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Posts Tagged ‘(Carlos Drummond de Andrade)’

L’AMOUR ET SON TEMPS (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018




    
L’AMOUR ET SON TEMPS

L’amour est privilège de gens mûrs
étendus sur le plus étroit des lits,
qui se change en couche ample et verdoyante
frôlant le ciel du corps en chaque pore.

C’est cela, l’amour: le gain non prévu,
la prime souterraine et coruscante,
lecture d’un éclair énigmatique,
décodage après quoi plus rien n’existe

valant la peine et le prix du terrestre,
fors la minute dorée de la montre
minuscule vibrant au crépuscule.

L’amour est ce qui s’apprend en limite,
une fois archivé tout le savoir
hérité, reçu. L’amour tard commence.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Vie petite vie (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



Vie petite vie

La vieille fille et son pied de bégonia
la vieille fille et son chat tout gris
la vieille fille et son gâteau aux amandes
la vieille fille et son tricot à dentelle
la vieille fille et sa revue de mode
la vieille fille et son missel
la vieille fille et son armoire fermée
la vieille fille et sa fenêtre
la vieille fille et son regard vide
la vieille fille et ses bandeaux grisaille
la vieille fille et sa mandoline
la vieille fille et le portrait de son fiancé
la vieille fille et son temps infini
la vieille fille et son oreiller
ardent, trempé
de larmes.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Confrontation (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



Confrontation

Amour a frappé à la porte de Folie.
« Laisse-moi entrer, je suis ton frère, a-t-il dit.
Toi seule laveras la fangeuse infamie
dans laquelle par ma passion me voici mis.  »

La Folie ne fait nul cas de le recevoir,
sachant que de menterie Amour se nourrit,
mais la surprise la terrifie, à le voir
d’humain qu’il était, déshumanisé ainsi.

« Entre vite, s’exclame-t-elle, à toi ce gîte.
Plus que quiconque il est juste que tu habites
ma maison infernale, en poix toute construite,

tandis que je m’en irai, sans destination,
car je ne connais de plus triste déraison
que ce mal d’aimer, – la maladie sans pardon. »

(Carlos Drummond de Andrade)

Illustration: Jean-Jacques Grandville

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Congrès international de la peur (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Congrès international de la peur

Provisoirement nous ne chanterons pas l’amour,
qui s’est réfugié plus bas que les souterrains.
Nous chanterons la peur, qui rend stériles les embrassades,
nous ne chanterons pas la haine car elle n’existe pas,
seule existe la peur, notre mère et compagne,
la grand-peur des sertöes, des mers, des déserts,
la peur des soldats, la peur des mères, la peur des églises,
nous chanterons la peur des dictateurs, la peur des démocrates,
nous chanterons la peur de la mort et la peur d’après la mort,
et puis nous mourrons de peur
et sur nos tombes pousseront des fleurs jaunes et craintives.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: William Blake

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Au milieu du chemin (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018




    
Au milieu du chemin il y avait une pierre
il y avait une pierre au milieu du chemin
il y avait une pierre
au milieu du chemin il y avait une pierre.

Jamais je n’oublierai cet événement
dans la vie de mes rétines fatiguées.
Jamais je n’oublierai qu’au milieu du chemin
il y avait une pierre
il y avait une pierre au milieu du chemin
au milieu du chemin il y avait une pierre.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

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Absence (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Absence

Pendant longtemps j’ai cru que l’absence est manque.
Et je déplorais, ignorant, ce manque.
Aujourd’hui je ne le déplore plus.
Il n’y a pas de manque dans l’absence.
L’absence est une présence en moi.
Et je la sens, blanche, si bien prise, blottie dans mes bras,
que je ris et danse et invente des exclamations joyeuses,
parce que l’absence, cette absence incorporée,
personne ne peut plus me la dérober.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration

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Evocation (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



Evocation

A l’ombre de l’usine, ton jardin
était tout petit, sans fleurs.
Des plantes y naissaient et renaissaient
pour n’être pas regardées.

De vagues projets d’existence
s’exhalaient du soleil et de l’eau,
et même de cette sécrétion
qui dans tes yeux se retenait.

Nul ne t’a vue lorsque, courbée,
tu écartais l’escargot
du chemin étroit des fourmis,
nul même n’a entendu ton appel.

Car tu as appelé (il était tard déjà)
et la voix de l’usine a amorti
ta fugue pour le sans-pays
et le sans-temps. Mais je me souviens de toi

et je te rattrape vivante, petite fille,
concevant si tôt le projet de ce jardin
où, je le sais, tu te trouves recluse,
sans que nul, nul ne te pressente.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration

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Je me tais, j’attends, je déchiffre (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Je me tais, j’attends, je déchiffre.
Les choses peut-être s’améliorent.
Elles sont si solides les choses!
Mais je ne suis pas les choses et me révolte.
J’ai des mots en moi cherchant une issue,
qui sont rauques et durs,
irrités, énergiques,
contenus depuis si longtemps,
à en avoir perdu le sens, à ne vouloir qu’exploser.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Katerina Belkina

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Legs (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Legs

Je ne laisserai de moi aucun hymne radieux,
aucune voix matinale palpitant dans la brume
qu’une secrète épine puisse arracher à quelqu’un.

De tout ce qu’aura pu être mon pas capricieux
à travers la vie, restera, car le reste s’estompe
une pierre qu’il y avait au milieu du chemin.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Le jour jaillit de l’Eau (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Le jour jaillit de l’Eau

La fontaine de l’Aurore
fait naître le soleil.
L’eau est toute or
de ce mot blond.
La fontaine de l’Aurore,
dans l’iridescence tremblante,
bien plus qu’un trésor
est un prisme sonore,
carillon étouffé
dans le tliz cliz de l’écume,
choc aérien
subit
sur la pierre lisse,
froid jaillissement,
elle tisse musicalement
la dorée nivéenne rose
parure du jour liquide.
Laisse couler l’aurore
elle est une si pauvre
fontaine pour le peuple.

(Carlos Drummond de Andrade)

Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy Trioson.jpg

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