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Posts Tagged ‘cérémonie’

BARDO (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019




    
BARDO
(Métamorphose des 5 poisons)

Je garde l’énergie d’une colère sans haine,
j’affronte l’ignorance sans cérémonie,
je repousse l’émotion jalouse sans complaisance,
j’accède à l’intensité du désir sans plus d’attachement,
je sais l’orgueil nocif mais tiens au sursaut de l’être
à l’aplomb de lui-même.

(Vairocana)
Ce n’est déjà plus l’heure
de survivre à blanc
au centre des illusions ou des cieux,
la roue a pris le temps de vitesse
et distancé les dieux,
elle rejoint la sphère pareille
à la conscience pure, sans limites et sans âge.

(Aksobhya)
J’ai confié ma colère
à la lumière bleue
qui se lève à l’est,
ô sagesse, ô miroir,
comme un baiser à bouche close
chante un autre ciel
libre de nos enfers.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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CÉRÉMONIE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2019



Henri Bruel_Le Rêve d'un Etrange Mariage- [800x600]

CÉRÉMONIE

La cérémonie
commença avec une lenteur composée
mais le vin provoqua des colères inhumaines
un bouquet tomba d’un corsage
l’entame d’une brioche
le soir vira au sombre
des corps s’étreignirent sous les lampes
un souffle pur monta de la terre
des portraits impassibles
aux murs souriaient.
Prisonniers de leur matière exploitée
des objets d’autrefois
se brisèrent au grand jour
du lendemain sur la terre fertile.

(Jean Follain)

Illustration: Henri Bruel

 

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CONTEMPLATION (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018




    
CONTEMPLATION

Avec une peur ancienne se lamentent ou pleurent les voix.
Des formes fugitives venues pour la cérémonie
où elles arracheront de toi le coeur de ta figure lointaine.

La nuit fulgure au dedans de ton masque.
Elles te percent de croassements,
elles te martèlent d’oiseaux noirs.

Des couleurs ennemies s’unissent dans la tragédie.
Quand nous sommes arrivés au centre de l’obscurité
le bois s’est ouvert.

Les formes épouvantées de la nuit sont mortes
et il n’y a plus eu ni dehors ni dedans.

Elles t’ont précipitée,
tu as disparu le masque à la main.
Et plus rien n’a eu l’air d’un coeur.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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POEME (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




POEME

Tu choisis l’endroit de la blessure
où nous parlons notre silence.
Tu fais de ma vie
cette cérémonie trop pure.

(Alejandra Pizarnik)

 

 

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Neuve (Dominique Lauzon)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018


MALINOWSKI_Bleu sommei

Tu es apparue où il n’y avait personne

Ton visage fragmente l’absence et toute réponse
est un effort de ton âme pour ajouter
à la clarté ininterrompue de ta voix
une densité semblable aux encres premières
qui ont supporté jusqu’à cet aurore
de prendre tout le silence des chambres inutiles
et construire à partir d’un luueur
un désir redevenu incontournable

Dans la fluide lumière de ta présence
ta peau plus nue que la joie de te trouver
si grave si légère
indéniable irraison du don
dans les cérémonies du simple

Je n’ai pas d’éternité
tu sais
je n’ai plus de patience

Soupèse le poids de mon corps
sur ton propre désir

L’essentiel

en peu de mots
grandir
par un acte inimaginable
d’intimité

(Dominique Lauzon)

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Les premiers (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



La floraison du bâton

[12]
Ainsi les premiers — c’est écrit,
seront les individus tordus ou torturés,

hors-ligne, hors-champ du soi-disant progrès du monde ;
le premier à recevoir la promesse était un voleur ;

la première à voir en réalité Sa vie-après-la-mort ,
était une femme déséquilibrée, névrotique,

honnie naturellement pour avoir quitté sa maison
ne pas s’être occupée du ménage… ou était-ce Marie de Béthanie ?

en tout cas — quant à cette autre Marie
et ce qu’elle fit, tout le monde le sait,

mais il n’est pas attesté
où exactement et comment elle trouva la boîte d’albâtre ;

d’aucuns disent qu’elle avait pris l’argent du ménage
ou l’argent du tronc des pauvres,

d’aucuns disent qu’elle n’avait rien avec elle,
ni bourse, ni besace,

ni pièce d’or ou d’argent
frappée à l’effigie de César.

