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Posts Tagged ‘Cendrillon’

Personne n’est venu à ma rencontre (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2019



… Personne n’est venu à ma rencontre
Avec une lanterne sur les marches.
Je suis entrée dans la maison silencieuse
A la lueur infidèle de la lune.

Sous la lampe verte,
Avec un sourire figé,
L’ami murmure :  » Cendrillon,
Comme ta voix est bizarre…  »

Dans l’âtre les flammes meurent;
Le grillon crisse, il me fatigue;
Ah! sans doute quelqu’un a pris
En souvenir mon soulier blanc.

Et il m’a donné trois oeillets,
Sans lever les yeux.
Ô tendres preuves,
Où vous dissimuler?

Il est amer pour le coeur de croire
Que l’instant est proche, tout proche,
Qu’il va faire essayer à toutes
Mon soulier blanc.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Edward Coley Burne-Jones

 

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Le grillon (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Le grillon

Triste à ma cellule,
Quand la nuit s’abat,
Je n’ai de pendule
Que mon coeur qui bat ;
Si l’ombre changeante
Noircit mon séjour,
Quelque atome chante,
Qui m’apprend le jour.

Dans ma cheminée,
Un grillon fervent
Faisant sa tournée
Jette un cri vivant :
C’est à moi qu’il livre
Son fin carillon,
Tout charmé de vivre
Et d’être grillon.

La bonté du maître
Se glisse en tout lieu ;
Son plus petit être
Fait songer à Dieu.
Sait-il qu’on l’envie,
Seul et ténébreux ?
Il aime la vie,
Il est bien heureux !

La guerre enfiévrée
Passait l’autrefois,
Lionne effarée,
Broyant corps et voix ;
Mon voisin l’atome
Fut mon seul gardien,
Joyeux comme un gnome
A qui tout n’est rien.

Dieu nous fit, me semble,
Quelque parité :
Au même âtre ensemble
Nous avons chanté.
Il me frappe l’heure,
Je chauffe ses jours ;
Mais, femme, je pleure ;
Lui, chante toujours.

Si jamais la fée
Au soulier d’azur,
D’orage étouffée,
Entre dans mon mur,
Plus humble et moins grande
Que sa Cendrillon,
Oh ! Qu’elle me rende
Heureuse, ou grillon !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

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Cendrillon (Liliane Wouters)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Cendrillon

Vous épousez, prince Charmant ?
Jamais, jamais. Quelle existence !
Des journalistes tout le temps
derrière-nous. Et jours de France,
et Points de vue. Et les cancans,
et la presse du cœur, tontaine,
et les qu’en dira-t-on, tonton.

Je veux rester dans la maison,
avec, aux pieds, mes charentaises.
Devant la TV, tout à l’aise.
bien au chaud, tontaine, tonton,
grignotant des bonbons pique-nique,
je veux suivre les feuilletons
dallastiques et dynastiques.

(Liliane Wouters)

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L’INSOUCIANCE DES JOURS (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



L’INSOUCIANCE DES JOURS

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Vogue l’eau vogue l’air et voguent nos amours
Et vogue tout ceci que je ne comprends pas
Et vogue ce hasard qui promène nos pas

La vie comme elle vient les gens comme les jours
Le temps comme il nous tient la mort comme l’amour
Les hommes comme ils sont les femmes comme elles font
Cet amour qui est mien de chair et de chiffon

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Une mouette appelle et le ciel devient sourd
Je n’entends que le sang qui bat sur ton poignet
Comme un oiseau présent et déjà éloigné

La vie comme elle vient les gens comme les jours
De l’eau de l’air du pain des grappes de velours
Et de l’huile dorée à ton corps presque noir
La trace d’un baiser à l’angle d’un espoir

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Le Chat Botté revient pour te faire sa cour
La Belle au Bois s’endort au milieu des rayons
Et Cendrillon pour nous a remis ses haillons

La vie comme elle vient les gens comme les jours
Le temps comme il nous tient la mort comme l’amour
Les hommes comme ils sont les femmes comme elles font
Cet amour qui est mien de chair et de chiffon

Et déchirant le ciel un éclair de chaleur
Qui tombe sur la mer

(Guy Béart)

Illustration: Valentine Cameron Prinsep

 

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MONSIEUR DE MALBROUGH (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2015



 

Walter Crane - Lilies

MONSIEUR DE MALBROUGH

Aôh! monsieur de Malbrough,
Mettez vos habits brodés du dimanche
Et sur les boucles de vos cheveux roux
Votre chapeau à plumes blanches.

Miss Kate, miss Maud et Miss Lily
Ont emprisonné pour vous leurs pieds mignons
En des souliers de satin gris, jolis,
Vraiment, comme ceux de Cendrillon.

Elles vous attendent fort occupées
A refaire les noeuds de soie de leurs corsages;
Venez vite : vos quatre pages
Porteront à Picadilly votre épée.

Aôh! bonsoir, et choisissez de ces trois lys
De ces fées de rêve de Walter Crane,
Miss Kate, miss Maud et miss Lily
Pour danser la gigue au ballet de la reine.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Walter Crane

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