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Puisque je ne puis pas savoir ce que tu penses (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



 

Puisque je ne puis pas savoir
Ce que tu penses, je t’écoute;
Ta voix en vain peut se mouvoir,
Je poursuis mon songe et mon doute.

Tu m’étonnes en étant toi,
En ayant ton élan, ta vie;
Je me sens toujours desservie
Par ce que tu prétends ou crois.

Mais quelquefois, dans le silence,
Je sens, comme une calme chance,
Se révéler notre unité,
Et j’entends les mots que tu penses
Et que je n’ai pas écoutés.

(Anna de Noailles)

Illustration: Alberto Galvez

 

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Vis sans efforts et sans débats (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



 

Vis sans efforts et sans débats,
Garde tes torts, reste toi-même,
Qu’importent tes défauts ? Je t’aime
Comme si tu n’existais pas,

Car l’émanation secrète
Qui fait ton monde autour de toi
Ne dépend pas de tes tempêtes,
De ton cœur vif, ton cœur étroit,

C’est un climat qui t’environne,
Intact et pur, et dans lequel
Tu t’emportes, sans que frissonne
Ton espace immatériel :
L’anxieux frelon qui bourdonne
Ne peut pas altérer son ciel…

*****

Puisque je ne puis pas savoir
Ce que tu penses, je t’écoute;
Ta voix en vain peut se mouvoir,
Je poursuis mon songe et mon doute.

Tu m’étonnes en étant toi,
En ayant ton élan, ta vie;
Je me sens toujours desservie
Par ce que tu prétends ou crois.

Mais quelquefois, dans le silence,
Je sens, comme une calme chance,
Se révéler notre unité,
Et j’entends les mots que tu penses
Et que je n’ai pas écoutés…

(Anna de Noailles)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Alan Ayers

 

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Faut bien qu’on vive (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2017



Illustration: Amazon

    
Faut bien qu’on vive

Sous prétexte qu’on est du milieu
Y a des gens qui nous font la gueule
Y a des pouilles qui font les bégueules
Quand on les regarde au fond des yeux
Elles sont là comme des saintes-nitouches
A crâner, à faire les fines bouches
Et s’ tirent quand elles voient qu’on arrive
Mais, nom de Dieu, faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive !

On pourrait, sans avoir un rond
Comme ça s’ fait quéqu’ fois dans l’ grand monde,
Chercher une poule pas très gironde
Mais avec pas mal de pognon
On serait des fiancés honnêtes
On prendrait tout de même la galette
Nous, l’on aime mieux un peu de dérive
Et alors, quoi ? Faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive !

Y a des moyens qu’on connaît pas
Par exemple, y en a qui turbinent
On dit qu’ils ont la bonne combine
Mais ça, c’est des trucs qui durent pas
Quand le patron, pour vous mettre à l’aise,
Se débine avec toute la braise
Faut y penser car ça arrive
Nous, on prévoit, faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive !

On prend du pognon sur l’amour
Le plaisir fait marcher notre négoce
Et les gonzesses qui font la noce
Si elles rigolent pas tous les jours
Elles ont au moins un avantage
On leur fait changer de paysage
Un client va, un autre arrive
Et puis, tout de même, faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive !

Si on passe notre vie au café
Si, aux courses, on taquine la chance
C’est uniquement par bienfaisance
Et par respect pour l’ouvrier
Son boulot, faut pas qu’on y touche
Ça s’rait y arracher l’ pain d’ la bouche
Comme y a pas d’autre alternative
On est barbeaux, faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive !

(Jean Villard–Gilles)

 

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Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout et que tous les Morts, gisent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
]e sentais – ramper — des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire —

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit —

Quand tout ce qui tictaque — stoppe —
Et que partout — bée l’espace —
Ou que l’Affreux gel — aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant —

Mais, surtout, le Chaos — Sans bornes — froid —
Sans une Chance, ou un espar —
Ni même l’Annonce d’une Terre —
Pour justifier – le Désespoir.

***

It was not Death, for I stood up,
And all the Dead lie down —
It was not Night for all the Bells
Put out their Tongues, for Noon.

It was not Frost, for on my Flesh
I felt Siroccos — crawl —
Nor Fire – for just my marble feet
Could keep a Chancel, cool —

And yet, it tasted like them all,
The Figures I have seen
Set orderly, for Burial
Reminded me, of mine —

As my life were shaven,
And fitted to a frame,
And could not breathe without a key,
And ’twas like Midnight, some —

When everything that ticked — has stopped —
And spaces stares — all around —
Or Grisly frosts — first Autumn morns,
Repeal the Beating Ground —-

But, most, like Chaos — Stopless — cool —
Without a Chance, or spar —
Or even a Report of Land —
To justify — Despair

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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Ce n’était pas la Mort (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
Je sentais – ramper – des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire –

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit –

Quand tout ce qui tictaque – stoppe –
Et que partout – bée l’espace –
Ou que l’Affreux gel – aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant –

Mais surtout, le Chaos – Sans bornes – froid –
Sans une Chance, ou un espar –
Ni même l’Annonce d’une Terre –
Pour justifier – le Désespoir.

(Emily Dickinson)


Illustration: Sabin Balasa

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Encore une pause (Nicole Brossard)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2017



bleu absolu

encore une pause et il y aura
du bleu
la chance des yeux devant
le bleu flottant des jours

(Nicole Brossard)

Illustration: Olivier Fourrier

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Sanguine (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Sanguine

La fermeture éclair a glissé sur tes reins
Et tout l’orage heureux de ton corps amoureux
Au beau milieu de l’ombre
A éclaté soudain
Et ta robe en tombant sur le parqué ciré
N’a pas fait plus de bruit
Qu’une écorce d’orange tombant sur un tapis
Mais sous nos pieds
Ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins
Sanguine
Joli fruit
La pointe de ton sein
A tracé une nouvelle ligne de chance
Dans le creux de ma main
Sanguine
Joli fruit
Soleil de nuit

(Jacques Prévert)


Illustration

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SANGUINE (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017


 


 

Ljubomir Ivankovic 1953 - Serbian-born Canadian painter -   (41) [1280x768]

SANGUINE

La fermeture éclair a glissé sur tes reins
et tout l’orage heureux de ton corps amoureux
au beau milieu de l’ombre
a éclaté soudain
Et ta robe en tombant sur le parquet ciré
n’a pas fait plus de bruit
qu’une écorce d’orange tombant sur un tapis
Mais sous nos pieds
ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins
Sanguine
joli fruit
la pointe de ton sein
a tracé une nouvelle ligne de chance
dans le creux de ma main
Sanguine
joli fruit

(Jacques Prévert)

Illustration: Ljubomir Ivankovic

 

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Les souliers (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



Les souliers

Dans la neige y avait des souliers, deux souliers,
dans la neige, qui étaient oubliés.
Passe un homme qui marche à grands pas, à grands pas,
passe un homme qui ne les voit pas.
Le deuxième dans la nuit glacée,
le deuxième glisse, il est pressé.
Le troisième met le pied dessus,
le troisième n’a rien aperçu.

Dans la neige y avait deux souliers,
dans la neige, qui étaient oubliés.
Une femme qui regarde mieux, regarde mieux,
une femme ne croit pas ses yeux.

Le prochain dit: « Ils sont trop petits ».
Le prochain trop vite est reparti.
Combien d’hommes qui passent sans voir?
Combien d’hommes qui n’ont pas d’espoir?

Quelle chance, je suis arrivé!
Quelle chance, je les ai trouvés!
J’ai couru nu-pieds tant de chemins,
j’ai couru, je les prends dans ma main.
Je les chauffe, ils sont encore froids,
je les chauffe en les gardant sur moi.
O miracle, les petits souliers,
ô miracle, sont juste à mon pied!

Dans la neige ils m’étaient promis,
dans la neige je cherche une amie.

(Guy Béart)

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Vers Samyé (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2016



samye-32

Vers Samyé

le temps est un vertige
sous le miroir des eaux
ce qui sombre est si sombre
on dirait un chaos
de pierres de lune et d’or

vers Samyé nous allons
comme au centre du monde
dans cet écho profond
qui n’appartient qu’au ciel
et au secret de nous

le corps le cœur l’esprit
se découvrent si vaste
que le chant de nos lèvres
est une âme infinie
qui tremble sur la terre

partout il y avait
des joyaux dans les pierres
des prophéties cachées
voire de simples prières
à la chance au soleil

partout à chaque pas
le passage était là
au bord du précipice
où la mort est fugace
où le souffle est lumière

[…]

(André Velter)

 

 

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