Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘captive’

L’ENFANT MUET (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2019



 

Jarek Puczel _90

L’ENFANT MUET

L’enfant cherche sa voix
(le roi des grillons l’a prise)

Dans une goutte d’eau
l’enfant cherchait sa voix.

Je n’en veux pas pour parler
mais pour en faire une bague
qui portera mon silence
en son tout petit doigt.

Dans une goutte d’eau
l’enfant cherchait sa voix.

La voix captive au loin
mettait un habit de grillon.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Jarek Puczel

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chanson du chiffonnier (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



chanson du chiffonnier

le chiffonnier du faubourg
que personne n’écoute
fait le tour de la ville
avec son poney bleu

il sait seules permises
les chansons sans paroles
et pourtant il fredonne
une complainte étrangère

à son passage les seins
des femmes ignorantes
s’émeuvent doucement
blanches bêtes captives

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Edouard Manet

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Tiens-moi dans ta main inconnue (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Tiens-moi dans ta main inconnue
et ne me lâche pas.
Conduis-moi par des ponts brillant de la lumière du matin
dessus les abîmes vertigineux
où tu tiens l’obscurité captive.

Mais l’obscurité ne peut longtemps être tenue captive.
Bientôt ce sera soir au-dessus de tes ponts
et nuit.
Et peut-être serai-je très seul.

***

Håll mig i din okända hand
och släpp mig inte.
För mig på morgonljusa broar
över de svindlande djup
där du håller mörkret fängslat.

Men mörkret fängslar man inte länge.
Snart skall det vara afton över dina broar
och natt.
Och kanske skall jag vara mycket ensam.

(Pär Lagerkvist)


Illustration

Posted in dessins, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Le coeur pris par elle en secret (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

George Frederick Watts-« Choisir »

Le coeur pris par elle en secret

Toute grâce et toutes nuances
Dans l’éclat doux de ses seize ans,
Elle a la candeur des enfances
Et les manèges innocents.

Ses yeux, qui sont les yeux d’un ange,
Savent pourtant, sans y penser,
Eveiller le désir étrange
D’un immatériel baiser.

Et sa main, à ce point petite
Qu’un oiseau-mouche n’y tiendrait,
Captive sans espoir de fuite,
Le coeur pris par elle en secret.

L’intelligence vient chez elle
En aide à l’âme noble; elle est
Pure autant que spirituelle:
Ce qu’elle a dit, il le fallait

Et si la sottise l’amuse
Et la fait rire sans pitié,
Elle serait, étant la muse,
Clémente jusqu’à l’amitié,

Jusqu’à l’amour – qui sait? peut-être,
A l’égard d’un poète épris
Qui mendierait sous sa fenêtre,
L’audacieux un digne prix

De sa chanson bonne ou mauvaise!
Mais témoignant sincèrement,
Sans fausse note et sans fadaise,

(Paul Verlaine)

Illustration: George Frederick Watts

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Japoneries (Paul Morin)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018



 

Abraxsis Der Jen 21 [1280x768]

Japoneries

J’ai peint ces vers sur la soierie
D’un frêle éventail japonais,
Où courait une broderie
De fils d’or, de nacre et de jais:

Nid de polychromes mousmées
Dont les silhouettes s’en vont,
Grêles, mignardes et grimées,
Se perdre au clair de lune blond;

Fantasque pays d’hippogriffes
Dont les temples d’ocre vêtus
Et flanqués de monstres à griffes
Jaillissent, bulbeux ou pointus,

Et se reflètent dans la moire
Azuréenne d’un bassin
D’onyx rose ou de pâle ivoire,
De granit rouge ou de succin;

Rafales nippones, fleuries
De la neige des fleurs de thé
Que moissonne aux branches meurtries
Le vent nocturne de l’été;

Pagodes bizarres, dieux blêmes,
Geishas en robe de crépon,
Jardins gemmés de chrysanthèmes
D’iris, de jonquilles… Japon!

Pays où la brise sans trêve
Berce les lotus et les lis,
Pays secret d’extrême rêve
Peuplé de flamants et d’ibis;

Petit empire aux vertes rives,
Sensuel, bigarré, charmant,
Tu me déplais et me captives,
Tout chez toi me semble alarmant,

Et le vif carmin de ta lèvre,
Et tes masques et tes chansons…
Petit empire des frissons,
Des frissons d’angoisse et de fièvre
Dont meurent, au matin pâli,
Tes mille et une Butterfly…

(Paul Morin)

Illustration: Abraxsis Der Jen

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

En revenant… (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2017



En revenant…

Elle disait en revenant :

– Ce n’est pas le sujet dont nous avons parlé :
Nous bavardions sans but comme des étrangers
Qu’on a laissés ensemble…

Ce ne sont pas non plus ses façons avec moi :
Il était avec moi comme avec tous les autres.

