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Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Les Filles (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2022



Illustration 
    
Les Filles

Le dimanche soir, les filles se promènent dans
leurs belles robes, bras dessus bras dessous, en
grandes bandes sur la route;
elles vont jusqu’au bois, elles s’en reviennent,
les oiseaux se couchent dans les cerisiers.

On entend leurs rires : de quoi rient-elles ?
Ah ! les filles qui n’ont pas vingt ans,
ça ne sait que rire et de tout le monde,
mais c’est pour faire voir qu’on a de jolies dents.
Alors, les garçons vont à leur rencontre;
elles, elles les voient venir, elles cessent de
chanter; elles rient en dedans, les regards baissés,
on les voit qui se serrent les unes contre les autres
comme sous un arbre quand il pleut.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Assoupissement (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2021



Assoupissement

Un essaim d’arbres bourdonne
Tout au bout du champ
Sous un ciel qui gesticule
Les herbes chantent
J’écoute le rire de la source
Qui coule avec un bruit de cailloux
Et m’approprie tout l’espace qui m’est offert

Peu à peu je fonds dans la chaleur
Et je ne vois plus rien
Il n’y a plus que mon sang qui vit
Au rythme de mon cœur
Et quelque chose en moi
Qui ne veut pas mourir
Et quand midi mûrit dans le jardin
Je m’assoupis dans l’herbe
A l’ombre du cerisier.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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LE GRILLON (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2021



LE GRILLON

Dans le silence de la nuit chantait, hier soir,
Chantait je ne sais où le grillon du foyer.
Ce petit chant élargissait encor le noir.
La flamme triste de ma bougie s’allongeait.

Allons ! Il a fallu se recoucher, la mort
Dans l’âme, en se disant que, pas plus qu’autrefois,
Je n’aurais de bonheur sans doute, et que la voix
De ce cri-cri n’était que moi-même, et rien d’autre.

Écoute, mon enfant, écoute le cri-cri.
Tu n’as pour te calmer que ce grésillement.
Mais comprends comme il est vaste, comme il s’étend
Sur toute Ici vallée du coeur endolori…

Tout se tait, le chagrin, l’ennui, l’homme, que sais-je ?
Seul le chant continue du grillon-boulanger.
Adresse-t-if à Dieu une plainte légère,
Et Dieu laisse-t-il seul le grillon lui parler ?

Écoute ce qu’il dit. II dit le pain obscur
Et le pot ébréché dans les cendres amères.
Il dit le chien qui dort. Il dit la ménagère.
Il dit je ne sais quoi de triste, bon et pur.

Il dit qu’il est ami, il dit que, l’autre jour,
Mon fermier a conduit sa fiancée à l’église,
Et que la métairie était pleine d’amour,
Ainsi qu’un cerisier est tout plein de cerises.

(Francis Jammes)

 

 

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Pétale de cerisier (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2021



Se rêver
Pétale de cerisier
Et revenir.

(Guillevic)

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Le 17 avril est la journée mondiale de l’haïku (Buson),(Kyoroku),(Issa),(Bashô),(Moritake)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2021




    
Le 17 avril est la journée mondiale de l’haïku

Poem of the Week Ithaca 679 “International Haiku Poetry Day”