[ 13]
En tout cas, elle conclut un étrange marché
(du moins, certains le disent) avec un Arabe,

un étranger sur la place du marché ;
en fait, il avait une petite maison, une échoppe

installée à gauche, à l’arrière du marché
quand on passe par la porte du bas ;

ce qu’il avait n’était pas à vendre ; il allait
à un couronnement, à des obsèques — en même temps –

ce qu’il avait, sa myrrhe inestimable, introuvable ailleurs
était pour la double cérémonie, funérailles et intronisation ;

sa myrrhe et son encens n’étaient pas ordinaires
et d’ailleurs, n’étaient pas à vendre, dit-il ;

il écarta sa robe d’un geste noble
mais la femme peu virginale ne saisit pas l’allusion ;

elle avait vu la noblesse de première main ;
rien ne l’impressionnait, c’était facile à voir ;

elle ne s’inquiétait pas de se voir acclamée ou
dédaignée par lui ou pire ; que sont les insultes ?

elle savait comment rester détachée,
un autre péché impardonnable,

et quand des pierres étaient lancées,
elle n’était tout simplement pas là ;

elle n’était pas là et puis elle apparut,
pas vraiment une belle femme — ne penses-tu pas ?

certainement pas jolie ;
ce qui frappa l’Arabe était qu’elle était imprévisible ;

ce n’était encore jamais arrivé — une femme —
eh bien — en tout cas, lui, il connaissait le monde — une dame

n’avait pas saisi l’allusion, ne s’était pas gracieusement soustraite
devant un geste implicite de congé

et sans offense apparente en fait,
pour sortir par la porte.

[ 14]
Il était aisé de voir qu’il n’était pas un marchand ordinaire ;
elle en était certaine — il était ambassadeur ;

presque personne à qui l’on puisse faire confiance
avec cette marchandise précieuse,

bien que les jarres fussent scellées,
la fragrance s’en échappait un peu,

et la rumeur s’était propagée,
même quand on parvenait à rester à l’écart

des lieux habituels des marchands ;
certains disaient que cette distillation, cette essence

durait littéralement à jamais, avait ainsi duré —
bien que personne naturellement, ne sût en fait

ce qu’il y avait ou non dans les boîtes d’albâtre
des princesses des rois de Hyksôs,

c’étaient des jarres d’onguent, sans nul doute ;
mais qui allait les ouvrir ?

des charmes y étaient gravés,
sigils et figures étaient peints sur toutes les jarres ;

personne ne démantelait les tombes,
ce serait pure méchanceté — mais il savait une chose,

son peuple avait pendant des siècles et des siècles,
chuchoté les secrets des processus sacrés de la distillation ;

ce n’était jamais écrit, même en symboles, car ils savaient ceci —
aucun secret n’est en sécurité avec une femme.

***

So the first—it is written,
will be the twisted or the tortured individuals,

out of line, out of step with world so-called progress;
the first to receive the promise was a thief;

the first actually to witness His life-after-death,
was an unbalanced, neurotic woman,

who was naturally reviled for having left home
and not caring for house-work … or was that Mary of Bethany?

in any case—as to this other Mary
and what she did, everyone knows,

but it is not on record
exactly where and how she found the alabaster jar;

some say she took the house-money
or the poor-box money,

some say she had nothing with her,
neither purse nor script,

no gold-piece or silver
stamped with image of Caesar.

In any case, she struck an uncanny bargain
(or so some say) with an Arab,

a stranger in the market-place;
actually, he had a little booth of a house

set to the left, back of the market
as you pass through the lower-gate;

what he had, was not for sale; he was on his way
to a coronation and a funeral—a double affair—

what he had, his priceless, unobtainable-elsewhere myrrh
was for the double ceremony, a funeral and a throning;

his was not ordinary myrrh and incense
and anyway, it is not for sale, he said;

he drew aside his robe in a noble manner
but the un-maidenly woman did not take the hint ;

she had seen nobility herself at first hand;
nothing impressed her, it was easy to see;

she simply didn’t care whether he acclaimed
or snubbed her—or worse; what are insults?

she knew how to detach herself,
another unforgivable sin,

and when stones were hurled,
she simply wasn’t there;

she wasn’t there and then she appeared,
not a beautiful woman really—would you say?

certainly not pretty;
what struck the Arab was that she was unpredictable;

this had never happened before—a woman—
well yes—if anyone did, he knew the world—a lady

had not taken a hint, had not sidled gracefully
at a gesture of implied dismissal

and with no apparent offence really,
out of the door.

It was easy to see that he was not an ordinary merchant;
she saw that certainly—he was an ambassador;

there was hardly anyone you could trust
with this precious merchandise,

though the jars were sealed,
the fragrance got out somehow,

and the rumour was bruited about,
even if you yourself managed to keep out

of the ordinary haunts of the merchants;
some said, this distillation, this attar

lasted literally forever, had so lasted—
though no one could of course, actually know

what was or was-not in those alabaster boxes
of the Princesses of the Hyksos Kings,

there were unguent jars, certainly;
but who would open them?

they had charms wrought upon them,
there were sigils and painted figures on all the jars;

no one dismantled the tombs,
that would be wickedness—but this he knew,

his own people for centuries and centuries,
had whispered the secret of the sacred processes of distillation;

it was never written, not even in symbols, for this they knew—
no secret was safe with a woman.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Léonard de Vinci

 

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Les échappés… (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Les échappés…

Si lourds
si lourds
si mornes leurs monuments
si empires, si quadrilatères
si écraseurs barbares, si vociférant,
et nous si nénuphar
si épis dans le vent
si loin du cortège
si mal dans la cérémonie
si peu de notre âge et tellement toujours à la promenade…

(Henri Michaux)


Illustration: ArbreaPhotos

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Ô mon serviteur, où me cherches-tu ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration
    
Ô mon serviteur, où me cherches-tu ?
Regarde !
Je suis auprès de toi.

Je ne suis ni dans le temple ni dans la mosquée;
ni dans le sanctuaire de La Mecque,
ni dans le séjour des divinités Indoues.

Je ne suis ni dans les rites et les cérémonies,
ni dans l’ascétisme et ses renoncements.

Si tu me cherches vraiment,
tu me verras aussitôt
et un moment viendra où tu me rencontreras.

Kabîr dit : « Ô Saint, Dieu est le souffle de tout
ce qui respire. »

(Kabîr)

 

 

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CHANSON D’AUTOMNE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



CHANSON D’AUTOMNE

Je ne t’aime plus comme avant,
Et toi ?… ne mens pas de la sorte !…
Je sens ton baiser dans le vent
Tomber comme une feuille morte.
Qu’importe ! Au fond du bois glacé
Coule encor la sève éternelle.
Notre amour vient de trépasser,
Crions : Vive l’Amour, ma belle !
Nous sommes là deux amoureux,
Deux ! Au bois où l’hiver va s’abattre,
Mais quand fleuriront les coucous,
Ah ! combien, combien serons-nous ?
Quatre !

C’est pas la peine de pleurer
Puisque l’on en a pas envie…
D’autres galants vont t’adorer,
Et j’ai confiance en la Vie.
Car ici-bas, les amours sont
Comme ces rouges vers de terre,
Que la bêche met en tronçons
Un jour, dans un coin de parterre.

Pas besoin de se dire adieu
En faisant des cérémonies…
Nous nous reverrons en ce lieu
Parmi les choses rajeunies.
Nous nous retrouverons, berçant
Un nouvel amour l’un et l’autre,
Et nous saluerons en passant
Ces amours : les petits du notre

(Gaston Couté)

 

 

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L’heure est si grande (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2016



L’heure est si grande

L’heure est si grande
l’ampleur du jour
saturé de lumière
la cérémonie de l’espace

quelques chants d’oiseaux
soutiennent la voûte ouverte
sur l’ouverture infinie

je vois une nuit
derrière le ciel
et derrière la nuit
un autre ciel
plein d’étoiles
silences sur silences
plus véhéments
qu’un cri

à la mesure
de l’heure grande.

(Jean Mambrino)

 

 

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