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Poésie

Posts Tagged ‘chaleur’

Lessive d’hiver (Juliette Decreus)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



Lessive d’hiver:
Linges tendus sur la corde du froid
Fantômes de gel fondant
A la chaleur de mes bras.

(Juliette Decreus)


Illustration

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La grenouille (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2020



La grenouille, qui se reprend à essayer ses cordes
depuis l’étang qui noie
joncs et nuages, le bruissement des caroubiers
entrecroisés où vient éteindre ses torches
un soleil sans chaleur, sur les fleurs l’indolent
bourdonnement des coléoptères qui sucent
encor des sèves, d’ultimes sons, l’avare
vie des champs. Dans un souffle
l’heure s’épuise : un ciel d’ardoise
se prépare à l’irruption des chevaux
décharnés, à leurs sabots pleins d’étincelles.

***

La rana, prima a ritentar la corda
dallo stagno che affossa
giunchi e nubi, stormire dei carrubi
conserti dove spenge le sue fiaccole
un sole senza caldo, tardo ai fiori
ronzio di coleotteri che suggono
ancora linfe, ultimi suoni, avara
vita della campagna. Con un soffio
l’ora s’estingue : un cielo di lavagna
si prepara a un irrompere di scarni
cavalli, alle scintille degli zoccoli.

(Eugenio Montale)

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La neige blanche, blanche mange les yeux à faire mal (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



Si l’hiver, c’est l’arak et le punch aux yeux bleus,
Pour d’autres c’est le vin parfumé de cannelle,
Et d’autres vont porter dans le gîte fumeux
L’âcre commandement des étoiles cruelles.

Un peu de la chaleur naïve des brebis,
D’une basse-cour un peu de fiente chaude.
Je donnerai tout pour la vie — tant me chaut ce souci
Qu’une allumette sulfureuse me réchauffe.

Regarde : je ne tiens dans la main qu’un pichet,
Mais un froissement d’astres flatte l’ouïe fragile.
Comment ne pas aimer sous cet humble duvet
Le jaune de l’herbe et la chaleur de l’argile ?

Remuer la paille, lisser la laine sans bruit,
Avoir faim, comme un pommier l’hiver sous la bâche,
Sans but et tendrement se tendre vers autrui,
Regarder dans le vide, attendre sans relâche.

Ah ! que les conjurés en troupeau de brebis
Se hâtent dans la neige et que grince le gel !
L’hiver – absinthe et âcre fumée – vers l’abri!
L’hiver – le sel épais des affronts solennels.

Au bout d’un long bâton suspendre le falot,
Partir avec un chien sous le sel des étoiles.
Offrir à la sibylle un coq au fond d’un pot.
La neige blanche, blanche mange les yeux à faire mal.

(Ossip Mandelstam)

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LA TORTUE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



LA TORTUE

La tortue
qui marcha
si longtemps
et qui vit
tant et tant
avec ses
yeux
si vieux,
la tortue
qui mangea
des olives
des grands fonds,
la tortue
qui nagea
sept siècles
et qui connut
sept
mille
printemps,
la tortue
blindée
contre
la chaleur et
le froid,
contre
les éclairs et les vagues,
la tortue
jaune
et argentée,
avec ses stricts
grains de beauté
ambrés
et ses pattes de proie,
la tortue
est restée
à dormir
ici,
sans le savoir.

Si vieille était
qu’elle se fit
dure
et cessa
d’aimer les vagues,
rigide fut
comme le fer à repasser.
Elle a fermé
les yeux,
des yeux qui tant
de mer, de ciel, de temps, de terre
avaient défiés,
alors parmi
les autres pierres
s’est endormie.

(Pablo Neruda)

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Le boulanger (Jean Aicard)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



Illustration: Alfred Desplanques
    
Le boulanger

— Que fais-tu là, boulanger ?
— Je fais du pain, pour manger.
Tu vois je pétris la pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— Mais tu gémis, boulanger
— Je gémis… sans m’affliger :
Je geins, en brassant la pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— Qu’as-tu fait là, boulanger ?
— J’ai, pour faire un pain léger,
Mis du levain dans la pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— Que dis-tu donc, boulanger ?
— J’ai mes pelles à charger,
Quand J’aurai coupé ma pâte
Le monde à faim ; je me hâte

— Et puis après, boulanger ?
— Dans mon four, je vais ranger
Tous mes pains de bonne pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— N’as-tu pas chaud, boulanger ?
— Si ; mais pour m’encourager,
La chaleur dore ma pâte
Que je retire en grand-hâte.

