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Posts Tagged ‘caractère’

Il n’est vraiment pas surprenant… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
Il n’est vraiment pas surprenant…

1
Il n’est vraiment pas surprenant
Que le gâteau et le nanan
Ne se trouvent pas dans mon plat
On m’ fait du plat
J’ fais ma mijaurée
Et j’ reste dans la purée
Avec mes deux yeux
Pour pleurer dans ma chemise
Sans être prise
Par mon amoureux.

2
Il n’est vraiment pas surprenant
Que d’autres aient beaucoup d’amants
Elles sont gentill’s avec eux
Ces vaniteux
Les croient sur paroles
Dans leurs bras ell’s devienn’nt molles
Et pour un baiser
Elles donneraient leur vie.
Je les envie
Sans pouvoir oser.

3
Il n’est vraiment pas surprenant
Que j’adore tous les enfants
Que leurs cris me fass’ palpiter
Mais ma bonté
Comme je la cache
Et comm’ je joue à cach’-cache
Avec le bonheur
Je suis une vieille fille
Pas très gentille
Pleine de rancoeur.

4
Il n’est vraiment pas surprenant
Qu’avec mon caractèr’ méchant
Je reste seul dans mon taudis.
À ce qu’on dit
Je suis hypocrite.

(le manuscrit s’arrête là)

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Partout où il n’y aura rien (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Louis Roland Trinquesse
    
Lettres à Sophie Volland

J’écris sans voir. Je suis venu;
je voulais vous baiser la main et m’en retourner.

Je m’en retournerai sans cette récompense;
mais ne serai-je pas assez récompensé
si je vous ai montré combien je vous aime?

Il est neuf heures,
je vous écris que je vous aime.
Je veux du moins vous l’écrire;
mais je ne sais si la plume se prête à mon désir.

Ne viendrez-vous point
pour que je vous le dise
et que je m’enfuie?

Adieu, ma Sophie, bonsoir;
votre coeur ne vous dit donc pas
que je suis ici?

Voilà la première fois
que j’écris dans les ténèbres:
cette situation devrait m’inspirer
des choses bien tendres.

Je n’en éprouve qu’une:
je ne saurais sortir d’ici.

L’espoir de vous voir un moment m’y retient,
et j’y continue de vous parler,
sans savoir si j’y forme des caractères.

Partout où il n’y aura rien,
lisez que je vous aime.

Paris, le 10 juillet 1759

(Denis Diderot)

 

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Croquis (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



 

Giovanni Segantini Goddess of Love 1894 sacredfamiliar.com

Croquis

Sonnet

Beau corps, mais mauvais caractère.
Elle ne veut jamais se taire,
Disant, d’ailleurs d’un ton charmant,
Des choses absurdes vraiment.

N’ayant presque rien de la terre,
Douce au tact comme une panthère.
Il est dur d’être son amant ;
Mais, qui ne s’en dit pas fou, ment.

Pour dire tout ce qu’on en pense
De bien et de mal, la science
Essaie et n’a pas réussi.

Et pourquoi faire ? Elle se moque
De ce qu’on dit. Drôle d’époque
Où les anges sont faits ainsi.

(Charles Cros)

Illustration: Giovanni Segantini

 

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MAISON ET CONDUITE (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017




    
MAISON ET CONDUITE

Les parties lumière
et les parties noires
du vaste manoir
découpent en plein
milieu mon cœur.

Je suis l’un ou l’autre
mouvant caractère
selon la lumière
qu’en moi il infuse
ou qui se refuse.

Ange-de-splendeur,
petite crapule,
je n’ai pas contrôle
sur moi dans la cave
ou sur le balcon.

Serai-je les deux
à l’exact instant
où j’ouvre la porte,
encore hésitants,
et la porte et moi?

Le vaste manoir
de lumière-et-d’ombre
c’est lui qui décide
comme jugera
de moi l’opinion
des grands, sans appel
pour mon moi confus
dans l’indéfinie
tombée de la nuit.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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CROQUIS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



 

Albert-Joseph Pénot

CROQUIS

Beau corps, mais mauvais caractère.
Elle ne veut jamais se taire,
Disant, d’ailleurs d’un ton charmant,
Des choses absurdes vraiment.

N’ayant presque rien de la terre,
Douce au tact comme une panthère.
Il est dur d’être son amant ;
Mais, qui ne s’en dit pas fou, ment.

Pour dire tout ce qu’on en pense
De bien et de mal, la science
Essaie et n’a pas réussi.

Et pourquoi faire ? Elle se moque
De ce qu’on dit. Drôle d’époque
Où les anges sont faits ainsi.

(Charles Cros)

Illustration: Albert-Joseph Pénot

 

 

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La victoire sur son âme (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2016



Le caractère est inhérent à l’âme :
Qui donc a jamais obtenu le salut en triomphant de son âme?
Où donc est l’ascète qui a vaincu son âme?
Dis-moi, qui donc a jamais obtenu la Délivrance par la défaite de l’âme?

Pourtant, chacun éprouve cette certitude au fond de l’âme :
Le prix de l’amour divin, c’est la victoire sur son âme…

Ceux qui ont pénétré ce mystère, dit Kabîr,
Contemplent en leur âme le Seigneur, le Maître de l’Univers.

(Kabîr)


Illustration: Eugène Delacroix

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Dans sa bibliothèque silencieuse (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2016



 

Dans sa bibliothèque silencieuse
un vieil homme prend un livre
glisse sa main entre les pages

caresse
comme ferait un aveugle
le très léger relief des caractères sur les feuilles.

Délices du toucher, que va tuer la numérisation.

Un vieil homme semblable à lui
déroulait doucement un rouleau, voici des siècles.

Il déplorait la brutalité rectangulaire
de ce nouveau venu : le livre.

(Marie-Claire Bancquart)

 

 

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Je suis un vieil arbre (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



C’est la mi-journée. Le linge lavé ondule au vent gris
de la mer bien au-dessus des cyclistes
qui viennent en essaims serrés. Avez-vous vu les
dédales latéraux?
Je suis entouré de caractères d’une écriture que je ne
peux déchiffrer, je suis parfaitement analphabète.
Mais j’ai payé ce que je devais et on m’a toujours
donné une quittance.
J’ai amassé tant de quittances illisibles.
Je suis un vieil arbre dont les feuilles fanées sont
restées accrochées et n’arrivent
à tomber par terre.

Et un souffle venu de l’océan fait bruire mes
quittances.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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La chanson de Gavroche (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2016



gavroche

La chanson de Gavroche

On est laid à Nanterre,
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à Rousseau.

(Victor Hugo)

 

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