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Posts Tagged ‘captivité’

Derrière les barbelés de ma captivité (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Derrière les barbelés de ma captivité
s’alourdit de graines inemployées ma jeunesse…
Prisonnier de guerre.
Ma liberté dans une cage aux barreaux espacés
— Plus espacés que mon corps
moins larges que ma nostalgie errante —
Cheval au galop qui revisite ma vie…
mon front sourd écrase mes mots…
j’ai voyagé comme je n’ai pas voulu
j’ai demeuré plus que je n’ai voulu…

(Guy Lévis Mano)

 

 

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Qui suis-je ? Que suis-je ? (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Qui suis-je ? Que suis-je ? Tout juste un songe-creux
Qui a perdu la clarté de ses yeux
Dans les ténèbres. J’ai vécu cette vie comme il faut
Sur cette terre, de concert avec les autres.

Nous nous embrassons par habitude,
Et puis j’ai tant embrassé.
Ainsi je dis des mots d’amour
Comme on gratte des allumettes.

Bien-aimée, ma chérie, pour toujours,
Mais dans l’âme ça ne bouge pas.
Éveille le désir chez l’homme :
Sa vérité tu ne la trouves pas.

C’est pour cela qu’il ne m’est pas cruel
De ne pas désirer, d’exiger de flamme,
Et toi, mon vivant bouleau, toi,
Tu es créé pour beaucoup et pour moi.

Toujours à la recherche de ce que j’aime,
Et dans une peu amène captivité,
Je ne suis pas jaloux,
Je ne te maudis pas.

Qui suis-je? Que suis-je? Tout juste un songe-creux
Qui a perdu la clarté de ses yeux
Dans les ténèbres, et je t’aimais comme on doit
Sur cette terre, de concert avec les autres.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Poèmes 1910-1925
Traduction:
Editions: La Barque

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LES MARINIERS ADORENT UN BEAU JOUR (Didier Le Blanc)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
LES MARINIERS ADORENT UN BEAU JOUR

Les mariniers adorent un beau jour,
Quand pleins d’espoirs s’en vont courir fortune,
Et des beautez que nous a fait Amour,
En ces bas lieux je n’en adore qu’une.

Les Cypriens n’adorent que Venus,
Lors qu’ilz avoyent l’ame d’amour attainte :
Et mes deux yeux en larmes devenus,
N’adorent rien icy bas que ma sainte.

Les prisonniers cherchent la liberté
Pour mettre fn à leur peine cruelle :
Moy je me plais en ma captivité,
Dans les liens d’une dame si belle.

Le Portugais envie la valleur,
Et la couleur de la perle d’Yndie.
Et je ne puis aymer autre blancheur
Que celle de la main qui me lie.

Venus, le jour et le soleil des cieux,
La liberté, et la perle indienne,
Ne me sont rien au pris de ses beaux yeux,
Nulle beauté n’est egalle à la sienne.

***

Bargees love a fne day
When, full of hope, they go off in search of fortune,
And of the beauties that Love has made us,
In these low places I adore only one.

The Cyprians adore only Venus,
When they had affected the soul with love:
And my two eyes having become in tears,
Adore nothing here below but my saint.

Prisoners seek freedom
To put an end to their cruel sentence:
I, however, enjoy my captivity
In the bonds of so fair a lady.

The Portuguese envies valour
And the colour of the pearl of India.
And I can love no other whiteness
Than that of the hand that binds me.

Venus, the day and the sun of the heavens,
Freedom, and the Indian pearl
Are worth nothing to me compared to her lovely eyes,
No beauty is equal to hers.

***

Die Seeleut‘ freu‘n sich über einen schönen Tag,
Wenn voller Hoffnung‘ sie sich aufmachen zur Fortüne.
Und von den Schönheiten, die uns Amor hat beschert,
Hienieden ich nur liebe eine.

Die Zyprioten lieben nur Venus,
Wenn ihre Seele von der Liebe ward getroffen,
Und meine beiden Augen in Tränen nun getaucht,
Lieben nur hienieden meine Heil‘ge.

Die Gefangenen trachten nach der Freiheit,
Zu beenden ihre grausam‘ Straf‘.
Mir gefällt es in meinem Kerker,
In den Banden einer Dame wunderschön!

Der Portugiese neidet den Wert
Und auch die Farbe der indisch‘ Perl‘.
Und ich kann lieben nur die Blässe
Der Hand, die bindet mich.

Venus, der Tag und auch der Himmel Sonne,
Die Freiheit, sowie die indisch‘ Perl‘
Bedeuten nichts mir im Vergleich zu ihren „teuren“
schönen Augen,
Kein‘ Schönheit kommt ihr gleich!

