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Poésie

Posts Tagged ‘cerner’

En somme (Paul Vincensini)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



En somme

La vie en somme
M’aura donné de tout
A satiété

Poil à gratter
Poudre à éternuer
Et d’escampette

Et la sagesse
D’aller sans cesse ailleurs
Cerner
Gratter
Creuser le vide

Le vide seul en fin de compte
N’a pas changé
Le vide seul

Aussi j’y tiens

(Paul Vincensini)


Illustration

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Le jour ne coupe plus (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
Le jour ne coupe plus les carreaux noirs
d’où il est chassé sans le moindre éclair.
Le ciel est plus cassant, moins abrité
sur les terres amarrées par le gel.

Les murs sont pensifs comme des visages.
Les mains couvent des caresses démesurées
et la campagne n’approche des routes
que par quelques pas dans la neige.

Elle reste des jours sans une voix d’homme.
Parfois se casse le doigt sec d’une herbe
et le bruit s’en propage jusqu’à la ferme.
Le vent renifle la senteur du charbon

sort à la même heure nocturne
de sa chambre sans plafond
et l’on voit mieux les bords de la solitude
cerner la tache d’un front.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Nous (Rabah Belamri)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Giampaolo Ghisetti
    
nous
entre ciel et terre
comme arc de lumière
après passage d’orage

j’écarte la gaze de ton nom
ton feu me cerne d’une violence d’éternité

il n’y a plus d’énigme entre nous
ni l’aveu du poème

(Rabah Belamri)

 

Recueil: Corps Seul
Editions: Gallimard

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FEMINA (Alphonse Gallais)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



    

Illustration: Diego Rivera 

FEMINA

Ton cœur est un miroir où se fige mon âme ;
Ton âme : un frais boudoir aux senteurs de rut fauve ;
Ton regard : un soleil que cerne un désir mauve.
Et ta chair un beau marbre où s’alanguit ma flamme.
Alors que mon frisson de spasme, qui t’arrose.
S’épanouit au sein de la fleur noire et rose !

(Alphonse Gallais)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Dit-elle (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017




Amour me tient à l’aurore nouvelle
comme la mer qui berce la nacelle
guettant l’ami veillant en sentinelle
à la persienne en haut de la tourelle
amour me tient en ardente chapelle
jusqu’à l’instant où s’éteint ma prunelle
comme ceux-là qui vont à Compostelle
amour me tient hors de ma vie charnelle

Amour me tient qui me brûle et me cerne
me glace au coeur me conforte et me berne
et me rudoie m’éjouit et m’hiverne
amour me tient qui toujours me gouverne
comme le vent fait pencher les luzernes
et je le chante aux tables des tavernes
je le maudis sous la pâle lanterne
le pleure enfin aux muettes poternes

Amour me tient servante en son église
coiffée de blanc vêtue de toile bise
bouche mouillée comme chair de cerise
seins tout menus et ceinture bien prise
amour me tient en ses chambres soumise
par diable heureux toutes folies permises
me font chanter en la langue requise
les mille morts de la guerre promise.

(Henri Gougaud)

Illustration: Alexandre-Auguste Hirsch

 

 

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En cette nuit d’angoisse et de suées, j’attends la mort (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



En cette nuit d’angoisse et de suées,
j’attends la mort, je n’ai pas peur, j’attends

Que mon âme se déchire sous les assauts du vent soufflant sur ma vie,
Ma respiration devient le sifflement ténu d’une forge rauque,
En cette nuit je vois la mort distinctement se profiler entre ténèbres et lumière,
Or je revois toute ma vie, ma pauvre vie, en un éclair,
Se débattant dans le tournoiement de mon corps qui poursuit sa lutte d’avance perdue,
En cette nuit quelques prières m’accompagnent comme des lambeaux d’espérances lancées aux spectres qui me cernent,
Et les amis ne sont pas là pour me tenir la main et me réconforter,

je suis seul, tout seul face à la mort,
Je l’attends, je n’ai pas peur, j’attends,

En cette nuit j’attends que me vienne Joëlle, ma fiancée de l’ancien temps, celle que j’aime encore aujourd’hui,
Je sens ses cheveux blonds s’incliner sur ma joue, ses yeux verts sont grands ouverts,
Alors et seulement alors je peux partir et m’éloigner du monde,
En cette nuit soudainement illuminée d’amour.

(Jean-Claude Demay)

 

 

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Nous écrivons souvent par les interstices (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2016



Il s’agit moins d’illustrer une démarche
que de cerner un regard.

Nous écrivons souvent par les interstices dans les œuvres des autres.
Aussi bien celles d’un peintre ou d’un musicien que d’un écrivain.

« La mise au clair du monde dans son resplendissement d’or » (Heidegger),
la chambre avec lumière « pareille à un cube d’argent évidé » de Musil,
ou « l’art de passer les eaux sous la lumière feue » du nocher de Jouve.

Mais aussi : les murs éblouis de Morandi dans les collines de Grizzana,
les doigts du soleil posés sur une nappe par Bonnard, les brisures du ciel
que sont les femmes bleues de Matisse.
Et en musique, certains intermezzi de Brahms,
la sonate opus III de Beethoven,
les chants de l’aube de Schumann.

Des présences dont la grandeur
tient dans la douceur mortelle
de leur effacement.

(Heather Dohollau)

Illustration: Henri Matisse

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Dire que … (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2016




Dire que les arbres sont ouverts au jour, les poissons rapides,

dire les dahlias nids d’abeilles et les sentiers où l’herbe pousse
malgré les pas et les chariots qui la blessent.

Dire que tout est riche, touffu, impénétrable

et que la mort nous cerne.

(Luc Dietrich)

Illustration

 

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Une sentence se prépare lentement (Cédric Le Penven)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2016



tronçonneuse6c

Une sentence se prépare lentement, les murmures
nous cernent, tendons un peu l’oreille, nous saurons
quelle saveur a la terre, si le ciel aime ses oiseaux
si les morts le traversent, cela serait si beau cette élévation
ce chapelet de métamorphoses vers l’absolu
(ce matin les tronçonneuses décapitent la Foi)

(Cédric Le Penven)

 

 

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Prendre corps (Ghérasim Luca)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2015



Prendre corps

Je te narine je te chevelure
je te hanche
tu me hantes
je te poitrine je buste ta poitrine puis te visage
je te corsage
tu m’odeur tu me vertige
tu glisses
je te cuisse je te caresse
je te frissonne tu m’enjambes
tu m’insupportable
je t’amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte

je te tremblante
tu me séduis tu m’absorbes
je te dispute
je te risque je te grimpe
tu me frôles
je te nage
mais toi tu me tourbillonnes
tu m’effleures tu me cernes
tu me chair cuir peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerines rouges
et quand tu ne haut-talon pas mes sens
tu les crocodiles
tu les phoques tu les fascines
tu me couvres
je te découvre je t’invente
parfois tu te livres

tu me lèvres humides
je te délivre je te délire
tu me délires et passionnes
je t’épaule je te vertèbre je te cheville
je te cils et pupilles
et si je n’omoplate pas avant mes poumons
même à distance tu m’aisselles
je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche
je te palais je te dents je te griffe
je te vulve je te paupières

je te haleine je t’aine

je te sang je te cou
je te mollets je te certitude
je te joues et te veines

je te mains
je te sueur
je te langue
je te nuque
je te navigue
je t’ombre je te corps et te fantôme
je te rétine dans mon souffle
tu t’iris

je t’écris
tu me penses

(Ghérasim Luca)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

 

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