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La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil, je la voyais s’asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l’enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

(Charles Baudelaire)

Illustration: Jean-Baptiste Corot

 

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Complainte sur certains ennuis (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    
Complainte sur certains ennuis

Un couchant des Cosmogonies !
Ah ! que la Vie est quotidienne…
Et, du plus vrai qu’on se souvienne,
Comme on fut piètre et sans génie…

On voudrait s’avouer des choses,
Dont on s’étonnerait en route,
Qui feraient une fois pour toutes !
Qu’on s’entendrait à travers poses.

On voudrait saigner le Silence,
Secouer l’exil des causeries ;
Et non ! ces dames sont aigries
Par des questions de préséance.

Elles boudent là, l’air capable.
Et, sous le ciel, plus d’un s’explique,
Par quel gâchis suresthétique
Ces êtres-là sont adorables.

Justement, une nous appelle,
Pour l’aider à chercher sa bague,
Perdue (où dans ce terrain vague ?)
Un souvenir d’AMOUR, dit-elle !

Ces êtres-là sont adorables !

(Jules Laforgue)

 

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Causerie féminine (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016



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Causerie féminine

Aujourd’hui, le salon est plein de jeunes filles
Aux yeux noirs, aux yeux gris,aux yeux bleus, et gentilles
Elles causent très haut de bijoux enchantés ;
Elles causent surtout de puérilités.
De cette foule monte un parfum de fleurs mortes,
Tiède et trop fort, formé d’extraits de toutes sortes.
Elles causent, – leurs cœurs ne sont pas indulgents –
Et médisent avec plaisir des jeunes gens.
Elles se font des compliments sur leurs toilettes,
Et projettent toujours de nouvelles emplettes,
Et mutuellement se disent des secrets
Que chacune répète à l’autre, une heure après.
Le ton s’élève… On cause… Est-ce qu’on va se battre ?
Elles sont bien quatorze ou quinze… Elles sont quatre.

(Albert Lozeau)

 

 

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NUDITES (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



 

NUDITES

Tu m’as dit : Je veux être ta camarade;
Je veux entrer chez toi sans avoir peur de te troubler;
Nous passerons de longues soirées en causeries;
Nous penserons ensemble à nos frères qu’on tue;
Nous irons, à travers le cruel univers,
Découvrir un pays où reposer leur tête.
Mais je ne veux pas voir tes prunelles briller,
Ni les veines brûlantes de ton front se distendre,
Car je suis ton égale et non pas une proie.
Regarde! mes habits sont chastes, presque pauvres,
Et tu ne vois pas même la base de mon cou.

Moi je t’ai répondu : Femme, tu es nue.
Les cheveux de ton cou sont frais comme une coupe;
Ton chignon qui s’écroule palpite comme un sein;
Tes bandeaux sont lascifs comme un troupeau de chèvres…
Fais couper tes cheveux.

Femme, tu es nue.
Sur notre livre ouvert se posent tes mains nues;
Tes mains, la fin subtile de ton corps,
Tes mains sans bagues, qui vont toucher les miennes tout à l’heure.
Femme, mutile tes mains.

Femme, tu es nue.
Ta voix chantante de ta poitrine monte;
Ta voix, ton souffle, la chaleur elle-même de ta chair,
Qui sur mon corps s’étale, puis pénètre en ma chair.
Femme, arrache ta voix.

(André Spire)

Illustration: Alfred Joseph Woolmer

 

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