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Posts Tagged ‘chaîne’

Honneur des Hommes, Saint LANGAGE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2018



Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ  Démosthène   La-parole- 1

 

Honneur des Hommes, Saint LANGAGE,
Discours prophétique et paré,
Belles chaînes en qui s’engage
Le dieu dans la chair égaré,
Illumination, largesse!
Voici parler une Sagesse
Et sonner cette auguste Voix
Qui se connaît quand elle sonne
N’être plus la voix de personne
Tant que des ondes et des bois!

(Paul Valéry)

Illustration: Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ

 

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Minuit (Julien Delmaire)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2018



Julien Delmaire
    
Minuit dérobe
Les bijouteries
Contre ta robe
Un diamant cri

Je suis l’alcool
Térébenthine
Je suis la folle
Sur la colline

Criblé d’épines
Je suis l’alcool
L’encre de chine
Sur ton épaule

Je suis le Christ
De Kigali
Et l’améthyste
Qu’on a sali

Je suis l’enfance
Défigurée
Je suis l’offense
De l’emmuré

Syntax error
Bug intégral
Signes d’aurore
Jour minéral

Je veux l’oiseau
Lacrymogène
Aux ras des eaux
Cancérigènes

Je veux ton ventre
Dans la fumée
Mes doigts qui entrent
Pour exhumer

Un oasis
Une métaphore
Ton clitoris
Ta mandragore

Je vois l’oubli
Brisant ses chaînes
La mort partie
Avec la haine

Voici le monde
La vie bégaye
Voici la ronde
Des merveilles

Je te retrouve
Ma Géorgie
Le soleil couve
Ton sein rougi

Le temps caresse
Son vieux piano
Ta voix disperse
Les moineaux

Les nègres écument
La nostalgie
La nuit s’allume
Ma Géorgie…

(Julien Delmaire)

 

Recueil: Turbulences
Traduction:
Editions: Le temps des cerises

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Les Djinns (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



 

Wen_M    Anima__Al_Djinn_

Les Djinns

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! – Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! – Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute : –
Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit.

(Victor Hugo)

Illustration

 

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Et c’était le démon de mon rêve (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Et c’était le démon de mon rêve,
le plus bel ange.
Ses yeux victorieux brillaient comme l’acier,
et les flammes sanglantes
de sa torche éclairèrent
la crypte profonde de mon âme.

— Viendras-tu avec moi? — Non, jamais;
les tombes et les morts me font peur.
Mais la main de fer
emprisonnait la mienne.

— Tu viendras avec moi… Et dans mon rêve j’avançai
aveuglé par le rouge luminaire.
Et dans la crypte j’entendis des chaînes résonner
et un grondement de fauves enfermés.

(Antonio Machado)

Illustration: John Henry Fuseli

 

 

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Alors les murs seront brisés (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Alors les murs seront brisés
par des anges prodigieux
et liberté, liberté sera proclamée
pour toutes les âmes,
pour mon âme,
pour la tienne.
Alors toutes les chaînes se rompront
au son d’une note vertigineuse,
si haute que personne ne l’entendra,
comme du cristal nous verrons éclater les chaînes.
Alors viendra l’ère de l’accomplissement,
et tous les cieux seront remplis de paix,
la paix des murs rasés,
la paix des cieux ascendants,
la paix de la liberté
sans nulle limite.

***

Då bryts murarna ner
av oerhörda änglar
och frihet, frihet förkunnas
för alla själar,
för min själ,
för din själ.
Då brister alla bojor
vid en svindlande hög ton,
sa hög att ingen kan höra den,
men vi ser bojorna brista som kristall.
Då är ful komningens tidsålder inne,
och alla himlar blir fulla av frid,
de rasade murarnas frid,
de stigande rymdernas frid,
frihetens frid
utan all gräns.

(Pär Lagerkvist)

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BONNE FORTUNE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018


 


 

Alexander Sulimov -   (26)

BONNE FORTUNE
À Théodore de Banville.

Tête penchée,
OEil battu,
Ainsi couchée
Qu’attends-tu ?

Sein qui tressaille,
Pleurs nerveux,
Fauve broussaille
De cheveux,

Frissons de cygnes
Sur tes flancs,
Voilà des signes
Trop parlants.

Tu n’es que folle
De ton corps.
Ton âme vole
Au dehors.

Qu’un autre vienne,
Tu feras
La même chaîne
De tes bras.

Je hais le doute,
Et, plus fier,
Je te veux toute,
Âme et chair.

C’est moi (pas l’autre!)
Qui t’étreins
Et qui me vautre
Sur tes seins.

Connais, panthère,
Ton vainqueur
Ou je fais taire
Ta langueur.

Attache et sangle
Ton esprit,
Ou je t’étrangle
Dans ton lit.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Sulimov

 

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Fiat nox (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Leon Spilliaert-Young man with red scarf-1908

Fiat nox

L’universelle mort ressemble au flux marin
Tranquille ou furieux, n’ayant hâte ni trêve,
Qui s’enfle, gronde, roule et va de grève en grève,
Et sur les hauts rochers passe soir et matin.

Si la félicité de ce vain monde est brève,
Si le jour de l’angoisse est un siècle sans fin,
Quand notre pied trébuche à ce gouffre divin,
L’angoisse et le bonheur sont le rêve d’un rêve.

Ô coeur de l’homme, ô toi, misérable martyr,
Que dévore l’amour et que ronge la haine,
Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne !

Regarde ! Le flot monte et vient pour t’engloutir !
Ton enfer va s’éteindre, et la noire marée
Va le verser l’oubli de son ombre sacrée.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Leon Spilliaert

 

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CHAÎNES (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




    
CHAÎNES

Comme une voix dans le feu,
Qui soupire et sommeille,
Puis rêve de jours radieux,
Où les tons sont vermeils.

Comme une voix dans la plaine,
Qui tremble et joue du rire,
Puis fait place à la peine
Où tout crie sans rien dire.

Comme une voix dans le ciel,
Qui frémit et fredonne,
Puis s’effeuille, étincelle,
Où les pas de nos coeurs résonnent.

Comme une voix à l’infini,
Qui s’élève dans la brise,
Puis s’enfuit dans la nuit
Où les nuages s’irisent.

L’Amour nous tient si fort,
Que pieds et mains liés,
Au-delà de tous torts
Nous y sommes enchaînés.

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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À la Muse (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



À la Muse

La Muse ma soeur m’a regardée en face,
Son regard est clair, perçant.
Elle m’a retiré la bague d’or,
Premier cadeau du printemps.

Muse ! vois comme toutes sont heureuses
Les filles, les femmes, les veuves…
Plutôt mourir sur la roue
Que ces chaînes.

Je sais : pour connaître l’avenir, à mon tour d’effeuiller
La douce fleur, la marguerite,
À chacun ici-bas de subir
La torture amoureuse.

Je brûle jusqu’à l’aube une chandelle à la fenêtre
Et ne languis après personne,
Mais je ne veux pas je ne veux pas je ne veux pas
Savoir comment on en embrasse une autre.

Demain, en riant, les miroirs me diront :
« Ton regard n’est ni clair ni perçant… »
Et doucement je répondrai: « Elle m’a repris
Le don divin ».

(Anna Akhmatova)

 

 

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UN NAVIRE A L’ABRI DU VENT CONTRAIRE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Hokusaï
    
UN NAVIRE A L’ABRI DU VENT CONTRAIRE
Sou-Tong-Po

Les voiles tombent lourdement le long du mât, le vent joue de la flûte avec fureur.
De tous côtés, en écumant, les vagues battent le navire ;
on dirait qu’il est posé au milieu d’une grande fleur blanche.

L’ancre, au bout de sa chaîne, descend dans l’eau et s’accroche aux rochers ;
de mille et mille lieues le vent se lance contre elle, et ils luttent ensemble.
On dirait que la mer veut escalader la montagne, pour atteindre le ciel ;
par moments le ciel et la mer paraissent se rejoindre.

Les marins, oisifs, dorment dans le navire, calmes sur l’océan furieux.
Cependant le cœur aussi a ses vents contraires et ses orages.
Lorsque le temps nous permettra de repartir,
j’écrirai ma pensée sur le flanc de la montagne.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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