Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘chance’

Paroles de Perlimpinpin (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
Paroles de Perlimpinpin

Pour qui, combien, quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences
D’où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire le silence,
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes
Je suis pour des forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils,
Est un enfant qui meurt
Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance !
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles !
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien !
Et pour une rose entrouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne !
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Ne rien savoir avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et voir jouer la transparence
Au fond d’une cour au murs gris
Où l’aube n’a jamais sa chance
Contre qui, ou bien contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles,
Et contre rien et contre personne,
Contre personne et contre rien,
Et pour une rose entrouverte,
Pour l’accordéon qui soupire
Et pour un souffle d’abandon
Et pour un jardin qui frissonne !
Et vivre, vivre passionnément,
Et ne combattre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance.

(Barbara)

 

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Brusquement l’après-midi s’est éclaircie (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2018



 


Brusquement l’après-midi s’est éclaircie
parce que tombe déjà la pluie minutieuse.
Elle tombe et elle est tombée. La pluie est une chose
qui sans doute succède au passé.

Qui l’entend tomber a recouvré
le temps où la chance heureuse
lui a révélé une fleur appelée rose
et la curieuse couleur du colorado.

Cette pluie qui aveugle les vitres
réjouira dans des faubourgs perdus
les noirs raisins d’une vigne dans un certain
patio qui n’existe déjà plus. L’après-midi
mouillée m’apporte la voix, la voix désirée,
de mon père qui revient et qui n’est pas mort.

(Jorge Luis Borges)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La vérité (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



verite

La vérité

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D´abord on le tue
Puis on s´habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté.

J´affirme que l´on m´a proposé beaucoup d´argent
Pour vendre mes chances
Dans le Tour de France
Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens
Et dans le spectacle
Y a pas de miracle
Le coureur a dit la vérité
Il doit être exécuté.

A Chicago un journaliste est mort dans la rue
Il fera silence
Sur tout ce qu´il pense
Pauvre Président tous tes témoins ont disparu
En chœur ils se taisent
Ils sont morts les treize
Le témoin a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Le monde doit s´enivrer de discours pas de vin
Rester dans la ligne
Suivre les consignes
A Moscou un poète à l´Union des écrivains
Souffle dans la soupe
Où mange le groupe.
Le poète a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Combien d´hommes disparus qui un jour ont dit non
Dans la mort propice
Leurs corps s´évanouissent
On se souvient ni de leurs yeux ni de leur nom
Leurs mots qui demeurent
Chantent « juste » à l´heure.
L´inconnu a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
La foule sans tête
Etait à la fête
Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
C´est plus juste en somme
D´abattre un seul homme.
Ce jeune homme a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Ce soir avec vous j’ai enfreint la règle du jeu
J’ai enfreint la règle
Des moineaux, des aigles
Vous avez très peur pour moi car vous savez que je
Risque vos murmures
Vos tomates mûres
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter

(Guy Béart)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CRÉPUSCULE (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018




    
CRÉPUSCULE, 1

Le comptable a fermé le dernier guichet
tiré la grille et peut-être un instant pensé
à devenir voleur, à céder au poids
de la clé brûlante dans la poche
tandis que le soleil aux plis de sa nuque
verse la rouille des jours perdus
à supputer la chance d’une fenêtre
dans ces visages minés à contre-jour
par la pioche infatigable du temps

(Guy Goffette)

 

Recueil: Éloge pour une cuisine de province
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

UN PAR DEUX (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Illustration: Robert Auer
    
UN PAR DEUX

J’ai maintenant deux corps,
le mien et le tien,
miroir où se fait beau
celui que je n’aimais pas.
Qui ne me portait pas chance.
Des succès qui ne m’accordaient rien.
L’amour que nous nous rendons
nous a délivrés des rencontres,
aussi des vertus inutiles.

(André Frénaud)

 

Recueil: Il n’y a pas de paradis
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ne pas  » faire le point  » (Gilles Deleuze)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



    

Ne pas  » faire le point  » : plutôt tracer des lignes.
Les lignes n’ont pas d’origine, et poussent par le milieu.

On ne fait jamais table rase,
on est toujours au milieu de quelque chose,
comme l’herbe.

Plus on prend le monde là où il est,
plus on a de chance de le changer…

(Gilles Deleuze)

 

Recueil: Gilles Deleuze Dialogues avec Claire Parnet
Traduction:
Editions: Flammarion

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’aime la présence (Israël Eliraz)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
j’aime la présence du côté
fortuit des choses…

provoquer la matière…

attendre des imprévus…

saisir des chances…

(Israël Eliraz)

 

Recueil: et tout cela pour dire ose
Traduction:
Editions: José Corti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le coeur inlassable (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018




    
le coeur inlassable

soulever ton silence
gagner sur ton épaule
la fleur qui brûle sa chance

cette défection de tendresse
cette solitude d’orchidée
et le fardeau penché du visage

la durée qui s’y entrepose
et que n’offusque aucun voile ni
le bord du vent endormi sur ta bouche

sous la poussée d’une furieuse aurore
le pouvoir d’une absence prolifique
s’arrogeant ton nom et le mien

et t’entourer de cette persuasion
de cette dure lampe qui creuse
une rumeur de vent

dans une graduelle chaleur
polie par le désespoir

(Mohammed Dib)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il était une feuille (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de coeur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

(Robert Desnos)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il était une feuille (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Il était une feuille avec ses lignes —

Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur —
Il était une branche au bout de la feuille —

Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur —
Il était un arbre au bout de la branche —

Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur —
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre —

Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de coeur —
Au bout des racines il était la terre —

La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

(Robert Desnos)

Illustration: ArbreaPhotos

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :