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Posts Tagged ‘chancelant’

LA NUIT OÙ ELLE VINT (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



LA NUIT OÙ ELLE VINT

Je lui dis un jour en la quittant
Que si lourde soit l’inquiétude qui puisse
Menacer notre amour, le simple assaut du Temps
Ne pourrait rien changer.
Et dans la nuit, elle m’apparut
Brèche-dent, blafarde, vieillie,
Les orbites cernées de plomb
Et de nombreuses rides.

Je m’écriai tout frissonnant :
« Pourquoi m’apparais-tu ainsi !
J’ai dit que nous resterions saufs
De l’horrible usure du temps ».
« Et dis-tu ta vérité ? », s’écria-t-elle
D’une voix chancelante.
Je balbutiai : « Mais… Je ne pensais pas
Que tu en ferais si tôt la preuve ! »

Elle s’en fut, avec un étrange sourire
Qui, plus que par des mots, me dit
Que ma sincère promesse ne pouvait guère
Apaiser sa crainte manifeste.
Son doute en moi creusa son chemin,
En lui prodiguant le lendemain
Les caresses qui lui étaient dîtes, une ombre
Sembla nous séparer.

***

IN THE NIGHT SHE CAME

I told her when I left one day
That whatsoever weight of care
Might strain our love, Time’s mere assault
Would work no changes there.
And in the night she came to me,
Toothless, and wan, and old,
With leaden concaves round her eyes,
And wrinkles manifold.

I tremblingly exclaimed to her,
`O wherefore do you ghost me thus !
I have said that dull defacing Time
Will bring no dreads to us.’
`And is that true of you’ she cried
In voice of troubled tune.
I faltered : ‘ Well… I did not think
You would test me quite so soon !’

She vanished with a curious smile,
Which told me, plainlier than by word,
That my staunch pledge could scarce beguile
The fear she had averred.
Her doubts then wrought their shape in me,
And when next day I paid
My due caress, we seemed to be
Divided by some shade.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

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FOEHN (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2017




    
FOEHN

Plainte aveugle dans le vent, jour d’hiver couleur de lune,
Enfance, le bruit des pas meurt contre la haie obscure,
Cloches longues du soir.
La blanche nuit approche doucement.

Elle change en rêves pourpres les douleurs et les peines
De l’âpre vie, afin que l’aiguillon jamais
De ce corps pourrissant n’ôte sa pointe.

L’âme anxieuse au coeur du sommeil profondément soupire,

Le vent profondément dans les arbres rompus,
Et la mère s’en va comme une pleureuse
Chancelante par la solitaire forêt

De ce deuil silencieux; nuits peuplées
D’Anges étincelants parmi les larmes.
Au mur nu se brise un pâle squelette d’enfant.

(Georg Trakl)

 

Recueil: Ving-quatre poèmes
Traduction: Gustav Roud
Editions: La Délirante

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Je revis un rêve (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2016


Je revis un rêve. Je me retrouve seul dans un cimetière.
La bruyère luit partout,
aussi loin que porte le regard. Qu’est-ce que j’attends?
Un ami. Pourquoi
ne vient-il pas? Parce qu’il est déjà là.

Doucement, la mort fait remonter la lumière par le bas, par le
sol. La lande brille d’une couleur lilas de plus en plus
intense
– non, d’une couleur jamais vue jusque-là… jusqu’à
ce que les lueurs
blêmes de l’aube viennent siffler entre mes paupières
et que je me réveille à cet immuable PEUT-ÊTRE qui
me transporte dans un monde chancelant.
Et les images abstraites de l’univers sont aussi
impossibles que l’est
le dessin d’une tempête.

(Tomas Tranströmer)

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Lancer cet hymne dans le vide (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016




Lancer cet hymne dans le vide
et que ce soit le ciel
ultime fleur, rien n’échappe
au poing fermé du présent
la chute ni l’envolée du chant
la saveur ni la mortelle
faim, lancer ce poème
pour ne sortir jamais du feu
naissant, chancelant
pour le peu de force qu’il reste
à ce bleu éphémère

(Gérard Pfister)

Illustration

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Petit poulain (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2015




Petit poulain

Petit poulain
Est né ce matin :
Aux premières gouttes de rosée,
Sur le monde il a posé
Un regard étonné.

Longues jambes graciles,
Encore malhabiles,
Grands yeux sombres et veloutés…
Déjà, chancelant,
Et encore tout tremblant,
Il a risqué ses premiers pas,
Et pris son premier repas
Entre les jambes de Maman…
Il est déjà bien assuré,
Bientôt, il va gambader
Et découvrir, avec ses frères
L’étendue des grands prés,
Les merveilles de la terre…

Miracle de beauté,
Sous le soleil de l’été,
Petit poulain va s’élancer !

(Mireille Gaglio)

Illustration

 

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NUIT (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015



NUIT

Étrange berger,
Berger curieux,
Sur une immense lande debout,
D’une main malhabile
J’ai contre le ciel
Lancé mon caillou.

Puis j’ai regardé les nuages ;
Je suis descendu d’eux ; en eux je traîne encore.

*

Je me suis occupé de la fuite des saisons,
Des fuyantes fraîcheurs des sources,
J’ai gardé près de moi le corps émouvant, chancelant
Des plantes penchantes

Je sens directement avec mon âme d’enfant
Une fleur, un papillon, un caillou, une étoile libre
Un ciel neuf chaque nuit et que nul ne pille.
La liberté des étoiles me tourmente.

Je n’ai pas altéré les fraîcheurs des sources,
J’ai cherché le spontané, le mouvement purifié,
Des nuages, des arbres, des cieux agités ;
Les instants du monde qui me furent donnés
Je me suis en eux caché.

*

Je suis seul et je chante pour ma joie ;
Une fleur, un caillou, une bête abritée dans les fourrés,
Un pan de la tremblante robe du ciel, un pan de l’eau dansante
Composent mon pouvoir, mon bruit, ma liberté
Ils savent en moi plus haut que moi chanter.

*

Je suis libre des conseils vulgaires ;
Mon secret, c’est qu’il n’y a rien que la liberté
Fuyante des étoiles et qu’il faut se courber
Chaque soir avec la beauté des cieux

Je tends en fou le bol des fontaines
Où tombent le temps, le ciel, la plaine.
Qu’ils tombent, moins lourds qu’un pleur,
Que n’y tombent ni songes ni peines !

*

Quand la brume passe en croupe au corps d’un cheval blanc,
Le soleil étonné grandit.

(Armand Robin)

Illustration: Pier Francesco Mola

 

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SUR LE SOMMET D’UNE ROCHE SAUVAGE (Endre Ady)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2015



SUR LE SOMMET D’UNE ROCHE SAUVAGE

Sur le sommet d’une roche sauvage,
Nous voilà seuls, raidis et chancelants,
Nos corps serrés et serrés nos visages.
Nul pleur, nul cri, nul mot même hésitant,
Un souffle, un seul: la chute nous attend.

Des liens de chair et de sang nous protègent
Tant qu’ils sont là, noués solidement:
La peur bleuit nos lèvres à présent.
Embrasse-moi et le silence émerge,
Dis un seul mot: la chute nous attend.

(Endre Ady)

Illustration: Rémy Disch

 

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