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Poésie

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UN CONTE MAL CENTRÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2019




    
UN CONTE MAL CENTRÉ

Je veux écrire un conte. Mais, — imbécile que je suis! —,
je tombe dans la vie de mes personnages avant le drame qu’il eût été passionnant de raconter.
Tant pis! « Au revoir, leur dis-je, on repassera! »

Mais quand je reviens, — malheur! — c’est après le drame!
Et la petite vie de tous les jours a repris,
à peine changée, à vrai dire, par quelques disparitions suspectes!

Alors, que faire? J’attends. J’attends. J’attends.
J’invite le lecteur à attendre avec moi.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le monde va changer pour vous (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019


 


 

Andrew Judd  1958 - Canadian painter -

Le monde va changer pour vous,
… oh non, il ne deviendra pas meilleur ;
vous allez découvrir tellement de choses aux ressemblances illusoires
que vous n’arriverez plus jamais à prendre le monde par son bout le plus innocent

(Tahar Djaout)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Andrew Judd

 

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Les lames du vent glacé (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019



Illustration: Paul Delvaux
    
Les lames du vent glacé
Lacèrent mon visage

Le code au bout des doigts
Un portail
Puis un autre

Une envolée dans l’escalier
Je fais la nique
A l’ascenseur

Derrière la porte
Et son cadre de fer
Le ventre chaud
De mon enclos

Qu’est-ce que ça change

Invisible dehors

Ici
Dans les miroirs
Compagne unique
De moi-même

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Je viens de la rue (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Je viens de la rue aux travaux sans nombre,
j’ai vu l’arroseur matinal changer
le bord du trottoir en azur léger,
sur l’autre trottoir c’est encore l’ombre.

J’ai vu fuir, presque silencieuse,
une automobile merveilleuse,
et les petits bars, très en retard
sur le jour (ils n’ouvrent que le soir).

J’ai vu peu de chose et bien des choses,
la rosée au fond des parcs déserts,
la Seine où mouraient de froides roses,
les chalands de leurs panneaux couverts.

Que m’en restera-t-il dans dix années,
et dans trente, seul, geignant dans un lit?
Rien peut-être, une incertaine pensée,
ou bien tout un monde, épars dans ma nuit?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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La définition de l’amour (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Dans le lexique de ma vie
La définition de l’amour
Change sans cesse

(Abbas Kiarostami)

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La vieille gardeuse d’oies (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019



 

Thérèse Marthe Françoise Dupré 50

la vieille gardeuse d’oies et ses oies blanches
au bord de l’étang bleu de Prusse
Le vent se cachait dans sa pèlerine
et les princes charmants changeaient de route

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Thérèse Marthe Françoise Dupré

 

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GAIETÉS LYRIQUES (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Elliot Nichol
    
GAIETÉS LYRIQUES

Si vous cherchez bien
Vous verrez
Des visages
L’enfer s’y promène
Si vous cherchez mal
Vous saurez
Où surnagent
Nos âmes sereines
Le caméléon de l’amour
Y change ses couleurs fauves
La tristesse de vivre ici
Ferme l’oeil bête des alcôves
Nous n’irons plus au bois
L’été
Ressemble trop au carnaval
Danse de mort
Squelettes vains
Nous n’irons plus ; le mal lointain
S’est à nouveau pris dans nos pièges
La vie est un bouchon de liège
Elle flotte au gré des humeurs
Mais n’entend plus l’humble rumeur
De l’éternel qui passe vite
A travers nos coeurs désertés.

(Georges Perros)

 

Recueil: Poèmes bleus
Traduction:
Editions:

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Ce n’est pas cela que j’attends (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



Illustration: Louise Georgette Agutte
    
Ce n’est pas cela que j’attends
De la vie à l’odeur forte
Couleur de lilas veuve morte
Tu m’indiffères printemps.
L’algue marine et les vents
Qui viennent frapper à ma porte
L’amour que le diable l’emporte
Me sont plus émoustillants.
Homme qu’un désastre habite
Mes voeux de nulle saison
Ne se soucient. Ma prison
Ce corps qu’un feu noir excite
Rien n’en peut changer le sort
Sinon toi, mort de ma mort.

(Georges Perros)

 

Recueil: Poèmes bleus
Traduction:
Editions:

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Venir ici (Geoffrey Squires)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Venir ici c’est retrouver le lieu
comme si rien n’avait changé
et tout ce qui s’était passé dans l’intervalle
n’avait eu aucune conséquence aucune importance
pour cet endroit les chemins les arbres
la lumière tombant à travers le silence

***

To come here is to know it again
as if nothing had changed
and all that had happened in the meantime
was of no consequence had no import
for this place the paths the trees
the light falling through the silence

(Geoffrey Squires)

 

Recueil: SANS TITRE
Traduction: François Heusbourg
Editions: Unes

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Il y a un nom perdu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Il y a un nom perdu.

Nous ne savons pas s’il a toujours été perdu,
une seconde après avoir été prononcé
ou peut-être déjà d’avant.

Nous ne savons pas si quelqu’un l’a caché
et oublia l’endroit,
ou si l’endroit disparut de lui-même.

Nous ne savons pas s’il fut peut-être retiré
du flux furtif des noms
afin de préserver une anomie
indispensable dans l’ouvert.

Nous ne savons pas si la futilité de l’homme
le laissa choir
comme un déchet supplémentaire
dans la pente générale des déchets.

Mais maintenant il nous manque.
Non pour désigner ceci ou cela
parmi tant de choses qui n’ont pas de nom.

Son manque nous affecte plus au fond :
le nom perdu
fracture les noms du reste des choses.

Le nom perdu
creuse petit à petit les autres noms
et nous abandonne dans ce presque unanime désert de mots,
où le vent de la nuit
change de place tous les lieux.

Le vent de la nuit
ou une topographique vengeance de l’abîme.

De sorte que la perte d’un nom
nous a fait perdre tous les noms.

***

Hay un nombre perdido.

No sabemos si estuvo siempre perdido,
desde un segundo después de articulado
o quizá desde antes.

No sabemos si alguien lo ocultó
y olvidó el lugar
o si el lugar desapareció por si mismo.

No sabemos si tal vez fue retirado
del flujo furtivo de los nombres
para preservar una anomia
imprescindible en lo abierto.

No sabemos si la trivialidad del hombre
dejó que se cayera
como un desecho mas
en el declive general de los desechos.

Pero ahora lo extrañamos.
No para designar esto o aquello
entre tantas cosas que no tienen nombre.

Su falta nos afecta más adentro:
el nombre perdido
fractura los nombres de todas las otras cosas.

El nombre perdido
ahueca poco a poco todos los otros nombres
y nos deja abandonados en este casi un
unánime desierto de palabras,
donde el viento de la noche
cambia de sitio todos los lugares.

El viento de la noche
o una topográfica venganza del abismo.

Así el extravío de un nombre
nos ha hecho perder todos los nombres.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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