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

From: “De mooiste Japanse haiku”, I & II
POINT Editions

Une corolle
qui retourne à sa tige
papillon pourpré
Moritake

Senteur de prunier
soudain paraît le soleil
traçant le sentier
Bashô

Coups de hache secs
au milieu des broussailles
frappement d’un pic
Issa

Charmer le Fuji seul
ne peuvent y réussir
les herbes vertes
Buson

Dans les champs de riz
elles flottent flétries
les fleurs du cerisier
Kyoroku

Adaptations Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

Een bloesemblad
dat terugkeert naar zijn twijg
een purpervlinder
Moritake

Geur van pruimenbloei
plotseling verschijnt de zon
een bergpad trekkend
Bashô

Droge bijlslagen
te midden het kreupelbos
geklop van een specht
Issa

Alleen de Fuji
in te palmen lukt hen niet
de groene grassen
Buson

In de rijstvelden
drijven ze nu reeds verwelkt
de kersenbloesems
Kyoroku

Herdichting Germain Droogenbroodt

***

La flor caída
regresando a su rama
una mariposa
Moritake

Olor de la flor
de repente el sol
traza una senda
Bashô

Golpes de hacha
dentro de la maleza
pájaro carpintero
Issa

Sólo al Fuji
no alcanzan a copar
las hierbas verdes
Buson

Flotan marchitas
en los campos de arroz
flores del cerezo
Kyoroku

Adaptación: Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

The leaf of a rose
returning to its long stem,
purple butterfly.
Moritake

Smell of plum blossom—
suddenly the sun appears
brighting a pathway.
Bashô

Dry axes chopping
amid the distant thicket—
woodpeckers knocking.
Issa

Only the Fuji
do not succeed to capture
the tall green grasses
Buson

In the fall rice fields
already withered, floating,
the cherry blossoms
Kyoroku

English versions by Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan

***

Un petalo
ritorna al suo ramo –
farfalla violetta
Moritake

Profumo di fiori di prugno
all’improvviso il sole
traccia un sentiero di montagna
Bashô

Secca batte l’ascia
in mezzo alla ceppaia
colpi d’un picchio
Issa

Solo il Fuji
non riescono a cogliere
la verde erba
Buson

Nei campi dei riso
galleggiano già vizzi
fiori di ciliegio
Kyoroku

A cura di Germain Droogenbroodt e Luca Benassi

***

Ein Blütenblatt
das zu seinem Zweig zurückkehrt
ein Purpurschmetterling
Moritake

Duft von Pflaumenblüten
plötzlich erscheint die Sonne
einen Bergpfad zeichnen
Bashô

Trockene Axthiebe
inmitten des Unterholzes
Klopfen eines Spechts
Issa

Nur den Fuji
einzunehmen gelingt ihnen nicht
den grünen Gräsern
Buson

In den Reisfeldern
sind sie bereits verwelkt
die Kirschblüten
Kyoroku

Nachdichtung von Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

Perfume de ameixas
de repente surge o sol
desenha o caminho
Bashô

Golpes de machado
no meio de ervas daninhas
vê-se um pica-pau
(era um assovio)
Issa

Somente no Fuji
não se consegue alcançar
as verdes verduras
Buson

Nos campos de arroz
pairam flores fenecidas
dessas cerejeiras
Kyoroku

Uma folha em flor
que se envolve no seu ramo
mariposa purpura
Moritake

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia.

***

Prufumu di ciuri di prugna
Lu suli appari nta na botta
Disignannu nu sinteru ntâ muntagna
Basho

Corpa d’accetta sicchi
Ntô menzu dû boscu
Li botti di lu picchiu.
Issa

Sulu lu Fuji
Non ponnu catturari
Li erbi virdi.
Kyoruku

Li ciuri dî girasi
Bbulanu già sicchi
Nta li riseri.
Buson

Na pampina ciuruta
Ritorna ô so ramu
Un pappagghiuni viola
Moritake

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

Petala florii
se-ntoarce către ramuri
un flutur bălțat
Moritake

Parfum de flori de prun
brusc soarele răsare
trasând cărarea
Bashô

Toporul cade sec
spintecă buturuga
lovind cu ciocul
Issa

Pe Fuji poate
să-l surprindă în asalt
doar iarba verde
Buson

Lanul de orez
deja pălește veșted
cireș în floare
Kyoroku

Traducere și versificație: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

Zapach kwitnącej śliwy
nagle wstaje słońce
ukazując górską ścieżkę
Bashô

Suche uderzenia siekiery
pośrodku zagajnika
pukanie dzięcioła
Issa

Tylko na górze Fudżi
nie udaje się zapanować
zielonym trawom
Buson

Na ryżowe pola
wzlatują zwiędłe już
kwiaty wiśni
Kyoroku

Płatek kwiatu
wracający na swą gałązkę —
purpurowy motyl
Moritake

Przekład pośredni na polski: Mirosław Grudzień — Małgorzata Żurecka
Translation into Polish by Mirosław Grudzień — Małgorzata Żurecka

***

梅花的气味
突然太阳出现了
在画一山路
巴索

***
干燥的斧头
在灌木丛中猛击
啄木鸟的敲门声
伊萨

***
只有这些紫藤
它们没法成功地捕获
这些茵茵绿草
布森

***
在这些稻田里
它们已经枯萎飘落
这些樱花瓣
九宫

***
片花叶
在返回它的细枝——
只紫蝴蝶
森岳

提 供:比利时 杰曼·卓根布鲁特
汉 译:中 国 周道模 2021-4-13
Translation into Chinese by William Zhou

***

أفريل اليوم العالمي لشعر الهايكو.

