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Le sein ému, le front à demi soulevé (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



Luis Falero Reclining_Nude

Le sein ému, le front à demi soulevé,
Inquiète, elle attend celui qu’elle a rêvé.
Et le vent monotone endort les noirs feuillages;
La mer en gémissant berce les coquillages;
La montagne muette, au loin, de toutes parts,
Des coteaux aux vallons,brille de feux épars;
Et la source elle-même, au travers de la mousse,
S’agite et fuit avec une chanson plus douce.

Mais le jeune Immortel, le céleste Inconnu,
L’Amant mystérieux et cher n’est pas venu !
Il faut partir, hélas ! et regagner la plaine.
Thestylis sur son front pose l’amphore pleine,
S’éloigne, hésite encore, et sent couler ses pleurs;
De la joue et du col s’effacent les couleurs;
Son corps charmant, Éros, frissonne de tes fièvres !
Mais bientôt, l’oeil brillant, un fier sourire aux lèvres,
Elle songe tout bas, reprenant son chemin :
— Je l’aime et je suis belle! Il m’entendra demain !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Luis Falero 

 

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Les étoiles mortelles (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Les étoiles mortelles

Un soir d’été, dans l’air harmonieux et doux,
Dorait les épaisses ramures ;
Et vous alliez, les doigts rougis du sang des mûres,
Le long des frênes et des houx.

O rêveurs innocents, fiers de vos premiers songes,
Coeurs d’or rendant le même son,
Vous écoutiez en vous la divine chanson
Que la vie emplit de mensonges.

Ravis, la joue en fleur, l’oeil brillant, les pieds nus,
Parmi les bruyères mouillées
Vous alliez, sous l’arôme attiédi des feuillées,
Vers les paradis inconnus.

Et de riches lueurs, comme des bandelettes,
Palpitaient sur le brouillard bleu,
Et le souffle du soir berçait leurs bouts en feu
Dans l’arbre aux masses violettes.

Puis, en un vol muet, sous les bois recueillis,
Insensiblement la nuit douce
Enveloppa, vêtus de leur gaine de mousse,
Les chênes au fond des taillis.

Hormis cette rumeur confuse et familière
Qui monte de l’herbe et de l’eau,
Tout s’endormit, le vent, le feuillage, l’oiseau,
Le ciel, le vallon, la clairière.

Dans le calme des bois, comme un collier divin
Qui se rompt, les étoiles blanches,
Du faîte de l’azur, entre les lourdes branches,
Glissaient, fluides et sans fin.

Un étang solitaire, en sa nappe profonde
Et noire, amoncelait sans bruit
Ce trésor ruisselant des perles de la nuit
Qui se posaient, claires, sous l’onde.

Mais un souffle furtif, troublant ces feux épars
Dans leur ondulation lente,
Fit pétiller comme une averse étincelante
Autour des sombres nénuphars.

Chaque jet s’épandit en courbes radieuses,
Dont les orbes multipliés
Allumaient dans les joncs d’un cercle d’or liés
Des prunelles mystérieuses.

Le désir vous plongea dans l’abîme enchanté
Vers ces yeux pleins de douces flammes ;
Et le bois entendit les ailes de vos âmes
Frémir au ciel des nuits d’été !

(Leconte de Lisle)

 

 

 

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Chanson dansée (Lieou Yu-Si)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



Chanson dansée

Sur le fleuve du printemps, la lune paraît, la vaste digue s’étend, tranquille.
Sur la digue, les jeunes filles se tiennent par les manches et s’avancent.
Ayant chanté toutes les chansons nouvelles, elles ne trouvent pas leurs amants.
Les nuages roses du couchant se reflètent sur les arbres, les perdrix rappellent…

(Lieou Yu-Si)

 Illustration: Harunobu Suzuki

 

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MÉLODIE (Kadia Molodowski)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019




    
MÉLODIE

Mes chansons se font plus légères,
Et moi seule je suis de plomb.
Mes chansons deviennent pigeons
Et moi seule je deviens terre.

Le vent sur les vitres
Et moi j’oublierai
Que je deviens terre.

