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Posts Tagged ‘chagrin’

TU ES VENUE

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2021



 

Alexander Deineka   00 [1280x768]

TU es venue, et tu semblais un amusement.

Mais tu as pris par la main mes trente ans
Qui hésitaient à s’acheminer
Vers les mornes paysages parsemés de chagrins
Et les époques de l’incertaine aventure.
Tu les conduis de même qu’un enfant
Qu’on veut empêcher d’avoir peur
En descendant l’escalier obscur.

A présent, grâce à toi, j’ai oublié
Les embûches lointaines.
La vie est un été perpétuel,
Une montre arrêtée à midi.
Et si je regarde autour de moi,
Les jours sont de légères et immobiles plumes
A fleur du temps.

Doux passe-temps, goûter ta voix qui jamais ne lasse
Ainsi que l’eau, ainsi que le pain!
Je suis comblé de cadeaux plus frais et plus gais
Que l’ouverture matinale des persiennes.
Je ne connais plus ni rides, ni chagrins,

Depuis que tu as pris par la main mes trente ans.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Alexander Deineka

 

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Musiques de la rue (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021



 

Musiques de la rue : accordéons
Qu’une chanson amoureuse commente,
Rythme indistinct auquel nous suppléons,
Qui du meilleur de nous rit et s’augmente;

Clairons de cuivre au-devant des soldats,
Processions, chants des catéchumènes,
Marche guerrière ou psaumes presque bas
Psalmodiés par des lèvres amènes;

Toute la joie éparse dans le bruit :
Accords lointains qui traversent les vitres
De notre âme, violons dans la nuit,
Tambours mêlés aux boniments des pitres,

Fête des sons ! Ivresse des crincrins !…
Pourtant rien n’est plus triste, rien ne glace
Quand on fléchit pour sa part de chagrins
Que d’entendre la musique qui passe.

(Georges Rodenbach)

Illustration: Robert Gaucel

 

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La montagnarde (Nirmalâ Putul)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2021




    
La montagnarde

Cette
Montagnarde
Qui, un fagot de branches sèches sur la tête,
Descend de la montagne
Ira bientôt au marché
Et vendant tout son bois
Étouffera le feu des ventres de toute la maisonnée

En plantant des pousses de riz,
L’enfant accroché
Sur le dos dans une couverture,
La montagnarde plante son chagrin grand comme une montagne
Pour
Une récolte qui ondule de joie

En brisant la montagne, elle brise
Les contraintes et les tabous de la montagne

En fabriquant des balais, elle fabrique
Des armes pour combattre la saleté
En accrochant des fleurs dans ses tresses
Elle accroche le coeur de quelqu’un

En courant derrière la vache et les chèvres ses pieds
Créent sur la terre
Des centaines de chants solitaires

(Nirmalâ Putul)

 

Recueil: Pour une poignée de ciel Poèmes au nom des femmes dalit (Intouchable)
Traduction: Traduit du Hindi par Jiliane Cardey
Editions: Bruno Doucey

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Le jardin extraordinaire (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021



 

Le jardin extraordinaire

C´est un jardin extraordinaire
Il y a des canards qui parlent anglais
Je leur donne du pain ils remuent leur derrière
En m´disant  » Thank you very much Monsieur Trenet  »
On y voit aussi des statues
Qui se tiennent tranquilles tout le jour dit-on
Mais moi je sais que dès la nuit venue
Elles s´en vont danser sur le gazon
Papa, c´est un jardin extraordinaire
Il y a des oiseaux qui tiennent un buffet
Ils vendent du grain des petits morceaux de gruyère
Comme clients ils ont Monsieur le maire et le Sous-Préfet

Il fallait bien trouver, dans cette grande ville maussade
Où les touristes s´ennuient au fond de leurs autocars
Il fallait bien trouver un lieu pour la promenade
J´avoue que ce samedi-là je suis entré par hasard
Dans dans dans

Un jardin extraordinaire
Loin des noirs buildings et des passages cloutés
Y avait un bal qu´donnaient des primevères
Dans un coin d´verdure deux petites grenouilles chantaient

Une chanson pour saluer la lune
Dès que celle-ci parut toute rose d´émotion
Elles entonnèrent je crois la valse brune
Une vieille chouette me dit:  » Quelle distinction!  »
Maman dans ce jardin extraordinaire
Je vis soudain passer la plus belle des filles
Elle vint près de moi et là me dit sans manières
Vous me plaisez beaucoup j´aime les hommes dont les yeux brillent!

Il fallait bien trouver dans cette grande ville perverse
Une gentille amourette un petit flirt de vingt ans
Qui me fasse oublier que l´amour est un commerce
Dans les bars de la cité :
Oui mais oui mais pas dans…
Dans dans dans

Mon jardin extraordinaire
Un ange du Bizarre un agent nous dit
Etendez-vous sur la verte bruyère
Je vous jouerai du luth pendant que vous serez réunis
Cet agent était un grand poète
Mais nous préférions Artémise et moi
La douceur d´une couchette secrète
Qu´elle me fit découvrir au fond du bois
Pour ceux qui veulent savoir où ce jardin se trouve
Il est vous le voyez au cœur de ma chanson
J´y vol´ parfois quand un chagrin m´éprouve
Il suffit pour ça d´un peu d´imagination
Il suffit pour ça d´un peu d´imagination
Il suffit pour ça d´un peu d´imagination!

(Charles Trenet)

Illustration

 

 

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Donne-moi une passion (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2021




    
Un jour ma fille m’a dit :
« Papa, donne-moi une passion. »
« Hélas, ma fille, ai-je répondu,
la passion est en toi ou elle n’est pas. »

Elle s’est tue puis m’a dit :
«Je vais boire un peu de chagrin… »

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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LE VENT S’EST APAISÉ (Li Qingzhao)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2021




    

LE VENT S’EST APAISÉ
(Sur l’air « Printemps à Wouling »)
Le vent s’ est apaisé

et la terre exhale
le parfum des fleurs tombées.
Le soir descend,
mais je suis trop lasse
pour arranger mes cheveux.
A quoi bon, pour qui ?
Ses vêtements sont là,
mais lui n’est plus
et rien n’a plus de sens.
Je voudrais en parler,
mais je fonds en larmes.
Les gens disent
que sur le lac
le printemps est encore beau.
Moi aussi, je voudrais y aller
faire un tour dans une barque,
mais je crains
que la barque légère sur le lac
ne puisse pas porter
un chagrin aussi lourd.

(Li Qingzhao)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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SOLEIL COUCHANT (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    
SOLEIL COUCHANT

Les rayons obliques du soleil
scintillent sur les perles des rideaux.
Les fleurs du printemps resplendissent sur les rives.
Un parfum enivrant.
monte des jardins,
le long du fleuve.
Sur les chalands immobiles
s’allument les feux
pour le repas du soir.
Les moineaux piailleurs
bataillent farouchement
dans les branches.
Une nuée d’insectes a envahi la cour.
Qui a inventé ce vin trouble ?
Un seul verre suffit
à dissiper mille chagrins !

(Du Fu)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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CHANSON TRISTE (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2021




    
CHANSON TRISTE

Au lieu de larmes,
un petit chant triste.
Au lieu du retour,
ce regard vers l’horizon.
Je pense à mon pays,
et le chagrin m’étouffe.
Retourner chez moi?
— personne ne m’attend.
Traverser la rivière
— il n’y a pas de barque.
Parler de ma peine ?
— il n’y a pas de mots
Dans ma poitrine,
les roues d’un char
tournent sans fin.

(Anonyme)

Dynastie Han

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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LA DANSEUSE DE CORDE (Harry Martinson)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2021



 


    
LA DANSEUSE DE CORDE

L’essentiel était de ne pas se lasser,
de changer joliment de pied au-dessus du vide
et s’efforcer de garder fière allure.
Amis et ennemis devaient être pesés et répartis
en contrepoids invisibles
autour des bords du parasol.
Le chagrin au milieu du coeur.
La ligne médiane du plaisir soudée à celle de la pensée.
Le sourire au-dessus de l’abîme.

(Harry Martinson)

 

Recueil: Le livre des cent poèmes
Traduction: Traduit du suédois par Caroline Chevallier et Philippe Bouquet
Editions: Cénomane

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L’OEUVRE (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2021




L’OEUVRE

Avec mes pierres carrées
je t’enfermerai dans une oeuvre
car tu es coureur de chagrins
et la règle est d’apprendre à rire
Homme
avant de mourir.

(Henry Bauchau)

Illustration: Antony Lelgouarch

 

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