Mais je le sens, je le sais,
Sûrement, entre nous deux,
Quelque chose est commencé !
Sûrement, c’est aujourd’hui,
– Car me voici trop contente –
C’est aujourd’hui ce départ
Que j’attendais, que j’attendais !

Elle disait aussi : Mais non …
Je suis folle, je me trompe ;
Il n’y a aucune raison…

Enfin elle disait : Je veux savoir !
Oh ! que bientôt je le revoie !
La prochaine je serai
Comme lorsqu’on a cru entendre
Un bruit léger, un bruit caché
Et qu’on retient longtemps son souffle
Et qu’on s’applique à «écouter…

Lui se disait
– Elle aurait pu causer avec tant d’autres…
Et c’est avec moi seul qu’elle est restée.

La fois prochain, en lui parlant,
Je la regarderai dans les yeux
Et je profiterai d’un moment
De silence pour lui sourire.

Vint le jour d’une autre rencontre ;
Mais vraiment tout agit contre eux :
Elle, fut captive d’un autre.
Lui, fut entouré, cerné.

Des gens s’amassèrent entre eux
Comme un bois entre deux chaumières,
Les empêchant de se rejoindre
Fût-ce avec les yeux…

En revenant, chacun disait :
Que je demeure donc avec ma tristesse
Et ma pauvreté !

Je m’étais trompé, il n’y avait rien.
Rien que le hasard et que mon attente.

Il n’y avait rien , se disait-elle.
Que la politesse.
Il n’y avait rien, se disait-il,
Que ma fatuité.

(Charles Vildrac)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Avec ma gueule de métèque (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



 

georges moustaki-en-1972

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Avec mes yeux tout délavés
Qui me donnent l´air de rêver
Moi qui ne rêve plus souvent
Avec mes mains de maraudeur
De musicien et de rôdeur
Qui ont pillé tant de jardins
Avec ma bouche qui a bu
Qui a embrassé et mordu
Sans jamais assouvir sa faim

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
De voleur et de vagabond
Avec ma peau qui s´est frottée
Au soleil de tous les étés
Et tout ce qui portait jupon
Avec mon cœur qui a su faire
Souffrir autant qu´il a souffert
Sans pour cela faire d´histoires
Avec mon âme qui n´a plus
La moindre chance de salut
Pour éviter le purgatoire

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Je viendrai, ma douce captive
Mon âme sœur, ma source vive
Je viendrai boire tes vingt ans
Et je serai prince de sang
Rêveur ou bien adolescent
Comme il te plaira de choisir
Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d´amour
Que nous vivrons à en mourir

Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d´amour
Que nous vivrons à en mourir

(Georges Moustaki)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Mon mari m’a battue avec une ceinture ouvragée (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Mon mari m’a battue avec une ceinture
Ouvragée, qu’il tenait par le milieu.
Pour toi tout contre la fenêtre
Je passe la nuit, avec une lampe.

Voici l’aube. Au-dessus de la forge
Monte une légère fumée.
Hélas, je suis une triste captive.
Encore une fois, tu n’as pas pu venir.

C’est pour toi que j’accepte cette vie,
Cette vie grise, cette vie-torture.
Est-ce que tu aimes une blonde ?
Est-ce une rousse qui t’attire ?

Comment vous cacher, mes plaintes?
Mon coeur est ivre, sombre, lourd.
D’étroits rayons viennent s’étendre
Sur le lit qu’on n’a pas défait.

(Anna Akhmatova)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Iris noirs (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Iris noirs

Dans les iris, à l’ombre de la tour,
veillent les loups du ciel, les yeux mi-clos,
prêts à bondir dans le soir innocent.

Mère prudente, écarte de la tour
l’enfant captive aux mailles du parfum
et qui déjà dérive de ta chair.

Tourne la clef, lève l’aube des lampes
sur un rucher de pacifiques fleurs,
pour conjurer cette agression de flammes.

En vain! La nuit des iris a gagné
la chambre creuse où l’enfant se dévêt.
Ta fille brûle, et te voilà perdue.

(Jean Joubert)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Toi qu’empourprait l’âtre d’hiver comme une rouge nue (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2017



Toi qu’empourprait l’âtre d’hiver
Comme une rouge nue
Où déjà te dessinait nue
L’arôme de ta chair;

Ni vous, dont l’image ancienne
Captive encor mon coeur,
Île voilée, ombres en fleurs,
Nuit océanienne;

Non plus ton parfum, violier,
Sous la main qui t’arrose,
Ne valent la brûlante rose
Que midi fait plier.

(Paul-Jean Toulet)

Illustration: Pascal Renoux

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :