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Poésie

Posts Tagged ‘cerveau’

Voix (Constantin Cavafis)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020


 


 

Olivier Bouchet  e [1280x768]

Voix sublimes et bien-aimées
de ceux qui sont morts, ou de ceux
qui sont perdus pour nous comme s’ils étaient morts.

Parfois, elles nous parlent en rêve;
parfois, dans la pensée, le cerveau les entend.

Et avec elles résonnent, pour un instant,
les accents de la première poésie de notre vie –
comme une musique qui s’éteint, au loin, dans la nuit.

(Constantin Cavafis)

Illustration: Olivier Bouchet

 

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Mes cris, je les perds (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



 Illustration: Pascal Renoux
    
Mes cris, je les perds
comme un autre perd
son argent, ses pièces de monnaie,
son coeur, mes grands cris,
je les perds
à Rome, partout, à
Berlin, je perds
dans la rue des cris,
authentiques, jusqu’à ce que
mon cerveau devienne rouge sang
à l’intérieur, je perds tout,
il n’y a que la terreur
que je ne perde pas, que
l’on puisse perdre ses cris
chaque jour et
partout

***

Meine Schreie verlier ich
wie ein anderer sein Geld
verliert, seine Moneten,
sein Herz, meine großen
Schreie verlier ich in
Rom, überall, in
Berlin, ich verlier auf
den Straßen Schreie,
wahrhaftige, bis
mein Hirn blutrot anläuft
innen, ich verlier alles,
ich verlier nur nicht
das Entsetzen, daß
man seine Schreie verlieren
kann jeden Tag und
überall

(Ingerborg Bachmann)

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Le philosophe baroque marche sur la plage rocailleuse (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2019



Le philosophe baroque
marche sur la plage rocailleuse

se parlant à lui-même
comme un lézard détraqué

observe une sterne huppée
et pense : Schopenhauer…

aperçoit un oiseau de paradis
et s’écrie : Nietzsche !

mesure les ondes de son cerveau
tout au long de l’après-midi

met de la métaphysique dans son gin
quand le soleil se couche

quand le soleil existentiel
se couche.

(Kenneth White)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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Quelque part (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019




    
Quelque part

Entre la flamme et la fumée
la page blanche et le cerveau
une clarté – bien à l’abri sous mes épaules
Où la journée vient s’appuyer
s’éveille

un duvet de secret bouge
à faire battre le silence
très timidement retiré
dans l’aube chaude de mon sang.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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POUR DANSER SEULEMENT (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

POUR DANSER SEULEMENT

Misère misère en lambeaux
crimes en dentelles
pour les coeurs et les cerveaux
au rendez-vous des demoiselles

Sommes-nous nus
ou démontables
à la lueur des chalumeaux
quand la lune se met à table

Heure des aveux pour les aveugles
minuit tapant
aux portes des grandes villes
et le sang coule dans les ruisseaux
Sauvez la face sauvez le feu

volez au secours des oiseaux
nous retrouverons les hirondelles
les libellules les demoiselles

(Philippe Soupault)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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PUISQUE TOUT S’ÉTRIQUE (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



PUISQUE TOUT S’ÉTRIQUE

Puisque tout s’étrique,
L’âme et le cerveau,
Ah ! vivons pratiques
En ces temps nouveaux !

Plus de boniments,
Faites vos affaires !
Les beaux sentiments
Ne se portent guère.

Muse, pauvre Muse,
Va, c’est bien fini.
Dieu ! que l’on s’amuse
Au jour d’aujourd’hui !

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Constantin Brancusi

 

 

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Dans mon obscur cerveau rampent des chrysalides (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2019



Michel Escale _Scarabee_et_Libellule_Escale_Michel [800x600]

LES CHRYSALIDES

Dans mon obscur cerveau rampent des chrysalides ;
Des libellules d’or gisent en ces prisons.
Leurs ailes sont de la couleur des horizons
Où le soleil se perd au fond des mers limpides.

Elles voudraient s’enfuir ; leurs murs sont trop solides.
Sur elles planeront les jours et les saisons,
Sans qu’elles aient jamais, en frôlant les gazons,
D’espace et de lumière empli leurs âmes vides.

Alors elles mourront, lentement, peu à peu,
Et je rêve souvent à leur essaim de feu
Qui bientôt fanera comme les fleurs passées.

Mais quel soleil pourrait, ô mes faibles pensées,
Vous donner la vigueur de briser la paroi
De la larve pesante où vous êtes en moi ?

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Michel Escale

 

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Tu es de ceux qui montent sur les bateaux (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Ernesto Arrisueño  clouds Zephyrus travels

Tu es de ceux qui montent sur les bateaux
et déploient d’immenses voiles
La marine en bois — tu te soûles de mots —
et quand à l’horizon la pointe du mât s’efface
tu es encore sur le quai à la contempler

Trouble trouble
l’aventure assise
et les camelots de ton effort endormis
et toute une grisaille dans ton cerveau
qui s’effrite

Et des voiles claires que tu aimes
et qui ne te recommencent pas

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ernesto Arrisueño 

 

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A un crâne qui n’avait plus sa mâchoire inférieure (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Mon frère! — où vivais-tu? dans quel siècle? Comment?
Que vécut le cerveau qui fut dans cette boite?
L’infini? la folie? ou la pensée étroite
Qui fait qu’on passe et meurt sans nul étonnement?

Chacun presque, c’est vrai, suit tout fatalement,
Sans rêver au-delà du cercle qu’il exploite.
L’ornière de l’instinct si connue et si droite,
Tu la suivis aussi, — jusqu’au dernier moment.

Ah! ce moment est tout! C’est l’heure solennelle
Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis
Les yeux grand éblouis des lointains paradis!

Oh! ta vie est bien peu, va! si noire fut-elle!
Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,
Et qui peut réveiller tes atomes trahis ?

(Jules Laforgue)

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Quand la peur m’envahit (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Rockwell Kent 19 [1280x768]

Quand la peur m’envahit que je puis cesser d’être avant
que ma plume n’ait tout glané de mon cerveau fécond, avant
que de hautes piles de livres en beaux caractères ne gardent
comme d’opulents greniers le grain pleinement mûri ; quand
je contemple, sur la face étoilée de la nuit, les énormes
symboles ennuagés d’un céleste poème, et songe que peut-être
ne vivrai-je pas assez pour dessiner leurs ombres d’une
main guidée par l’inspiration magique ; et quand je sens, belle
créature éphémère ! que jamais plus je ne te regarderai, jamais
plus ne savourerai la puissance féerique du don total
d’amour, — alors, sur le rivage du monde immense, je reste
solitaire et médite, — au point qu’amour et gloire s’abîment
jusqu’au néant.

(John Keats)

Illustration: Rockwell Kent

 

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