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Posts Tagged ‘chacal’

Le monde est en feu, je l’aime… (Ronny Someck)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018




    
Le monde est en feu, je l’aime…

Le monde est en feu, je l’aime.
En feu la laisse du chien qui m’a conduit aveugle
dans un amour ancien,
en feu le chacal qui hurle dans une chambre de soldat face
à une porte fermée à clé,
la queue-de-cheval derrière une nuque hollandaise,
les lèvres où s’étale un lipstick canadien,
en feu le glaïŽeul qui a griffé la tête
d’une poétesse de Kiryat Ono,
en feu les vers de celle qui a toujours écrit
sur les roues du camion qui a fini par l’écraser,
en feu le sol qui garde les traces
de ma première danse,
en feu la lune
et ses dunes de sable,
la tempête,
la mer dont les vagues se mettent à genoux
devant l’allumette
qui met le feu aux poudres.

(Ronny Someck)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Est-il étoile plus ouverte que le terme coquelicot ? (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Crachent-ils fumée, feu, vapeur
les trois o des locomotives ?

Dans quel parler tombe la pluie
sur les villes de la douleur ?

Quelles syllabes harmonieuses
le vent marin répète à l’aube ?

Est-il étoile plus ouverte
que le terme coquelicot ?

Est-il deux crocs plus affilés
que les syllabes de chacal ?

(Pablo Neruda)


Illustration: ArbreaPhotos

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Monter la garde (Marcel Bréchet)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Monter la garde…
Veiller sur la nuit du désert
Faire trêve avec les chacals
Qui exorcisent le silence,
Amadouer l’angoisse
Qui rampe sur l’échine
Ondulante des chevaux de frise,
Et s’agrippe aux pieds du mirador.
Calculer la durée de vie
D’une dernière cigarette…
Attendre l’irréparable.
Se rappeler le mot de passe
Guetter l’aube improbable,
Ecarquiller les yeux, ne pas dormir,
ne pas mourir
Avant que ne s’effacent les étoiles.

(Marcel Bréchet)

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Jamais l’amour ne fut plus loin (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Jamais l’amour ne fut plus loin
les femmes cachent leur sexe de leurs mains sanglantes
et leur visage blanc n’est plus le soleil
ni même la dernière étoile errante.

La nuit est pleine comme le cour d’un fruit sans graine
et tourne une couronne noire trop grande pour mon front
les femmes ne se couchent plus pour la joie
les femmes ne tendent plus de pièges
les femmes ne vêtent plus leurs entrailles
ne voilent plus leurs lèvres du cri de leur désir
les femmes sont en silence.

Où sont les bien-aimées de ma jeune journée
les enfants du matin, les filles transparentes
les fileuses d’amour sous leur quenouille blonde
la saison neuve durcit son poing sur mon écorce
voici l’été et le bateau croulant dans un soir de galère
vieilles amies de ma chair, restez dans le passé
qui vous garde si belle.

Qu’êtes-vous devenues, embarquées avec moi dans les plis de la mort ?
que la voile noire nous tienne serrés
je ne vois plus qu’elle et votre odeur n’a plus de trouble
je découvre sous l’eau qui troue votre visage
et fait jouer le ciel sous vos cils de combat
l’effigie même de notre reine.

Votre fard coule de chair, votre tunique est décousue de sang
vos os sont nus que le plaisir a nettoyés
comme un chacal aux dents précises
vous êtes nues, hottes d’ivoire, berceaux d’entrailles
doux autrefois de mon amour.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Isis, la grande enchanteresse (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



isisAilee

Les murs ne tombent pas
[34]

Nous avons vu comment les plus aimables,
soumis à une tension physique,

deviennent des loups, des chacals,
des chiens bâtards ;

nous savons en outre que la faim
peut transformer en hyène les meilleurs d’entre nous ;

en conséquence (mais nous n’oublions pas
Amour, la Créatrice,

son chariot et ses colombes blanches),
supplions Hest,

Aset, Isis, la grande enchanteresse,
avec les attributs de Serket,

la grand-mère originelle,
qui conduisait

des scorpions harnachés
devant elle.

***

We have seen how the most amiable,
under physical stress,

become wolves, jackals,
mongrel curs;

we know further that hunger
may make hyenas of the best of us;

let us, therefore (though we do not forget
Love, the Creator,

her chariot and white doves),
entreat Hest,

Aset, Isis, the great enchantress,
in her attribute of Serqet,

the original great-mother,
who drove

harnessed scorpions
before her.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Salomé (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Lucien Lévy Dhurmer
    
Salomé

Parmi les cèdres bleus dont l’épaisseur l’encastre,
Dans un parfum d’encens, de cinname et de rose,
Le lourd palais d’Hérode aux somptueux pilastres,
Aux escaliers d’onyx, en silence repose.