Mes chansons avec le printemps verdissent,
Mais moi je gèle dans la neige.
Mes chansons voient le soleil à venir,
Moi je reste dans les ténèbres.

Le vent sur les vitres
Et moi j’oublierai
Que je reste dans les ténèbres

Mes chants se font plus clairs, spirituels,
Me fuit le rayon de lumière.
Mes chants guerriers poursuivent leurs duels
Et moi, vaincue, je tombe à terre.

Le vent sur les vitres
Et moi j’oublierai
Que vaincue je tombe.

(Kadia Molodowski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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SÉCHERESSE (Jacob-Zvi Sharguel)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



    

SÉCHERESSE

Deux bonzes japonais font tinter leurs clochettes
Et de la canicule égrènent la chanson.
Chacun porte un lotus à sa robe accroché
Afin de conjurer la mauvaise moisson.

Deux curés en soutane noire prient en choeur,
Agenouillés devant de pieuses images :
Jésus que tout le sang qui coule de ton coeur
Au-dessus du pays se transforme en nuage.

Deux rabbins sont blottis au profond de leur être
Et pleurent en priant la résurrection :
Ô Toi qu’ils ont trouvé, que nos lointains ancêtres
Plaident pour nous Ta grâce et Ta compassion.

Tandis que tout là-haut le visage solaire
Scintille – ardent buisson dans l’azur embrasé,
Et que deux arbrisseaux, la bouche grande ouverte
Semblent, à l’agonie, attendre la rosée.

(Jacob-Zvi Sharguel)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tournant le moulin (Hosai)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2019



tournant le moulin
une femme pour elle-même
chante une chanson

(Hosai)

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BAR DE L’ESCADRILLE (Max Olivier Bizeau)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019




    
BAR DE L’ESCADRILLE

Au Bar-Tabac de l’Escadrille
Contraints par la guerre et ses lois
En fils d’un ciel où l’on s’étrille
Saufs, ils trinquent à leurs exploits

Au Bar-Tabac de l’Escadrille
Ils content, de retour du Nord
Les croix noires tombant en vrilles
Vers Dixmude, Ypres ou Nieuport

Au Bar-Tabac de l’Escadrille
Ils miment jusques au matin
Les entrechats de leurs quadrilles
Danseurs d’acier, tous feux éteints

Au Bar-Tabac de l’Escadrille
Chansons à boire, allègres trilles
Fusent pour conjurer le sort
De gueules d’amour, joyeux drilles
Qui font pieds de nez à la mort…

(Max Olivier Bizeau)

 

Recueil: Paris … en haïku et en brèves
Traduction:
Editions: La Simarre

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MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES (Avrom Reisen)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Samuel Hirszenberg
    
DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES

Nous sommes ceux qu’on dispersa
Dans les terres les plus lointaines.
Chacun de nous est un anneau
De la nouvelle chaîne.

Non seulement à Babylone
Mais au bord des fleuves, partout
Nous sommes venus nous asseoir,
Cherchant un toit qui soit à nous.

C’est ainsi qu’est devenu cher
À notre coeur le monde entier,
Sur les rives les plus lointaines
Se trouve pour nous un foyer.

Et maintenant nous chérissons
La Vistule autant que le Rhin,
Le large Dniepr à notre coeur
Murmure aussi douce complainte

Le libre Hudson nous fait un signe
Fraternel du fond de ses flots,
Il est permis, sur son rivage,
De connaître enfin le repos !

Quelque chanson que l’on écoute
Nous connaissons sa mélodie,
Quel que soit le fleuve qui coule
Il nous apporte nostalgie,

Quel que soit le drapeau qui flotte,
Nous est familier son appel,
Quel que soit le bateau qui vogue
C’est vers un pays fraternel.

(Avrom Reisen)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Chanson muette (Gaëtane Drouin Salmon)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Chanson muette

Coloris d’ombres sur l’été
grappes d’enfants soie

silence emmitouflé d’oiseaux
nuage de paroles sur la neige
bourrasque de feu

il y aura toujours
un écho perdu qu’on retrouve
un soleil ébloui qui perdure
une chanson muette avec

mon corps dedans

(Gaëtane Drouin Salmon)

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