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Poésie

Posts Tagged ‘capturer’

VILLE (David Hofstein)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Sylvie Bartczak
    
VILLE

Ville!
De très loin tu m’as appelé
Avec tes écheveaux de fer,
Je te voyais toujours du haut des monts,
De très loin tu m’as attiré
Avec l’aimant
Des clartés, des miroitements,
Tu m’as leurré
Et tu m’as capturé !
Tu as transpercé
La paix de ma maison champêtre
Avec le sifflement des trains,
Effrité, fracassé,
Avec le tremblement des rails,
Dans les hauteurs toujours se balançait
Toujours s’avançait
L’inquiétude de tes échos ensorcelés,
Ville!
Tu m’as capturé !

Sous mes yeux éblouis
Ton corps de pierre omnipotent
S’étend à présent
Au hasard des champs et des bois,
Avec ses tuyauteries enracinées dans les profondeurs
de la terre,
Les bras écartelés,
Étage sur étage, cour sur cour,
Caisse sur caisse, pièce sur pièce,
Noir par le bas et scintillant dans l’altitude,
Aiguisé par les toits, dentelé par les tours,
De rails reptiliens noué et ceinturé,
Tendu, enchevêtré,
De toiles d’araignées de fer,
Ville !
Tu m’as capturé!

(David Hofstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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ANIMAUX (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019



ANIMAUX

Les animaux sont toujours aux aguets,
On est tout tremblant,
Si l’on surprend,
Si l’on capture.
Toujours – un Si
Scintille – pupille,
Tressaille – le corps
Et si – la mort.

*

Tous les animaux sont sérieux,
Soucieux,
Amers,
Amoindris.
Les yeux des animaux, glauques d’humiliation.
L’éternité les a humiliés.
Toujours – méditatifs
Ainsi que des philosophes
Ainsi que des fenêtres
Ainsi que des champs désolés
Ainsi que le mutisme
Ainsi que la lune.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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CE QUE DIT L’OUVRIER (Zalman Shneour)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019




    
CE QUE DIT L’OUVRIER

De petits hommes capturent les baleines géantes
Pour transformer leurs fanons en corsets ;
Ils prennent à la queue du casoar deux ou trois plumes,
Au tigre, son pelage bigarré
Pour faire une carpette au pied d’un lit bourgeois.
Moi, la ville m’a capturé
Pour coudre sans fin des boutons.
Fil par-ci, aiguille par-là…
Tant de sensations et de chants nostalgiques
Tant de rêves et tant d’humaines passions
Et tout cela ne donne que boutons,
Fil par-ci, aiguille par-là,
Et reboutonne et déboutonne
La joie de créer, la pensée,
Ainsi jour et nuit jusqu’à l’heure
Où l’on entre dans la mort.
Il me semble déjà moi-même être un bouton.
Je me couds, je me couds à la vie
Sans pouvoir m’attacher,
Bouton dessus, forces perdues,
Je ne puis, bouton, me coudre moi-même.

(Zalman Shneour)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le tour du monde (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2018



Le tour du monde au-dessus des nuages
vaut-il un seul pas
que cerne, obscurcit, capture un ciel bas ?

ô trop facile clarté des voyages
dans le bleu sans fond

(Robert Mallet)

 

 

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Le chant (Charles Le Quintrec)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Le chant

Le chant monte à la mer
avec les souvenirs

Nous avons eu de beaux jours et du ciel bleu
Nous avons dansé sur les dunes
et joué sous les vagues à capturer des hippocampes

Notre jeunesse a grandi
nous sommes devenus grands
nous sommes devenus jeunes

Nous avons revêtu la jeunesse des astres.

Le chant monte à la mer
à l’heure du jusant.
Le monde veut jouer comme l’enfant des foires
Le monde fait de l’or en frottant ses cailloux
Le monde n’est pas mort
Ses rêves sont debout.

Le chant monte à la mer
qui le sème à tous vents
Le monde est plus heureux
depuis qu’il n’est plus temps.

(Charles Le Quintrec)

Illustration: BAEL DAINA

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Le lézard blanc (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018




    
Le lézard blanc vit quelque part
parmi vides et solitudes
et l’on sent le froid vertige
de sa peau qui capture
nos regards, nos terreurs.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Les larmes (Jacqueline Kelen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Les plus douces émotions, comme les plus violentes
jaillissent par les yeux
et les larmes se fraient,
entre silence et musique,
un chemin inédit où tout peut se dire,
où tout demeure secret.

Elles coulent, les larmes, elles s’effacent aussi,
rappelant que le plus précieux de l’être ne peut être capturé
et que la douleur et le bonheur sont fugaces :

reste ce flot de vie ou d’oubli,
reste cette source claire.

Pleurer, c’est reconnaître et aimer en soi
cette source mystérieuse et intarissable.

L’amour ne sèche pas les larmes, il les invite,
il les rend éclatantes.

Il n’apaise pas,
il exalte.

(Jacqueline Kelen)

 

Recueil: Les Larmes
Traduction:
Editions: Alternatives

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Des narcisses sauvages (Mikio Matsumoto)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



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Des narcisses sauvages
capturant
des petits points lumineux de la mer

(Mikio Matsumoto)

Illustration

 

 

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LES DIMENSIONS DU JOUR (IX) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017




    
LES DIMENSIONS DU JOUR (IX)

Du soleil il ne demeure que quelques étoiles
qui tournent lentement avec le ciel
et le jour pour lequel l’univers n’était pas assez grand
se laisse capturer dans les lampes.

De toi je ne discerne plus qu’une épaule
comme un couchant au bord du drap,
qu’une tempe où, telle une source,
le sang fait remuer ses herbes les plus hautes.

Mais tes yeux fermés sont les bourgeons
d’où va surgir demain toute la forêt
et la voix que tu gardes, posée sur tes lèvres,
donnera, en me nommant, un nom au silence.

La nuit continue à marcher de son pas de géant
sur chaque semence de la terre,
sur ta gorge vissée à fond dans mes mains,
sur le rêve où nous allons nous rencontrer.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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En quel singulier espace doit-on se séparer de soi-même? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2016



Apprentis distants
du plus proche,
connaisseurs de la rose
qui ne peuvent la respirer,
vivants d’une vie
qui se consume en se vivant,
lanceurs d’un filet
qui se retourne et les capture,
voyageurs d’une distance qui n’existe pas.

Pourquoi commencer
si tout débute
où ils finissent ?
Pourquoi ouvrir la porte
ou pourquoi la fermer
s’il y a toujours à sa place quelque chose d’immobile,
une icône impénétrable
qui ne change pas dans l’ouvert et le fermé?

Est-il aussi des roues dont le destin est de ne pas tourner,
de l’eau dont le sens n’est pas de mouiller,
des vents dont l’objet n’est pas de souffler,
du feu dont la fonction n’est pas de brûler?

Si le plus haut consiste
à n’être pas ce qu’on est,
en quel singulier espace
doit-on se séparer de soi-même?

(Roberto Juarroz)


Illustration: Île Nancy

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