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Le jour je chantais avec toi (Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Josephine Wall
    
Le jour je chantais avec toi
et la nuit nous dormions dans le même lit.
J’oubliais ce qui était jour ou nuit.
Je pensais savoir qui j’étais
mais j’étais toi.

*

Ne t’attarde pas près d’un ami chagrin.
Si tu visites un jardin,
regardes-tu les épines ou les fleurs ?
Consacre plus de temps aux roses et au jasmin.

***

Durante el día estuve cantando contigo.
De noche dormímos en la misma cama.
No consciente ni del día ni de la noche.
Creí saber quién era,
pero yo era tú.

*

No te quedes mucho tiempo con un amigo triste.
Cuando vas a un jardín,
¿miras a las espinas o a las flores?
Pasé más tiempo con las rosas y el jazmín.

***

Durante il giorno cantavo con te.
Di notte dormivamo nello stesso letto.
Non potevo dire se fosse giorno o notte.
Pensavo di sapere chi fossi,
ma ero te.

*

Non sedere a lungo con un amico triste.
Quando sei in un giardino,
osservi le spine o i fiori?
Passa più tempo con le rose e il gelsomino.

***

Durante o dia, contigo cantei.
Na mesma cama, à noite, dormimos.
Do dia ou da noite não tinha consciência.
Pensava saber quem era,
mas eu não era eu, eras tu.

*

Não estejas muito tempo com um amigo triste.
Quando vais a um jardim,
olhas para os espinhos das flores?
Passei mais tempo com rosas e jasmins.

***

During the day I was singing with you.
At night we slept in the same bed.
I wasn’t conscious day or night.
I thought I knew who I was,
but I was you.

***

Do not sit long with a sad friend.
When you go to a garden,
do you look at thorns of flowers?
Spend more time with roses and jasmine.

***

Overdag zong ik met jou
en ‘s nachts sliepen we in hetzelfde bed.
Ik vergat wat dag was of nacht.
Ik dacht dat ik wist wie ik was,
maar ik was jou.

*

Blijf niet lang bij een droevige vriend.
Als je naar een tuin gaat,
kijk je naar doorns of naar bloemen?
Besteed meer tijd aan rozen en jasmijn.

***

Кун бўйи куйлашиб гадоинг бўлдим,
Тунда бир тўшакда фидоинг бўлдим.
Хушимда эмасдим на кундуз, на тун,
Ўзимдан воз кечиб, адоинг бўлдим.

*

Маҳзун дўстинг ила ташвиш оширма,
Боққа кирар бўлсанг, гулгун ёшингда.
Гулнинг тиконига боқмоқ не даркор,
Атиргул, ёсминлар турса қошингда.

***

***

白天我和你一起歌唱。
晚上我们睡在同一张床上。
我没意识到白昼的差异。
我以为我知道自己是谁,
但我就是你。

*

不要和悲伤朋友长久坐一起。
你去花园时,
你看花的刺吗?
花更多时间在玫瑰和茉莉花上。

***

***

Tagsüber sang ich mit dir
und nachts schliefen wir im gleichen Bett.
Ich vergaß was Tag war oder Nacht.
Ich dachte, ich wüsste, wer ich war,
aber ich war du.

*

Bleib nicht lange bei einem traurigen Freund.
Wenn du in einen Garten gehst,
schaust du dir Dornen oder Blumen an?
Verbringe mehr Zeit mit Rosen und Jasmin.

(Rûmî)

Recueil: Ithaca 595
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Portugais John Moyne, Coleman Barks, Maria do Sameiro Barroso / Anglais John Moyne and Coleman Barks / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Tadjik Karim tarjimalari / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou / Arabe / Allemand Wolfgang KlinckEditions: POINTS

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Une luciole (Kyorai)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2020



 

Sur ma main
S’est éteinte, oh! chagrin!
Une luciole

(Kyorai)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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LES MYSTÈRES DU TELEGRAPHE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2020




    
LES MYSTÈRES DU TELEGRAPHE
À Françoise Gilot

Les enfants après l’école
aux poteaux du télégraphe
doucement l’oreille collent
poursuivant le temps qui passe
avec ses chevaux légers
ses fifres et ses tambours
et son charroi partagé
de bons et de mauvais jours

Ce n’est que le temps qui passe
ne sait pas ce qu’il dit
Il trébuche dans ses traces
Il se perd dans ses soucis
Beaux enfants d’après l’école
il sera bien temps plus tard
de savoir ce qui s’envole
de ces poteaux trop bavards

Ne sachant pas ce qu’ils disent
ne parlant que pour parler
les plaisirs qu’ils nous prédisent
les chagrins qu’ils annonçaient
sont promesses mensongères
Beaux enfants d’après l’école
méfiez-vous des jolis airs
que jouent ces poteaux frivoles

