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CE QUE DIT L’OUVRIER (Zalman Shneour)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019




    
CE QUE DIT L’OUVRIER

De petits hommes capturent les baleines géantes
Pour transformer leurs fanons en corsets ;
Ils prennent à la queue du casoar deux ou trois plumes,
Au tigre, son pelage bigarré
Pour faire une carpette au pied d’un lit bourgeois.
Moi, la ville m’a capturé
Pour coudre sans fin des boutons.
Fil par-ci, aiguille par-là…
Tant de sensations et de chants nostalgiques
Tant de rêves et tant d’humaines passions
Et tout cela ne donne que boutons,
Fil par-ci, aiguille par-là,
Et reboutonne et déboutonne
La joie de créer, la pensée,
Ainsi jour et nuit jusqu’à l’heure
Où l’on entre dans la mort.
Il me semble déjà moi-même être un bouton.
Je me couds, je me couds à la vie
Sans pouvoir m’attacher,
Bouton dessus, forces perdues,
Je ne puis, bouton, me coudre moi-même.

(Zalman Shneour)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nous nous émerveillons de la vie (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Nous nous émerveillons de la vie

Sitôt qu’elle sourit, elle devient étoiles;
Et sitôt que j’ai soif, un cours d’eau frémissant.
Mon ange peut fleurir sous de célestes voiles,
Mais de l’étreindre, moi seul ai droit, ô passant!

Ses yeux sont des forêts que baigne la rosée,
Ses cheveux sont de l’or mêlé d’un noir goudron.
Je voudrais m’allonger comme carpette usée
Sur son seuil. A cela, hélas, elle a dit non.

Baisers dissimulés au coin de nos paroles
Venant furtivement saluer leurs bessons…
Pour faire un si beau rêve, il faut être herbes folles;
Mon amie est le cœur des plus subtils gazons.

Et volent nos baisers que nous sentons éclore.
Ils s’enfuient avec nous, ils s’enfuient dans le soir.
Et nous nous étendons sur le ciel de l’aurore;
Nous bénissons la vie et son divin pouvoir.

(Attila Jozsef)


Illustration: François-Joseph Durand

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Quelle horreur la nuit de s’éveiller (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2016



Quelle horreur la nuit de s’éveiller
et de voir la lumière dans l’obscurité.
Le temps est blanc
les moustiques piquent
J’ai passé ma vie à rien.

La pensée cuisante. Que fais-tu, Rien du Tout,
à traîner avec la femme de Quelque Chose.
Vibrionner et brûler
c’est tout ce que je sais
J’ai passé ma vie à rien.

Polochonnée, capitonnée, pâle et poussive
je porte le fourbi domestique —
carpettes et assiettes
poissons et banquettes
J’ai passé ma vie sur rien.

***

What horror to awake at night
and in the dimness see the light.
Time is white
mosquitoes bite
I’ve spent my life on nothing.

The thought that stings. How are you, Nothing,
sitting around with Something’s wife.
Buzz and burn
is all I learn
I’ve spent my life on nothing.

I’m pillowed and padded, pale and puffing
lifting household stuffing—
carpets, dishes
benches, fishes
I’ve spent my life in nothing.

(Lorine Niedecker)

Illustration: Erica Hopper

 

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