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LE SQUELETTE ET LA ROSE (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 

Michael Page   1979 - American Pop Surrealism painter -   (28) [1280x768]

LE SQUELETTE ET LA ROSE

Entre ses dents, j’avais posé des roses
Et sur son crâne un chandelier d’argent.
Je me croyais romantique, mais non !
J’étais un homme et je pleurais un corps.

J’interrogeais ce qu’il reste d’un être
Lorsque l’oiseau, de son nid désertant,
Cherche refuge — Ô les fleurs de la mort
Ne pousseront jamais qu’en pleine terre.

S’agenouillant, le roi pose ses lèvres
Sur une pierre. Il entend battre, battre
Ce qu’il croit vivre au-delà des parois
Mais c’est l’écho des vieilles solitudes
Qui lui rappelle une femme, une femme.

Le savait-il qu’un crapaud dans la pierre
Se nourrissait de ce temps préservé ?
Dans un cercueil d’étain noir il voyage
Mon beau squelette amoureux d’une rose.

(Robert Sabatier)

Illustration: Michael Page 

 

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Retouche à la trinité (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2017



Illustration: Francine Van Hove
    
retouche à la trinité

solitaire aussi loin qu’il y songe et son roi
toujours deux couverts à sa table
celui de la mort et le sien
la rose auprès du chandelier
sagesse et sommelier
elle verse pour trois

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: De laine et soie
Editions: Gallimard

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Cantique au bien-aimé de la Reine de Saba (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2017




    
Cantique au bien-aimé de la Reine de Saba

« Je te ferai boire un vin parfumé. »
Cantique des Cantiques

Bienheureuse , ô mon amour, la main qui te touche,
Bienheureuse la bouche qui s’attache à ta bouche,
Qui goûte tes baisers semblables à l’encens,
Au cinname, à l’odeur des pêches mûrissant.

Tu es un lys altier au jardin de l’aurore,
Un rosier flamboyant que le couchant décore
Et, flot mystérieux où s’abreuvent les faons,
La source au pied d’un cèdre et que l’ombre défend.

Tu es, ô bien-aimé, la divine fontaine
Fleurant le thym, l’anis, le miel et la verveine;
Le puits de l’oasis que les noirs chandeliers
Devinent dans la nuit sous les troncs des palmiers.

Tu es comme un chèvrefeuille dans la rosée,
Comme un parfum de vigne en Mai; comme, irrisées
De matinal soleil, se mirant à l’étang,
Les campanules aux calices éclatants.

Les touffes des genêts, les lavandes fleuries,
Et ton corps est pareil à l’herbe des prairies
Quand la lune y répand en onduleux reflets
Ses rayons pâlissants sous les bleus serpolets.

Ta voix a la fraîcheur des flûtes bucoliques
A qui l’écho lointain au fond du soir réplique
Et ton regard puissant m’émeut plus que l’accord
Voluptueux des tambourins et des kinnors.

Tu es parmi mon coeur comme un figuier qui penche
Et dont les fruits nombreux font s’écrouler les branches;
Comme le rampement nerveux des pampres d’or
Où pend la grappe ardente et que l’abeille mord.

Tu es fort, mon amour, et mon corps brisé ploie
Quand tu m’emportes dans tes bras comme une proie.
Tel un soleil brûlant pesant sur les blés roux,
Ton corps est lourd et ton geste d’amour plus fou

Qu’à la cime des pins l’élan du vent sauvage;
Tu es le léopard au rutilant pelage,
Et tu te dresses lumineux à travers l’air
Comme une tour d’albâtre aux créneaux d’argent clair.

Cherchez mon bien-aimé, ô tremblantes gazelles
Qui bondissez frôlant le silence des bois;
Cherchez mon bien-aimé, fauvette et tourterelle
Et rossignol pensif dont s’éplore la voix.

Cherchez mon bien-aimé, plainte du vent qui erre
Par les noirs oliviers courbant leurs troncs retors;
Par la ville déserte où sommeillent les pierres,
Cherchez mon bien-aimé, gardiens des portes d’or!

