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Posts Tagged ‘champ de bataille’

Né En 17 à Leidenstadt (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Né En 17 à Leidenstadt

{Refrain:}
Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand ?

Bercé d’humiliation, de haine et d’ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d’un torrent

Si j’avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d’une foi, d’une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir: tendre une main

Si j’étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant

On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau
S’il fallait plus que des mots ?

{au Refrain}

Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D’avoir à choisir un camp

(Jean-Jacques Goldman)

 

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LE PLAISIR DE LA FAUSSETÉ (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



LE PLAISIR DE LA FAUSSETÉ

chaque être humain
est une erreur chancelante
coincée entre des cris désespérés
et le silence

chaque être humain
est le champ de bataille
d’une manifestation permanente
contre la prison de son propre corps

la tête est une usine délabrée
dans laquelle des cohortes de rats
ne rêvent qu’à s’échapper

l’impression d’exister
n’est que l’émergence éphémère
d’un flocon de neige

ayant perdu le goût de l’authenticité
nous nous ruons constamment
vers la fausseté

mais nous ne pouvons
même plus te connaître
le faux de l’imitation du faux

chaque être humain
est une photocopie
de la convulsive maladie d’être

***

THE DELIGHT OF FALSENESS

every human being is
a staggering error
squeezed between
desperate cries and silence

every human being is
the battlefield
of a permanent protest
against the prison of being

every human being is
a photocopy
of the convulsive
sickness of being

so say certain human beings
do not believe them
it’s not that bad

(Raymond Federman)

Illustration

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Vingt ans après (Léa Goldberg)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



    

Vingt ans après

A
Vingt ans — et comme on dit souvent
«Oui, le monde a bien changé depuis»
Mais ce sentiment n’est pas comme le vin vieux :
Il n’a pas pris de force avec le temps.

Non, crois-moi, ce ne sont pas tes cheveux blancs..
Peut-être est-ce ton regard sans gêne, indifférent,
Où gisent encore les rouleaux cachés de notre vie
Et ce qui, dans le monde, «a bien changé depuis ».

Deux êtres humains, deux parfaits étrangers
De chaque côté d’un abîme de désastres.
Même sur la tombe de nos chers disparus
Nous ne prononcerons plus la même prière.

B
Deux dizaines d’années
Des légions de blanches journées,
Deux dizaines d’années
Devenues un désert dévasté.

Tais-toi, pour l’amour de Dieu!
Comment savoir à qui la faute?
Comme toujours : tu es fautif
Je suis fautive.

Oui entre nous gît le temps,
Les années qui perdent leur sang,
Le cher disparu, le temps,
Que son âme repose…

Et nous, des deux côtés
Comme ennemis après la bataille,
Nos morts sur le champ de bataille
Et pas d’expiation.

(Léa Goldberg)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: F. Kaufmann
Editions: Gallimard

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LE VISAGE (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



LE VISAGE

Regardez-moi avec toutes les terreurs de mon destin,
Les épaves rouillées qui pourrissent dans mes océans,
Et l’ovale impassible de mon visage
Qui suit vaguement les usages de la lune
Et complait inexplicablement par sa forme
Simple ornement fugace de l’os anguleux.

J’aurais dû porter un masque de terreur, dissuader
Effrayer l’espoir et la foi,
À moitié chair, à moitié champ de bataille et d’ornières.
Au contraire, je suis mer estivale, souriante
Endormie tandis que le soleil, de l’une à l’autre
De mes rives et les tueurs à forme d’étoiles s’empiffrent et jouent.

***

The Face

See me with all the terrors on my roads,
The crusted shipwrecks rotting in my seas,
And the untroubled oval of my face
That alters idly with the moonlike modes
And is unfathomably framed to please
And deck the angular bone with passing grace.

I should have worn a terror-mask, should be
A sight to frighten hope and faith away.
Half charnel field, half battle and rutting ground.
Instead I am a smiling summer sea
That sleeps while underneath from bound to bound
The sun- and star-shaped killers gorge and play.

(Edwin Muir)

Illustration: Constantin Brancusi

 

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