Seul un chacal gémit, précurseur de désastres,
Flairant l’odeur du sang au bas des portes closes;
Et l’écoutant, perdue en quelqu’étrange hypnose,
Dans la salle déserte où pleut un frisson d’astre,

Salomé enraidie sur sa couche,
Rappelant son désir criminel, croit voir Jean,
Fantôme torturé, d’une étreinte d’amant

L’enlacer et défaille en sentant qui la touche
Et se colle à sa lèvre ardente, la mordant,
La bouche douloureuse où se glacent les dents.

(Marie Dauguet)

 

 

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« Le Prochain » (Renée Rivet)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



« Le Prochain »

Chacun promène son chacal
Chacun porte ses griffes sous la peau
Chacun piétine l’ombre de son frère

Chacun est fait de bouches pour maudire
Chacun s’étrangle avec son âme
Chacun porte Chacun en terre.

(Renée Rivet)

Illustration: Titien

 

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VOICI LE TEMPS… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2017



VOICI LE TEMPS…

Voici le temps
De la jungle la plus obscure

Même l’air bleu devint barreaux
Et impure la lumière du soleil

Voici la nuit
Dense de chacals
Lourde d’amertume

Voici le temps où les hommes renoncent.

***

ESTE E O TEMPO…

Este é o tempo
Da selva mais obscura

Até o ar azul se tornou grades
E a luz do sol se tornou impura

Esta é a noite
Densa de chacals
Pesada de amargura

Este é o tempo em que os homens renunciam.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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Prose (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Prose

La nuit est aussi grande qu’une main ouverte.
Nous marchons dans le noir.
Nous ne craignons pas les chacals de l’ombre
car nous savons nous servir de nos armes,
qui sont de sable et de fumée.
Elles sont présentes dans nos veines
et un vin chante dans les rumeurs qui nous parcourent
et nous entraînent où le passé est invisible.

Nous sommes dans le noir
mais un diamant vrille nos yeux
et nous guide vers cette ineffable douceur
d’une auberge à l’orée de la nuit.
Il n’y a pas d’ogre dans ces pays ombreux
et les clairières de brouillards n’ont plus de mystères.
Nous savons que le jour doit venir
et ce n’est pas ces quelques villages déserts traversés en silence
qui dresseront leurs fantômes contre ce splendide événement, notre rêve.
Ces désuètes bourgades ne sont que les lambeaux d’une vie dépassée.
La nuit nous est complice
et ses oiseaux furtifs nous désignent où il faut marcher.

Nous sommes dans le noir
mais la clarté qui doit venir
dépêche vers nous déjà les mains heureuses de ses ruisseaux.
Notre silence est une respiration,
nous sommes en marche
et rien ne peut venir que lumière ou chaos.

(Robert Momeux)


Illustration: Gilbert Garcin

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LES MOTS ÉGARÉS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2016




LES MOTS ÉGARÉS

Je marchais par une nuit sans fin
sur une route où luisaient seules
des lueurs agitées délirantes
comme les feux d’une flotte en perdition.

Sous la tempête mille et mille voix sans corps
souffles semés par des lèvres absentes
plus tenaces qu’une horde de chacals
plus suffocantes qu’une colère de la neige
à mes oreilles chuchotaient chuchotaient.

L’une disait « Comment » l’autre « Ici »
ou « Le train » ou « Je meurs » ou « C’est moi »
et toutes semblaient en désaccord :
une foule déçue ainsi se défait.

Tant de paroles échappées
des ateliers de la douleur
semblaient avoir fui par les songes
des logements du monde entier.

« Je t’avais dit » — « Allons! » — « Jamais! »
« Ton père » — « A demain! » — « Non, j’ai tiré! »
« Elle dort » — « C’est-à-dire… » — « Pas encore »
« Ouvre! » — « Je te hais » — « Arrive! »

Ainsi roulait l’orage des mots pleins d’éclairs
l’énorme dialogue en débris, mais demande et réponse
étaient mêlées dans le profond chaos;
le vent jetait dans les bras de la plainte la joie,
l’aile blessée des noms perdus frappait les portes au hasard
l’appel atteignait toujours l’autre et toujours le cri égaré
touchait celui qui ne l’attendait pas. Ainsi les vagues
chacune par la masse hors de soi déportée
loin de son propre désir, et toutes ainsi l’une à l’autre
inconnues mais à se joindre condamnées
dans l’intimité de la mer.

(Jean Tardieu)

Illustration: Jackson Pollock

 

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