y trouer tous les grains,
pour y passer par les trous
pour y pomper l’eau imprenable
dont le courant gronde sans bruit,
machine à capter ce silence
pour vous en mettre dans l’oreille
à grands coups d’ailes inutiles.

(André Frénaud)

 

Recueil: Il n’y a pas de paradis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Elle n’était même pas atterrante comme un Ange (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018



Lorenzo Costa_Marie 004 [800x600]

Hommage aux anges
[40]

Ceci n’est ni rune ni symbole,
ce que je veux dire est — c’est si simple

pourtant aucune ruse du stylo ou du pinceau
ne pourrait capter cette impression ;

ce que je voulais indiquer était
une nouvelle phase, une nouvelle distinction de couleur ;

je voulais dire, j’ai dit
qu’il n’y avait ni éclat, ni reflet,

ni ombre ; quand j’ai dit blanc,
je ne voulais pas dire blanc de sculpteur ou de peintre,

ni porcelaine ; blanc pâle ne pourrait pas
en donner l’idée, car quand

la neige fraichement tombée (ou la neige
au moment où elle tombe) est-elle pâle ?

pourtant maintenant, nous titubons, nous sommes perdus —
que pouvons-nous dire ?

elle n’était pas impalpable comme un spectre,
elle n’était pas terrifiante comme un Esprit,

elle n’était même pas atterrante
comme un Ange.

[41]

Elle portait un livre, soit pour suggérer
qu’elle était des nôtres, avec nous,

soit pour indiquer qu’elle était satisfaite
de notre intention, un tribut aux Anges ;

pourtant bien que le campanile ait dit,
Gabriel, Azraël,

bien que le campanile ait répondu,
Raphaël Urgel,

bien qu’une note distante sur l’eau
ait sonné Annaël, et que Michel

ait été implicite dès le début,
une autre cloche, profonde, sans nom, résurgente

a répondu, couvrant toutes les autres :
souviens-toi, là où il n’y avait

que faire de la lune pour luire…
je ne vis point de temple.

***

This is norune nor symbol,
what Î mean is-it is so simple

yet no trick of the pen or brush
could capture that impression;

what I wanted to indicate was
a new phase, a new distinction of colour;

I wanted to say, I did say
there was no sheen, no reflection,

no shadow; when I said white,
I did not mean sculptor’s or painter’s white,

nor porcelain; dim-white could
not suggest it, for when

is fresh-fallen snow (or snow
in the act of falling) dim?

yet evenino’o we`stumble, we are lost—
what can we say?

she was not impalpable like a ghost,
she was not awe-inspiring like a Spirit,

she was not even over-whelming
like an Angel.

She carried a book, either to imply
she was one of us, with us,

or to suggest she was satisfied
with our purpose, a tribute to the Angels

yet though the campanili spoke,
Gabriel, Azrael,

though the campanili answered,
Raphael, Uriel,

thought a distant note over-water
chimed Annael, and Michael

was implicit from the beginning,
another, deep, un-named, resurging bell

answered, sounding through them all:
remember, where there was

no need of the moon to shine .. .
I saw no temple.

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Lorenzo Costa

 

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Ce qui s’offre à nous (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



Ce qui s’offre à nous avec la lumière des étoiles,
ce qui s’offre à nous,
capte-le tel un monde sur ton visage,
ne le prends pas à la légère.

Montre à la nuit que tu reçus silencieusement
ce qu’elle a apporté.
Ce n’est que lorsque tu te seras confondu avec elle
que la nuit te connaîtra.

***

Was sich uns reicht mit dem Sternenlicht,
was sich uns reicht,
faß es wie Welt in dein Angesicht,
nimm es nicht leicht.

Zeige der Nacht, daß du still empfingst,
was sie gebracht.
Erst wenn du ganz zu ihr übergingst,
kennt dich die Nacht.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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Le chardon mauve (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



Le chardon mauve

dans l’heure grise
la brume
alourdit un bruit lointain de pas
les objets
se carrent dans l’oubli
à ras de terre
un chardon capte seul
de quoi rester mauve

(Hédi Kaddour)

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Juste devant moi (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



Juste devant moi
impérieux
l’oiseau strie l’espace

Capte mon regard
l’emporte au loin
vers l’autre rive

Ne me le rend pas

(Claude Pujade-Renaud)

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