تعبق رائحة الخوخ
وتبزغ الشمس على حين غرة
فتشق طريقها عبر الجبال
باشو
يضرب الفأس الجاف
وسط قطعة الخشب
مثل وقع نقار الخشب
عيسى
وحدها شجرة الفوجي
لا تظفر بالإمساك
بالأعشاب الخضراء
بوسون
في حقول الأرز
التي تطفو وهي ذاوية
هناك يزدهر الكرز
كيوروكو
ورقة مزدهرة
تؤوب إلى غصنها
كأنها فراشة أرجوانية
موريتاكي
تقديم:
ترجمته عن الإنجليزية: سارة سليم
Translation into Arab by Sara Slim

***

बेर का फूल
अचानक सूरज दिखाई देता है
एक पहाड़ी रास्ता खींचता है
बाशो

***
सूखी कुल्हाड़ी
नकल के बीच में
एक कठफोड़वा की दस्तक
इसा

***
केवल फुजी पहाड़
वे पकड़ने में सफल नहीं होते हैं
हरी घास
बुसान

***
चावल के खेतों में
वे पहले से ही तैर रहे हैं
मुरझाया हुआ
चेरी खिल जाती है
क्यरोकू

***
एक फूली हुई पत्ती
अपनी टहनी पर लौटते हुए –
एक बैंगनी तितली
मोरिटेक

Translation in Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

花の恵
自由短し
桜散る

まだ乙女の白
巴旦杏の花
春告げる

灰色が
突如あけぼの
ツグミの音

蛍火の
煌めく歓喜
我にありし

ジャーマン・ドローゲンブロート
(訳:上村多恵子+角倉マリ子)
Translation into Japanese by Taeko Uemura & Mariko Kakukura

***

عطر شکوفه‌های آلو
ناگهان خورشید پدیدار می‌شود
در حال کشیدن جاده‌های کوهستانی
باشو
***
چون تبر خشک ضربه میزند
در میان بیشه‌زار
دارکوب
عیسی
***
تنها در فوجی
آنها به موفق به دربند کردن
سبزه‌زارها نمی‌شوند
بوسون
***
در مزارع برنج
شکوفه‌های گیلاس
شناور بر روی آب خشکیده‌اند
کیوروکو
***
برگى از شكوفه
به شاخه‌اش بازمی‌گردد
با پروانه‌ایی بنفش
موریتاکه
ترجمه: سپیده زمانی

Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

Аромат на сливов цвят
внезапно слънцето се появява
рисувайки планинска пътека

Башо
***
Суха брадва свири
в средата на горичката
удар на кълвач

Иса
***

Само на Фуджи
няма да успеят да докоснат
зелените треви

Бусон
***
В оризовите полета
вече плуват изсъхнали
черешовите цветове

Киороку
***
Зелената клонка
отново разцъфтява –
пурпурна пеперуда

Моритаке

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

Blómkrónublaðið
komið aftur á stilkinn –
djúprautt fiðrildi
Moritake

Ilma plómublóm
skyndilega birtist sól
teiknar fjallastíg
Bashô

Heyrast axarhögg
í miðjum kjarrskóginum
spætan að banka
Issa

Bara Fujifjall
alrei ná þeir á sitt vald
grænu grösunum
Buson

Hrisgrjónaakrarnir
í þeim fljóta strax sölnuð
kirsuberjablóm
Kyoroku

Þór Stefánsson þýddi samkvæmt enskri þýðingu Germains Droogenbroodt
Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

Пахнет сливами
вдруг встает солнце
тянет за собой горную дорогу
Мацу Басё

Сухие удары топора
посреди густой чащи
стук дятла
Кобаяси Исса

Только Фудзияму
они не смогли укрыть
зеленые травы
Ёса Бусон

Среди рисовых полей
увядая, они летят
лепестки сакуры
Кюроку

Лепесток
что вернулся на ветку –
алая бабочка
Аракида Моритакэ

Стихотворное изложение Гермайна Дрогенбродта
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

Amoy bulaklak ng mansanitas
biglang sumikat ang araw
gumuhit ng isang daanan sa bundok
Bashô
***

Tuyong hampas ng palakol
sa gitna ng kakahuyan
kumakatok na karpenterong maliit
Issa

***

Tanging ang Fuji,
hindi sila nagtagumpay mahuli
ang berdeng mga damo
Buson

***

Sa palayan
nakalutang na sila
ang bulaklak ng seresa
Kyoroku

***

Bumukadkad na dahon
nagbalik sa kanyang tangkay
kulay lila na paru-paro
Moritake

Rendering Germain Droogenbroodt
Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***
שיר השבוע 679 – שירי הייקו
ה-17 באפריל הוא יום שירת ההייקו הבינלאומי
הנה כמה הייקואים, שבחר המשורר והמתרגם ג’רמיין
דרוגנברודט, יוזם ומוביל הפרוייקט.
רֵ יח ַ פְּ רִ יח תַשָׁ זִ יףַ
פֶּ ת ע מוֹ פִ יעָׁ הַה שֶּ מֶּ שַ
רוֹ שֶּ מֶּ תַ שְּ בִ ילַהָׁ רִ יםַ
באשו
***
מ ּכוֹ תַַג רְּ זֶּןַַיְּ בֵ שוֹ תַ
בְּ מ עֲבֵַהַה סְּ ב ךַ
נְּ קִ ישָׁ הַ שֶּ לַנ קָׁ רַ
איסא
***
ר קַַאֶּ תַַה פּוגִ ‘יַ
אֵ יןַַהֵ םַַמ צְּ לִ יחִ יםַַלִ לְּ ּכֹ דַ
הָׁ עֲשָׁ בִ יםַַה יְּ רֻ קִ יםַ
בוסון
***
בִ שְּ דוֹ תַַהָׁ אֹ רֶּ זַ
ּכְּ בָׁ רַַצָׁ פוֹ תַַקְּ מֵ לוֹ תַ
פְּ רִ יחוֹ תַַה דֻ בְּ דְּ בָׁ ןַ
קיורוקו
***
עָׁ לֶּהַַפוֹ רֵ ח ַ
חוֹ זֵרַַאֶּ לַַהֶּ עָׁ נָׁףַַ-ַַ
פ רְּ פַָׁרַַסָׁ גֹ לַ
מוריטקה

Translation into Hebrew by Dorit Weisman

***
ப்ளம் கனியின் நறுமணம் வந்துவிட்டது
திடீரென கதிரவன் எழுந்துவிட்டான்
மலைப்பாதையை வரைந்தும்கொண்டே!
Basho

வரண்ட கொடாரி வருகிறது
சிறு காட்டின் நடுவே
மரங்கொத்திப் பறவையின் கைச்சொடுக்கோடு!
Issa

ஃப்யூஜி மாத்திரமே
பிடிப்பதைல் வெற்றி பெறுவதில்லை
பசும் புற்களை!
Buson

அரிசி வயலில்
ஏற்கெனவே உதிரும் நிலை
செர்ரி பழுக்கிறது.
Kyoroku

மலர்ந்த இலை
தனது கிளைக்குத் திரும்புகிறது
ஊதா வண்ணத்துப் பூச்சியாக!
Moritake

Rendering Germain Droogenbroodt
Translation in Tamil by Dr. N V Subbaraman

***

Bîhna kulîken huliyan
ji nişkava roj hiltê
şverêyek dineqşîne
Başô

Lêdana bivir li êzingê hişk
di nîvê binî de
lêdana darkutekê
Issa

Her Fuji
weha bê gotin nikanî
giyayên hişîn bidestxistana
Buson

Li kewşenên birincê
ew êdî çelmisîne
kulîkên dargêlasan
Kyoroku

Peleke hişîn
ku li pîkê xwe vedigere
pêpilwîskeke rengîn
Moritake

Wergera serbest ji aliyê Germain Groogenbroodt ve
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

বরই ফুলের গন্ধ
হঠাৎ উঁকি দেয় সূর্য
এঁকে দেয় পর্বত পথ
Bashô

***
শুকনো কুড়াল দেয় আঘাত
মধ্যখানে ঝোঁপের
কাঠঠোকরা দেয় টোকা
Issa

***
শুধুমাত্র ফুজি
হয়না সফল ধরতে
সবুজ ঘাস গুলিকে
Buson

***
ধানের ক্ষেতে
যায় শুকিয়ে
চেরি ফুলের পুষ্প বিকাশ
Moritake

উপস্থাপনা -জার্মেইন ড্রোজেনব্রুড্ট
Bangla Translation- Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

Boladh bhláth crann plumaí
léiríonn ga gréine cosán
ar bhóthar sléibhe
Bashô

Clabhta toll tua
i lár na roschoille
cnag an cnagaire
Issa

Maidir le Fujiyama
is ann amháin nár éirigh leo
glaise an fhéir a léiriú
Buson

Sna goirt ríse
feictear ar snámh bláthanna feoite
na gcrann silíní
Kyoroku

Peiteal bhláth crann plumaí
ag athfhás ar an gcraobhóg –
féileacán corcra
Moritake

Aistriúchán Rua Breathnach

***

Serbian
Miris šljivinog cveta
Odjednom se pojavi sunce
i slika šumsku putanju
Bashô

Tupi udarci sekire
usred stabla
kucanje detlića
Issa

Samo Fuji
ne uspeva da zarobi
zelene trave
Buson

U pirinčanim poljima
već plivaju uvele
latice trešnjinog cveća
Kyoroku

Cvetna latica
se vraća svojoj grani-
ljubičasti leptir
Moritake

Slobodan prevod Germain Droogenbroodt
Sa engleskog prevelar S. Piksiades
Translation into Serbian by S. Piksiades

***

Мирис на сливов цвет
одеднаш сонцето се јавува
црта планинска патeка
Башо

***
Сува секира свири
среде изданокот
удар на клукајдрвец
Иса

***
Само на Фуџи
нема да ги најдат
зелените тревки
Бусон

***
Во оризовите полиња
веќе пловат исушени
црешовите цветови
Киороку

***
Едно цветно ливче
се враќа на својата гранка –
виолетова пеперутка
Моритаке

Избор: Гермаин Другенбрут
Превод од англиски на македонски јазик: Даниела Андоновска-Трајковска
Translation from English into Macedonian: Daniela Andonovska-Trajkovska

***

Վարդի տերևը
իր երկար ցողունին է վերադարձնում
մանուշակագույն թիթեռին:
Մորիթակե

***

Սալորի ծաղկի բույրը.
հանկարծ հայտնվում է արևը՝
լուսավորելով արահետը:
Բասյո

***
Չոր կացնի հարվածները
հեռավոր թավուտում.
փայտփորիկի թակոցը:
Իսսա

***
Միայն Ֆուջիին
չհաջողվեց գերևարել
բարձր կանաչ խոտերը:
Բուսոն

***
Աշնանը բրնձի դաշտերում
արդեն թառամած լողում են
բալենու ծաղիկները:
Կյորոկու

Հայերեն թարգմանությունը՝ Արմենուհի Սիսյանի
Translation into Armenian by Armenuhi Sisyan

Recueil: Ithaca 679
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
France: https://arbrealettres.wordpress.com
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
Romania: http://www.logossiagape.ro; http://la-gamba.net/ro; http://climate.literare.ro; http://www.curteadelaarges.ro.; https://cetatealuibucur.wordpress.com
Spain: https://www.point-editions.com; https://www.luzcultural.com
India: https://nvsr.wordpress.com; https://ourpoetryarchive.blogspot.com>
USA-Romania: http://www.iwj-magazine.com/journal02

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Le vent emportera les fleurs du cerisier (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2021



Le vent emportera
Les fleurs du cerisier
Jusqu’au blanc des nuages

(Abbas Kiarostami)


Illustration

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L’année (Rosemonde Gérard)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



L’année

Janvier nous prive de feuillage ;
Février fait glisser nos pas ;
mars a des cheveux de nuage,
Avril, des cheveux de lilas ;

mai permet les robes champêtres ;
Juin ressuscite les rosiers ;
Juillet met l’échelle aux fenêtres,
Août, l’échelle aux cerisiers.

Septembre, qui divague un peu,
Pour danser sur du raisin bleu
S’amuse à retarder l’aurore ;

Octobre a peur ; Novembre a froid ;
Décembre éteint les fleurs ; et moi,
L’année entière je t’adore !

(Rosemonde Gérard)

Illustration

 

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Le clair de lune (Chiyo Ni)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2021



    
le clair de lune
s’attarde sur les fleurs du
cerisier de l’aube

***

月影もただすむや花のあさぼらけ

(Chiyo Ni)

 

Recueil: Ah! Le printemps
Traduction: Cheng Wing fun & Hervé Collet
Editions: Moundarren

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Ce monde (Ryokan)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2021




    

ce monde
n’est plus que
fleurs de cerisiers

***

世の中は桜の花となりにけり

(Ryokan)

 

Recueil: Ah! Le printemps
Traduction: Cheng Wing fun & Hervé Collet
Editions: Moundarren

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