— Merci, brave boulanger
Le monde pourra manger !

(Jean Aicard)

 

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La maison du poète (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Dao Hai Phong VIE1538L [1280x768]

La maison du poète

Au bord d’un verger vert envahi d’herbe en fête
Se dressait le palais superbe du poète.

La maison était vieille au moins trois cent ans,
On entendait craquer ses poutres au printemps.

Les arbres se pressaient contre elle à s’étouffer,
Poiriers portant le nid mélodieux d’Orphée.

Mais les tuiles volaient au vent à tire-d’aile
– Fort bien, dit le poète: on verra mieux le ciel!

Quand il pleuvait, la pluie entrait comme chez elle
– Bon, c’est la porte aussi qu’emprunte l’hirondelle!

Les murs épais, dorés, ruisselaient de feuillages:
Vigne, lierre, rosiers pleins de lézards sans âge.

Au grenier résidait l’effraie, oiseau de nuit.
– C’est moi qui vis chez toi, Sagesse à l’oeil qui luit!

Deux chiens fous, un vieux puits, peu de pain dans la huche
– Mais du soleil au coeur plus que le miel en la ruche!

Depuis longtemps l’horloge s’était arrêtée
– Que l’heure loge ailleurs: pas le temps de compter!

Les cigales vibraient sans fin, de chaleur ivres,
Une plume fumait, dedans, les mots d’un livre.

Et le chant du poète en silence embaumait
La nature alentour ainsi qu’une fumée.

(Marc Alyn)

Illustration: Dao Hai Phong

 

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Je pense beaucoup plus à toi (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2020



 

Je pense beaucoup plus à toi
Que la pensée jamais ne pense
Le coeur s’est arrogé le coeur
J’entends un arbre qui se plaint
D’avoir du ciel en ses racines
La chaleur souple de sa voix
Bouge au tréfonds de mes moraines
Je rampe, étonné, vers un jour
Où je sais ne pas te connaître
La porte d’en-bas ferme mal
Et l’avenir, à travers elle.

(Luc Bérimont)

 

 

 

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Rondeau de l’hirondelle (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2020




    
Rondeau de l’hirondelle

Ouvrez grande la fenêtre
Laissez l’hirondelle entrer
Dans la chambre se chauffer
C’est l’hiver le froid pénètre
Son plumage trop léger

Elle y trouvera peut-être
La chaleur qui lui manquait
Ouvrez grande la fenêtre

Quand le printemps voudra naître
Le doux temps recommencer
Elle le fera connaître
Première à nous l’annoncer
Ouvrez

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je connais le voyage amer (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



 

Illustration: Marc Chagall
    
Je connais le voyage amer – ce voile
déchiré par la tourmente
ce palmier
aux branches cassées
qui meurent inclinées sur leur tronc.

Je connais la maison – le feu de ses ravissements
la chaleur de ses recoins.

Quel sens aurait une demeure
qui ignorerait les départs ?

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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Une bonne fortune (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020



Une bonne fortune

Il ne faudrait pourtant, me disais-je à moi-même,
Qu’une permission de notre seigneur Dieu,
Pour qu’il vînt à passer quelque femme en ce lieu.
Les bosquets sont déserts ; la chaleur est extrême ;
Les vents sont à l’amour l’horizon est en feu ;
Toute femme, ce soir, doit désirer qu’on l’aime.

S’il venait à passer, sous ces grands marronniers,
Quelque alerte beauté de l’école flamande,
Une ronde fillette, échappée à Téniers,
Ou quelque ange pensif de candeur allemande :
Une vierge en or fin d’un livre de légende,
Dans un flot de velours traînant ses petits pieds ;

Elle viendrait par là, de cette sombre allée,
Marchant à pas de biche avec un air boudeur,
Ecoutant murmurer le vent dans la feuillée,
De paresse amoureuse et de langueur voilée,
Dans ses doigts inquiets tourmentant une fleur,
Le printemps sur la joue, et le ciel dans le coeur.

Elle s’arrêterait là-bas, sous la tonnelle.
Je ne lui dirais rien, j’irais tout simplement
Me mettre à deux genoux par terre devant elle,
Regarder dans ses yeux l’azur du firmament,
Et pour toute faveur la prier seulement
De se laisser aimer d’une amour immortelle.

(Alfred de Musset)


Illustration

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