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Poésie

Posts Tagged ‘ceinturer’

VILLE (David Hofstein)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Sylvie Bartczak
    
VILLE

Ville!
De très loin tu m’as appelé
Avec tes écheveaux de fer,
Je te voyais toujours du haut des monts,
De très loin tu m’as attiré
Avec l’aimant
Des clartés, des miroitements,
Tu m’as leurré
Et tu m’as capturé !
Tu as transpercé
La paix de ma maison champêtre
Avec le sifflement des trains,
Effrité, fracassé,
Avec le tremblement des rails,
Dans les hauteurs toujours se balançait
Toujours s’avançait
L’inquiétude de tes échos ensorcelés,
Ville!
Tu m’as capturé !

Sous mes yeux éblouis
Ton corps de pierre omnipotent
S’étend à présent
Au hasard des champs et des bois,
Avec ses tuyauteries enracinées dans les profondeurs
de la terre,
Les bras écartelés,
Étage sur étage, cour sur cour,
Caisse sur caisse, pièce sur pièce,
Noir par le bas et scintillant dans l’altitude,
Aiguisé par les toits, dentelé par les tours,
De rails reptiliens noué et ceinturé,
Tendu, enchevêtré,
De toiles d’araignées de fer,
Ville !
Tu m’as capturé!

(David Hofstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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SECRET (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



    


    
SECRET

Plusieurs vies se sont partagé ma vie
Pendant que je ceinturais la terre.
Il ne sert à rien de rêver :
Je croyais étreindre les astres,
Sonder l’intensité de l’ombre.

Ciel où l’être perdure. Mer couleur de papier
D’emballage et le môle. Épervier d’une grue,
Drague épileptique avec son bruit de rouille
Dans le chenal. Mais le navire à quai
Pour l’aventure. Rien sans exil ni solitude.

Je ne chercherai plus dehors ce qui est au-dedans
Le convoi lent de la sagesse et les images.
Sur cette terre aux masques blancs
D’Hécate, aux sauvagines
Sur les marais que troue le groin des barques,
Je craignais de me perdre : loin de toi
Le monde est mort, halliers déserts.

Souris-moi, parle de ta voix
Grave et douce et légère, joyeuse,
Des profondeurs et de ce temps.
Tes pas traversent doucement
La neige du silence et l’ombre sous les arbres.
Ô fée vêtue de fleurs.
Ta main au feu des bagues.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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DEMAIN, SI LA MER… (Félix Leclerc)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2017



 

Oleg Zhivetin (35)

DEMAIN, SI LA MER…

Demain si la mer est docile
Je partirai de grand matin
J’irai te chercher une île
Celle que tu montres avec ta main.

Je la ceinturerai en filet
La traînerai près du grand quai
Tu l’offriras au jour
En l’honneur de nos amours

Si l’océan frémit
Au toucher de ton doigt
Que penser mon amie
Quand tu te donnes à moi

Passerais-je la nuit
Immobile comme marbre
Si tu prends comme lit
Mon hamac sous les arbres

Quand ils t’ont aperçue
Les oiseaux en folie
Ont envahi la rue
Et reculé la nuit

Les fleurs de mon jardin
Se sont déracinées
On les voit le matin
Dans l’air se promener

Viens nous nous coucherons
Sous le même manteau
Nous nous endormirons
Liés comme roseaux

(Félix Leclerc)

Illustration: Oleg Zhivetin

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