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Couchant sur l’Hellas (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Emile-Antoine Bourdelle
    
Couchant sur l’Hellas

Tes pas mystérieux d’amante virginale
Erraient près de l’étang que l’Artémis créa.
Le couchant, glorieux comme un cri de cymbale,
Ensanglantait les flots où dort le nymphéa.

Mon rêve rayonna d’une extase inconnue,
Autour de toi rôda mon désir obstiné…
Tu souriais debout et divinement nue,
Plus blanche que Léda, plus blonde que Daphné.

Le soleil, rougissant les cheveux des prêtresses,
Exaspérait l’ardeur de leur corps irrité…
Au lointain hennissaient les noires Centauresses
Dont le rut saccageait les herbes de l’été.

(Renée Vivien)

 

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TENZONE (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2015




TENZONE

Allez-vous les accepter?
(c’est-à-dire ces chansons).
Comme une fille craintive le centaure
(ou le centurion),
Déjà elles vous fuient, hurlant de peur.

Serez-vous touchés par les vraisemblances?
Nul ne peut tenter leur vierge stupidité.
Je vous en prie, critiques amicaux,
N’essayez pas de m’offrir un public.

Indompté, je vis avec mes semblables
sur les hauteurs escarpées;
leurs recoins secrets
Reconnaissent l’écho de mes talons,
dans la froide lumière,
dans l’obscurité.

(Ezra Pound)

Illustration: David Caspar Friedrich

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COCAGNE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2015



 

Didier Delamonica - French Mystical Fantasy painter -    (6) [1280x768]

COCAGNE

Les femmes étaient si belles
que les chevaux devinrent centaures, les poissons sirènes.
Les colombes naquirent.

On inventa la chevelure qui se défait, la ceinture qui se dénoue,
la sandale qui se délace, le voile qui glisse.
Il y eut des cheveux qui devinrent follets, du duvet sur les pêches
et pour la première fois les chasseurs furent émus par les yeux de la biche.

Chacun se fit du monde une idée prise aux fleurs
comme le miel et le langage s’orna de battements de cils.

On se regardait dans le blanc des yeux pour se voir purs.
On se saluait par « Bouche que veux-tu ? »
Tout le monde se faisait des châteaux partout, même en Espagne.

Chaque enfant bénéficiait de la vertu originelle.
On enfantait dans les honneurs et on trouvait son pain tout cuit dans une machine.

Tout le monde avait l’âge des folies et l’âge d’or.
Personne n’avait la folie de l’or.
Les enfants seuls avaient la folie des grandeurs
et ils en guérissaient spontanément le jour où se terminait leur croissance.

Dieu avait disparu depuis que Caïn et Abel, de commun accord, l’avaient rossé.
On inventa alors l’histoire de la création du monde.
« Que le bonheur soit et le bonheur fut » ainsi commençait la Genèse.

On ne portait que des couronnes qui ne duraient que ce que durent les fleurs coupées.
Le titre d’homme était universel et héréditaire.
Des fleurs, des fruits et des animaux furent anoblis.
Certaines poires devinrent comtesses et beaucoup de chiens devinrent marquis.

(Ernest Delève)

Illustration: Didier Delamonica

 

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ÉPITAPHE POUR UN CENTAURE (Joseph Brodski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2015



ÉPITAPHE POUR UN CENTAURE

Dire qu’il fut malheureux serait trop dire,
ou trop peu : fonction de l’auditoire.
Pourtant l’odeur qu’il dégageait était légèrement offensante
et son galop, bien difficile à suivre à hauteur.
Il disait, On avait prévu une statue, mais quelque chose avait raté :
le moule ? la fabrication ? la gestion ?
Ou la guerre n’avait pas eu lieu, on avait pactisé avec l’ennemi,
et lui, on l’avait laissé là, sans doute avec mission d’incarner
l’Intransigeance, l’Incompatibilité, ces choses qui ne prouvent pas tant
la singularité d’un être, sa valeur, mais un simple probable.
Des années durant, tel un nuage, il avait erré dans les champs d’oliviers,
admirant que l’unijambisme engendrât l’immobilité.
Il apprit à se mentir à lui-même et en fit un art,
faute de meilleure compagnie, et pour vérifier sa santé mentale.
Et il mourut assez jeune, parce qu’il trouva que
sa part animale était moins durable que son humanité.

(Joseph Brodski)

Illustration: Gustave Moreau

 

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