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Poésie

Posts Tagged ‘chagrin’

La Tendresse (Noël Roux)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



tendresse

La Tendresse

On peut vivre sans richesse
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y en a plus beaucoup
Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas

On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Être inconnu dans l’histoire
Et s’en trouver bien
Mais vivre sans tendresse
Il n’en est pas question
Non, non, non, non
Il n’en est pas question

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

Le travail est nécessaire
Mais s’il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien… on s’y fait
Mais vivre sans tendresse
Le temps vous paraît long
Long, long, long, long
Le temps vous parait long

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir
Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
On n’est plus qu’un pauvre diable
Broyé et déçu
Alors sans la tendresse
D’un cœur qui nous soutient
Non, non, non, non
On n’irait pas plus loin

Un enfant vous embrasse
Parce qu’on le rend heureux
Tous nos chagrins s’effacent
On a les larmes aux yeux
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu…
Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos cœurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l’amour
Règne l’amour
Jusqu’à la fin des jours

(Noël Roux)

Illustration: Tamara Lunginovic


   

 

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L’allée est déserte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020


L’allée est déserte
Nous n’y passons plus.
Une rose ouverte
Offre sa vertu.

Quand reviendras-tu?

Chevaux de cascades
Frères de dauphins,
Courez à la rade,
Portez mon chagrin.

Il tenait ma main.

Gages d’amours franches
N’ai-je plus que vous?
Perles des nuits blanches
Brillez à mon cou.

Je l’aimais beaucoup.

(Louise de Vilmorin)

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PLAISIR D’AMOUR (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

PJ Lynch 1c_500

PLAISIR D’AMOUR

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Et la rose que vous offrirent ce matin
Des doigts fins de damoiseau tendrement
Aura ce soir froissé ses habits de satin;
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment
Et ne laisse qu’un souvenir lointain.
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Mignonne, ayez-en plus souci;
Ne renvoyez pas vos princes charmants
Avec une larme au bout de leurs cils;
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment :
Chagrin d’amour aussi.

(Tristan Klingsor)

Illustration: PJ Lynch

 

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L’âme des poètes (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

Charles Trenet

L’âme des poètes

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
La foule les chante un peu distraite
En ignorant le nom de l´auteur
Sans savoir pour qui battait leur cœur
Parfois on change un mot, une phrase
Et quand on est à court d´idées
On fait la la la la la la
La la la la la la

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
Un jour, peut-être, bien après moi
Un jour on chantera
Cet air pour bercer un chagrin
Ou quelque heureux destin
Fera-t-il vivre un vieux mendiant
Ou dormir un enfant
Ou, quelque part au bord de l´eau
Au printemps tournera-t-il sur un phono

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leur âme légère court encore dans les rues

Leur âme légère, c’est leurs chansons
Qui rendent gais, qui rendent tristes
Filles et garçons
Bourgeois, artistes
Ou vagabonds.

Longtemps, longtemps, longtemps
La la la…

(Charles Trenet)

 

 

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MA VIEILLE BRANCHE (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

Léo Ferré [1280x768]

MA VIEILLE BRANCHE

T’as des cheveux comme des feuilles mortes
Et du chagrin dans tes ruisseaux
Et l’ vent du nord qui prête main-forte
À la mère pluie qu’est toute en eau
Ma vieille branche

T’as des prénoms comme des gerçures
D’azur tout gris dans tes chiffons
Et l’ vent du Nord et ses coutures
Où meurent tranquilles les papillons
Ma vieille branche

T’as l’ rossignol qui t’ fait des dettes
Et les yeux doux en coup d’ brouillard
Ce p’tit chanteur, c’est qu’une girouette
T’as qu’à lui mettre ton vieux foulard
Ma vieille branche

T’as les prés comme un chapeau d’ paille
De quand l’été se faisait tout beau
Et des guignols que l’on empaille
À faire s’en aller tes oiseaux
Ma vieille branche

T’as l’ cul tout nu comme les belles gosses
Arrivées là pour un moment
Mais toi, ma vieille, il faut qu’ tu bosses
Pour arriver jusqu’au printemps
Ma vieille branche

T’as rien pour toi qu’une pauvre frimousse
Un vieux sapin qui t’ fait crédit
Deux, trois p’tites fleurs va-que-j’te-pousse
Et puis l’hiver au bout d’ ta vie
Ma vieille branche d’automne

(Léo Ferré)

 

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Quels sont ces propos… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Otto Dix
    
Quels sont ces propos…

Quels sont ces propos de tueur et de tué ?
Les glaives ne sont point assez aiguisés ni les flots assez puissants
pour éteindre le feu de notre âme. La mort et la douleur
sont pures conventions d’un plus noble théâtre.
Tel un héros pourchassé par son destin
tombe comme un pilier arraché du monde immense,
ébranlant le coeur des hommes, et que rempli d’effroi
l’auditoire se tait ou pleure, vaincu par le chagrin,
tandis que derrière la scène l’acteur soupire
de soulagement, ôte son masque
et parle aux amis qui l’attendent, ou des coulisses
observe l’accalmie de la scène finale –
de même l’esprit indemne des tués
s’éloignant de nos yeux, ne cesse pas de vivre.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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La Prière du Védantin (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2020



Illustration: Mejda Ben
    
La Prière du Védantin

Esprit suprême
qui médite dans le silence du coeur,
éternelle clarté,

Toi seul Tu Es !
Ah, pourquoi suis-je voilé par cette obscurité,
ma part ensoleillée

assaillie par les nuages ?
Pourquoi suis-je ainsi défiguré par le désir,
distrait, entraîné,

consumé par le feu
de fantasques passions, chassé hors de ta paix
dans le tourbillon

de chaque rafale ?
Livré au chagrin, abattu,
surpris par la luxure ?

Ne laisse pas la grisaille de mon passé
taché de sang rebuter ta compassion souveraine,
ni même la retarder,

ô Vérité solitaire !
Ni ne laisse les dieux trompeurs qui Te singent encore
abuser ma jeunesse.

Calme ces clameurs ;
car je voudrais entendre la voix éternelle et connaître
l’éternelle Volonté.

Ce brillant étalage
encombrant le seuil de l’éternité,
disperse-le — accorde-moi

un regard sans ombre,
un coeur jeune et limpide. Réprime en moi
le cri assourdissant

de ces espoirs,
efface mes siècles souillés, restaure
ma pureté.

Ô porte cachée
de la Connaissance, ouvre-toi ! Force, accomplis-toi !
Amour, déverse-toi !

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Qui (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020



Illustration: Josephine Wall 
    
Qui

Dans le bleu du ciel, dans le vert des forêts,
quelle main a peint ces rayons de lumière ?
Quand les vents dormaient encore au sein du firmament,
qui les éveilla et leur ordonna de souffler ?

Perdu dans le coeur, dans la caverne de la Nature,
retrouvé dans le cerveau, Il bâtit la pensée ;
tissé dans le dessin et dans l’éclat des fleurs,
saisi dans le réseau lumineux des astres,

Il est la force d’un homme, la beauté d’une femme,
le rire d’un garçon, l’émoi d’une fille ;
et Sa main qui fit tournoyer Jupiter dans le ciel
met tout son art à façonner une boucle.

Tels sont Ses oeuvres et Ses voiles et Ses ombres ;
mais Lui, où est-Il donc ? Par quel nom Le connaître ?
Est-il Brahma ou Vishnu ? Homme ou femme ?
Avec ou sans corps ? Double ou unique ?

Nous aimons un jeune garçon au teint sombre et radieux,
une femme, redoutable et nue, est notre souveraine.
Nous L’avons vu méditer sur la neige des montagnes,
nous L’avons vu à l’oeuvre au coeur des sphères.

Au monde entier nous dirons Ses voies et Son art ;
Il sent l’extase de la torture, de la passion, de la douleur ;
Il jouit de notre chagrin et fait couler nos larmes,
puis à nouveau nous séduit par Sa joie et Sa beauté.

Toute musique n’est que le son de Son rire,
toute beauté le sourire de Sa béatitude passionnée ;
nos vies sont les battements de Son coeur, notre extase les noces
de Râdhâ et Krishna, et notre amour leur baiser.

Sa force retentit dans la sonnerie des trompettes,
c’est Lui qui roule dans le char, qui frappe dans le combat ;
Il tue sans compter et Il est plein de compassion ;
Il combat pour le monde jusqu’à la fin des temps.

Dans la ruée des mondes, dans la houle des âges,
ineffable, puissant, majestueux et pur,
par-delà le dernier pinacle atteint par le penseur
Il trône en Ses royaumes qui demeurent à jamais.

Maître de l’homme et son éternel Bien-Aimé,
Il est proche de nos coeurs, si seulement nous savions Le voir ;
mais notre orgueil nous aveugle et le faste de nos passions,
nous sommes prisonniers de nos pensées, et nous nous croyons libres.

C’est Lui dans le Soleil qui est sans âge et sans mort,
et dans la minuit Son ombre est étendue ;
quand les Ténèbres étaient aveugles et englouties par les Ténèbres,
Il se tenait en elles, immense et solitaire.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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LE TEMPS DES CERISES (Jean-Baptiste Clément)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020




LE TEMPS DES CERISES

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol, et merle moqueur

Seront tous en fête !

Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux, du soleil au cœur !
Quand nous chanterons le temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur !

Mais il est bien court, le temps des cerises
Où l’on s’en va deux, cueillir en rêvant

Des pendants d’oreilles…

Cerises d’amour aux roses pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang…
Mais il est bien court, le temps des cerises,
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant !

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d’amour,

Évitez les belles !

Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai point sans souffrir un jour…
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des peines d’amour !

J’aimerai toujours le temps des cerises :
C’est de ce temps-là que je garde au cœur

Une plaie ouverte !

Et dame Fortune, en m’étant offerte,
Ne pourra jamais fermer ma douleur…
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur !

(Jean-Baptiste Clément)

Illustration: Sophie Costa

 

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CHOSES QUI FONT QU’ON SE DEMANDE POURQUOI ON EST TRISTE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



    

CHOSES QUI FONT QU’ON SE DEMANDE POURQUOI ON EST TRISTE

Écoute Est-ce le vent ? Écoute Réveille-toi
Est-ce un renard ? Le vent ? Est-ce un pas ? Qui hésite ?
Est-ce un oiseau de nuit clopinant sur le toit ?
Est-ce un chagrin de mes dix ans ayant rejoint ma piste ?

Ou bien l’hésitation à la marge des bois
d’une bête en suspens entre l’ombre et la fuite ?

Écoute On a marché Il faudrait aller voir
C’est peut-être le vent qui fait battre un volet
dans une maison basse au fond de ma mémoire
que j’ai oublié de fermer avant de m’en aller
pour toujours il y a des années
et le volet n’en finit pas dans une autre nuit noire
de battre sur le mur disparu comme si le mur et lui existaient.

Écoute Est-ce la pluie ou bien le vent dehors
qui font glisser le long du silence étonné
le chuchotis furtif d’une averse qui s’endort
puis qui reprend fait halte encore et recommence à pianoter ?
Ai-je rêvé que je pleurais ? Ai-je rêvé que j’étais mort ?
Et maintenant est-ce la pluie sur cette joue ou les larmes que j’ai rêvées ?

Était-ce toi qui m’attendais minuit d’une autre vie ?
Je me suis égaré J’ai cherché très longtemps l’orée et le chemin
J’ai dû marcher des heures dans l’humus sous la pluie
et quand j’ai reconnu la barrière l’allée d’ormeaux le grand pin
qui donc était sur le seuil soulevant la lampe à pétrole dans la nuit ?
(et dans la cheminée brûlait un grand feu qui sentait la lavande et le pin)

Écoute C’est le vent qui se trompe d’années
qui confond les saisons les pays mon absence
le vent qui ne sait plus où il s’est égaré
C’est lui qui bat Ou bien mon coeur À quoi pense
t-il ? Il bat si loin de moi comme à la dérobée
Est-ce que tu te souviens de la promesse d’enfance ?

On a frappé Je vais ouvrir Ce n’est que moi
Je venais visiter celui que j’ai cru être
Où est la lampe ? Qui a éteint le feu de bois ?
Je passais par ici Il y avait autrefois une allée de grands hêtres
Non C’étaient des ormeaux On les a abattus
Je vais repartir Ne vous occupez pas Il fait déjà froid

Ce n’est que moi Et je m’en vais Odeur d’hiver et de salpêtre
Écoute Est-ce le vent ? Était-ce moi ? Une heure sonne

Ce n’est que moi Ou bien le vent Ou bien personne

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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