Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘cassant’

Le magnolia (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Le magnolia

La fleur du magnolia éclate au ralenti
comme une bulle fermée lentement dans un sirop à la paroi épaisse qui tourne au caramel.
(A remarquer d’ailleurs la couleur caramélisée des feuilles de cet arbre)
A son épanouissement total, c’est un comble de satisfaction
proportionnée à l’importante masse végétale qui s’y exprime.
Mais elle n’est pas poisseuse :
fraîche et satinée au contraire,
d’autant que la feuille paraît luisante, cuivrée, sèche, cassante.

(Francis Ponge)

Illustration

 

 

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QUOI (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2017



QUOI

assez loin la nuit les mots

on n’attend rien d’autre

coque vide rejetée
au bout de la nuit dehors
et comme l’écho des mots
confus et faible encore
dedans

***

passe quelque chose sans nom
un tour de lumière blanche
très forte et seule
sans source
partout dedans égale

impossible de remonter
plus loin plus haut

cela échappe
faiblit

à nouveau dehors la nuit
on retombe

les yeux gourds

***

quel vrai brusque est passé
ou quel leurre
à ce point d’être sûr
sans prise

***

au matin
on marche dans l’hiver net

transparent
il taille les angles
découpe chaque obstacle
et le ferme

tout se tient

on bouge

on n’a qu’un poids de rien

buée vide
dans l’air clair
on va
aussi léger qu’une neige
sans chemin dans le froid
ouvert

***

les arbres sont cassants
avec le givre

on devient verre

il suffirait de poursuivre
pour disparaître
comme on est venu

(Antoine Emaz)

Illustration: Ai Xuan

 

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Le jour ne coupe plus (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
Le jour ne coupe plus les carreaux noirs
d’où il est chassé sans le moindre éclair.
Le ciel est plus cassant, moins abrité
sur les terres amarrées par le gel.

Les murs sont pensifs comme des visages.
Les mains couvent des caresses démesurées
et la campagne n’approche des routes
que par quelques pas dans la neige.

Elle reste des jours sans une voix d’homme.
Parfois se casse le doigt sec d’une herbe
et le bruit s’en propage jusqu’à la ferme.
Le vent renifle la senteur du charbon

sort à la même heure nocturne
de sa chambre sans plafond
et l’on voit mieux les bords de la solitude
cerner la tache d’un front.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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