(Didier Le Blanc)

0:00:00 – Hélas Que Me Faut-il Faire?
0:02:36 – Passepieds De Bretagne
0:05:19 – Que Feray-Je?
0:11:36 – Allons Vielle Imperfaite
0:15:18 – Bien Qu’un Cruel Martire
0:21:51 – Spagnolette
0:25:26 – Sus! Mon Lut D’un Accord Pitoyable
0:28:45 – Les Mariniers Adorent Un Beau Jour
0:33:25 – Quel Secours Faut-Il Que J’Atende
0:38:34 – Tant Et Tant Il M’Ennuye Tant
0:42:24 – Mai Voyez Mon Cher Esmoy
0:46:43 – Fantaisie
0:49:53 – J’Ayme Trop Mieux Souffrir La Mort
0:52:04 – Ô Combien Est Heureuse
0:59:06 – Belle Qui M’Avez Blessé

Cœur – Airs De Cour Français De La Fin Du XVIe Siècle
Vincent Dumestre, Le Poème Harmonique

 

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Comme moi-même seul (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Comme moi-même seul, tout seul,
Il voit le clair soleil briller au long du jour;
Et comme moi-même il gémit
Dans sa détresse inépuisée.

Nos prières pareilles s’adressent aux collines,
Aux venteuses collines de la terre ainsi qu’à la mer bleue du ciel;
Que demandons-nous ici-bas ?
Nos propres cœurs et d’être libres.

Que seulement ma main pût dénouer sa chaîne,
Comme avec joie je suivrais son essor,
Sans jamais regretter ni sans jamais me plaindre
De ne plus voir son oeil brillant.

Mais s’il languit en ce jourd’hui,
S’il grelotte en captivité,
Demain, lui comme moi, nous prendrons notre vol,
Libres de tout notre être et pour l’éternité.

(Emily Brontë)
Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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C’est ainsi que je pénétrai dans la grotte du secret langage (Oscar Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



C’est ainsi que je pénétrai dans la grotte du secret langage ; et ayant été saisi
par la pierre et aspiré par le métal, je dus refaire les mille chemins de la
captivité à la délivrance.

Et me trouvant aux confins de la lumière, debout sur toutes le îles de la nuit,
je répétais de naufrage en naufrage ce mot, le plus terrible de tous : ici.

(Oscar Milosz)

Illustration: Claude Verlinde

 

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CAPTIVITÉ (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2017



 

 

CAPTIVITÉ

Autrefois, dans un palais orné de belles peintures,
j’ai connu le bonheur.
On brûlait des parfums sur mon passage.
Je dormais sur des coussins de soie.
Des musiciennes m’entouraient,
et je n’apercevais que des jardins
sablés de poudre de corail.

Aujourd’hui, dans cette forteresse de Koueï-tcheou,
je n’entends que les sinistres appels
des veilleurs et les cris des singes
qui s’ébattent au clair de lune, parmi les rochers.

J’attends.
Je frissonne.
Je perds courage.
Si je distinguais, seulement, les lumières de notre capitale…
Je dois me contenter de regarder la constellation
qui brille au-dessus de cette lointaine ville.

Quand ma tristesse est trop lourde,
je vais m’asseoir sur la Terrasse du Nord,
où le vent dépose les fleurs
d’un invisible amandier

(La Flûte de Jade)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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ABSENCE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



ABSENCE

Absence ! Le matin où je partirai
plus loin que le loin, vers le Mystère,
comme poursuivant une inéluctable raie,
tes pieds glisseront jusqu’au cimetière.

Absence ! Le matin où sur la plage
de la mer d’ombre et de l’empire muet,
je partirai tel un oiseau lugubre,
un caveau blanc ta captivité sera.

La nuit en tes regards sera chue ;
et tu souffriras, et tu revêtiras alors
de pénitentes blancheurs mortifiées.

Absence ! Et dans tes souffrances mêmes,
parmi la plainte de l’airain, devra s’enfoncer
une meute de remords.

***

AUSENTE

Ausente! La mañana en que me vaya
más lejos de lo lejos, al Misterio,
como siguiendo inevitable raya,
tus pies resbalarán al cementerio.

Ausente! La mañana en que a la playa
del mar de sombra y del callado imperio,
como un pájaro lúgubre me vaya,
será el blanco panteón tu cautiverio.

Se habrá hecho de noche en tus miradas;
y sufrirás, y tomarás entonces
penitentes blancuras lanceradas.

Ausente! Y en tus propios sufrimientos
ha de cruzar entre un llorar de bronces
una jauria de remordimientos!

(César Vallejo)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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Il est des ruelles (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2015



herbe dans paves  [800x600]

Il est des ruelles
qui vont à petits pas avec
des herbes clandestines entre les pavés
des fenêtres basses qui assument
leur captivité tranquille
une fatigue lente
faite d’effilochures et parfois
la lumière balbutiée de quelques roses
Le soir y accueille
des silhouettes hâtives
et la maison sans cesse
veille dans la maison
sous le sifflement continu des choses

(Georges Bonnet)

 

 

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