Dans les soupirs flottant aux corolles des roses,
Les langoureux frissons qui bercent les lilas,
Aux marches de mon seuil sous les étoiles roses,
Est-ce mon bien-aimé dont bruissent les pas?…

(Marie Dauguet)

 

 

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Seuls (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017


 

Seuls
chacun dans sa chambre
avec l’esprit de l’autre

L’âme a soulevé
un chandelier de phalanges d’enfants
Elle a éclairé le dédale de la stérile rencontre
et s’est évanouie
comme le visage d’une étoile endormie

Dans ses doigts
il a senti une odeur de brûlé
et entre les cils d’un épi
il a entendu le bruissement d’une galaxie
fendant la côte manquante

Et ils sont restés seuls
chacun dans sa chambre
avec l’esprit de l’autre

(Aïcha Arnaout)

 

 

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L’ARMOIRE NORMANDE (Robert Campion)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



armoire

L’ARMOIRE NORMANDE

Près de la huche, sous le chaume
Où fleurit Jeanne ainsi qu’un lis,
Comme la reine du royaume
Se tient l’armoire du pays.
C’est le bijou de la famille,
Un ancêtre le cisela ;
C’est aussi la dot d’une fille,
Ce vieux grand meuble que voilà.

Elle est solidement montée :
Sa ferrure est en fer forgé,
Et de sa corbeille sculptée
Pas une rose n’a bougé.
En ses rosaces se marie
L’églantine aux fleurs du pommier,
Et la tourterelle apparie
Son rêve au rêve d’un ramier.

Chacune de ses quatre planches
Supporte de beaux draps de lin,
Des nappes, des chemises blanches,
Des robes, des rubans sans fin.
Et tout en haut, touchant le faîte,
Encore animé d’un frisson,
Gît le bonnet des jours de fête,
En dentelle et point d’Alençon.

Elle est en chêne fin, si grande
Qu’on y pourrait dormir à deux

Et qu’il n’est pas une Normande
Qui n’y cache son amoureux.
En ses tiroirs sont les reliques
Du vieux et du bon temps passé,
Des médaillons, des bucoliques
Et les cheveux d’un trépassé.

Quand il faudra marier Jeanne,
Je veux qu’en plus de son trousseau
Elle ait mes chandeliers, mon âne,
Mon armoire à double panneau.
Sa richesse serait complète,
Si dans le coin du souvenir
Elle y trouvait une layette
Pour mon petit-fils à venir.

(Robert Campion)

Illustration

 

 

 

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Réminiscences dans un songe (Oktay Rifat)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2016




Réminiscences dans un songe

À la main son chandelier à quatre branches
Dans ses yeux la flamme des bougies
Ses jupes frôlent le sol ses pieds invisibles
Nus, sur les dalles

Un corridor — interminable —
Sur les murs anciens du Temps
Les squelettes, les rets des fossiles
Vers la désespérance étirée
La beauté de sa robe blanche

Tremblante, comme les musiques de ce jour-là.

(Oktay Rifat)

Illustration: John Everett Millais

 

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Le sentier là-bas se perdait (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



Le sentier là-bas se perdait
Dans une odeur de serpolet
Où, beuglant sans fin, de grands boeufs
Devenaient vaporeux.
Juste à la pointe du clocher,
L’étoile du berger
Paraissait se poser
Comme une flamme
Sur un haut chandelier.
Et là-bas, de la cheminée
De la maison, une fumée
S’élevait et puis s’inclinait
Pareille à une main
Qui ne cessait de m’appeler
Par dessus les jardins.

(Maurice Carême)

 

 

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Apprends moi le signe (Alain Heril)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



Apprends moi le signe ô mort
pour venir à ce festin de chair
je convoite des trésors
loin des fenêtres de la mer

glaciers sirupeux fontaines d’aioli
tout est cadenas et dentelles
près des hauts chandeliers
la mort ainsi nous appelle
quand je descends du destrier

Adieu peau
rêves de tendres lits

(Alain Heril)

Illustration: Paul Delvaux

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Une nuit qu’on entendait la mer sans la voir (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2015



Une nuit qu’on entendait la mer sans la voir

Quels sont ces bruits sourds ?
Ecoutez vers l’onde
Cette voix profonde
Qui pleure toujours
Et qui toujours gronde,
Quoiqu’un son plus clair
Parfois l’interrompe… –
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

Comme il pleut ce soir !
N’est-ce pas, mon hôte ?
Là-bas, à la côte,
Le ciel est bien noir,
La mer est bien haute !
On dirait l’hiver ;
Parfois on s’y trompe… –
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

Oh ! marins perdus !
Au loin, dans cette ombre
Sur la nef qui sombre,
Que de bras tendus
Vers la terre sombre !
Pas d’ancre de fer
Que le flot ne rompe. –
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

Nochers imprudents !
Le vent dans la voile
Déchire la toile
Comme avec les dents !
Là-haut pas d’étoile !
L’un lutte avec l’air,
L’autre est à la pompe. –
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

C’est toi, c’est ton feu
Que le nocher rêve,
Quand le flot s’élève,
Chandelier que Dieu
Pose sur la grève,
Phare au rouge éclair
Que la brume estompe ! –
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

(Victor Hugo)

 

 

 

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