Il n’est qu’un seul coquillage
où l’on entende vraiment
la mer et ses beaux naufrages
la vie ses vrais accidents
C’est le coeur de la dormante
qui battra à vos côtés
dans des nuits si différentes
de celles des écoliers

Vous serez grandes personnes
ne jouant plus à la marelle
répondant au téléphone
n’ayant plus la varicelle
Vous porterez des moustaches
et ne mettrez plus l’oreille
aux poteaux du télégraphe
qui bredouillent leurs merveilles
mais nous laissent en carafe
entre demain et la veille.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Retouche à la rémission (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2020



 

retouche à la rémission

près du soir en cendre
où saute l’étincelle d’un oiseau
le caillou retient sa vie

les meubles du vent se démontent
les grands chagrins ne sont que bruit d’enseigne

(Daniel Boulanger)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Sois soumis, mon chagrin (Georges Perec)7

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2020



Sois soumis, mon chagrin, puis dans ton coin sois sourd.
Tu la voulais la nuit, la voilà, la voici:
Un air tout obscurci a chu sur nos faubourgs,
Ici portant la paix, là-bas donnant souci.

Tandis qu’un vil magma d’humains, oh, trop banals,
Sous l’aiguillon Plaisir, guillotin sans amour,
Va puisant son poison aux puants carnavals,
Mon chagrin, saisis-moi la main; là, pour toujours,

Loin d’ici. Vois s’offrir sur un balcon d’oubli,
Aux habits pourrissants, nos ans qui sont partis;
Surgir du fond marin un guignon souriant;

Apollon moribond s’assoupir sous un arc,
Puis ainsi qu’un drap noir traînant au clair ponant,
Ouïs, Amour, ouïs la Nuit qui sourd du parc.

(Georges Perec)

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HIVER BLANC (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2020



HIVER BLANC

La margelle du puits déroule son tapis
De laine de nuage à la blancheur d’albâtre
Un moineau égaré, dans un coin se tapit
Tandis qu’une fumée, mollement, sort de l’âtre.

Les toits éclaboussés de larmes hivernales
Pleurent de tout leur soûl les chagrins de la nuit
Et festonnent les tuiles de perles de cristal.
Accrochées ça et là dans les ombres qui fuient.

La rivière est miroir … les chemins sont d’hermine !
Les arbres de noël ont envahi les prés !
Les pommiers dépouillés qui faisaient triste mine
Se sont enjolivés de robes sans apprêt.

En ce joli matin d’hiver éblouissant
Où le jour et la nuit se font « guerre en dentelle »
Des flocons de duvet animent en dansant
Ce merveilleux tableau digne d’une aquarelle !

Et ce petit village, éternel inconnu
Devient soudainement une œuvre de Grand Maître !
Miracle des saisons … Décor tombé des nues …
Fasciner un instant ! Doucement disparaître …

(Jacqueline Commard)

 Illustration: Hendrick Avercamp

 

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Retouche au chagrin (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



 

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retouche au chagrin

le mufle navré du ciel
pousse le paysage
et laisse au détour des ruines
la mémoire et ses nids dans le mur de l’amour

(Daniel Boulanger)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Plaisir d’amour (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020




Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Chagrin d’amour dure toute la vie.

J’ai tout quitté pour l’ingrate Sylvie.
Elle me quitte et prend un autre amant.

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Chagrin d’amour dure toute la vie.

Tant que cette eau coulera doucement
Vers ce ruisseau qui borde la prairie,
Je t’aimerai, me répétait Sylvie,
L’eau coule encore, elle a changé pourtant.

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Chagrin d’amour dure toute la vie.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

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Nous y voilà, nous y sommes ! (Fred Vargas)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020




    
Nous y voilà, nous y sommes !

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air,
nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde,
nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche,
nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles,
comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,
déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome,
enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses
que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs,
éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin,
relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille)
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines,
on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

(Fred Vargas)

Fred Vargas – 7 novembre 2008 – EuropeEcologie.fr

Lu mise en musique par Philippe Torreton et Richard Kolinka
https://twitter.com/elsaboublil/status/1253749194910838785?s=20

 

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Le muguet rougit (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020




Le muguet rougit — le
sang tire à soi
les blancs, nous
sommes suspendus
au-dessus du chagrin,

désarticulés, gauches,
paroles défleuries,
mémoire au rebut,

nous bourlinguons
dans nos noirceurs,
nos bouches s’unissent,
ténèbres — traversée
des étoiles mortes.

(Richard Rognet)

Illustration

 

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