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Bonté (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Bonté

La Bonté me rend visite.
Dame Bonté, elle est trop aimable !
Ses joyaux rouges et bleus étincellent
Dans la buée des fenêtres, les miroirs
Se remplissent de sourires.

Quoi d’aussi vrai que le cri d’un enfant?
Le cri du lapin est peut-être plus sauvage
Mais il n’a pas d’âme.
Le sucre guérit de tout, puisque Bonté le dit.
Le sucre est un fluide essentiel,

Ses cristaux font de petits cataplasmes.
Oh la Bonté de Bonté
Qui ramasse gentiment les morceaux !
Les papillons désespérés de mes soieries japonaises
Seront bien vite épinglés, bien vite anesthésiés.

Et te voilà avec une tasse de thé,
Attention délicate.
Si le sang jaillit, c’est la poésie,
Rien ne peut l’arrêter.
Et tu me tends deux enfants, tu me tends deux roses.

(Sylvia Plath)

 

Recueil: Ariel
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’AMOUR MALSAIN (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



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L’AMOUR MALSAIN

Non, nous ne savons plus aimer comme nos pères.
Ils aimaient en lapins. Nous aimons en vipères.
Ils avaient l’amour calme et faisaient des enfants.
Nous, nos plaisirs fiévreux ont des nœuds étouffants.

Notre bonheur n’est point le fade cataplasme ;
C’est le vésicatoire aigu qui donne un spasme.
Vous voulons ce qui tord, nous voulons ce qui mord.
Et nous fouillons la vie en désirant la mort.

La femme de nos vœux est courtisane et sainte,
Un mélange infernal d’eau bénite et d’absinthe.
Nous cherchons le poison subtil et l’art nouveau
Qui nous crispent les sens, les nerfs et le cerveau.

Nous sommes dégoûtés de l’épouse placide
Dont le baiser n’est pas rongeant comme un acide.
Vos amours, ô bourgeois, sont des fromages mous :
Le nôtre, un océan d’alcool plein de remous.

Dans ce malstrom vorace et noir voguons sans trêve
Vers le ciel fantastique où fleurit notre rêve !
Tout le vieux monde, ainsi qu’une vieille liqueur
Rance au fond d’un flacon, nous fait lever le cœur.

Notre espoir, dédaigneux des paradis antiques,
Est en route pour des pays transatlantiques.
Là-bas, c’est le sol neuf, étrange, absurde, fou !
Nous voulons le trouver, nous ne savons pas où.

Mais nous fuyons l’amour ancien comme une geôle,
Et notre âpre débauche a l’inconnu pour pôle.

(Jean Richepin)

 Illustration

 

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