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Devinettes (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



 

Devinettes

Qui décoiffe la mer
Avec des mains qu’on ne voit pas ?
Qui roule sa chanson
Dans la gorge des torrents ?
Qui n’est jamais si lourd
Que quand un oiseau meurt ?

Le vent la pierre et le silence

Qui est ronde comme une joue
Et plus lourde que la peine ?
Qui habille le monde
Quand il se fait tard ?
Qui souffle chaque soir
La bougie du soleil ?

La pierre le silence et le vent

(Jean-Pierre Siméon)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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CLAIR DE LUNE (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2020




    
CLAIR DE LUNE

La lune bleuit le jardin et, dans l’ombre, Zeineh rêve.
Elle est accroupie tout au bord du ruisseau limpide,
un jasmin aux lèvres, l’âme resplendissante d’amour.
Chaque battement de son cœur scande le nom du bien-aimé
et la chanson de l’eau le lui répète.
Zeineh sourit ; la fleur de jasmin palpite.
L’heure s’écoule. Le jardin bleuit davantage.
La lune a quitté le palmier dentelé et glisse derrière la colline ;
un rossignol prélude ; ses notes énamourées s’égrènent une à une dans la nuit écouteuse.
Zeineh lève le visage et rit.
Mais la fleur de jasmin s’est échappée de ses lèvres.
Elle est recueillie par le ruisseau où ne se mire plus la lune.
Zeineh tressaille. Son regard cherche les pétales tombés au fil du courant.
Mais le courant a emporté la fleur de jasmin et, là-bas,
la grenouille mélancolique semble pleurer une joie évanouie.
La fleur de jasmin est loin ; elle parfume l’eau fuyante.
Dans le cœur de Zeineh plus rien, que le souvenir du parfum.

(Anonyme)

 

Recueil: Ghazels – Poemes persans
Traduction: Marguerite Ferté
Editions: http://www.ebooksgratuits.com

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Les gens qui doutent (Anne Sylvestre)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2020




    
Les gens qui doutent

J’aime les gens qui doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer
J’aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncer

J’aime les gens qui tremblent
Que parfois ils nous semblent
Capables de juger
J’aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté

[Refrain]
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut
Ceux qui, avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot

Ceux qui n’auront pas honte
De n’être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n’avoir pas su dire :
« Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur »

[Refrain]
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui n’osent
S’approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien être
Qu’une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

Ceux qui sans oriflamme
Et daltoniens de l’âme
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l’histoire
Leur rende les honneurs

[Refrain]
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui doutent
Mais voudraient qu’on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu’on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps

Qu’on leur dise que l’âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu’on les remercie
Qu’on leur dise, on leur crie :
« Merci d’avoir vécu
Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu’elles ont pu »

(Anne Sylvestre)


  
voir chez Luciole ici un bel hommage au fils d’Anne assassiné au Bataclan

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CHANSON D’AMOUR (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



 

orme

CHANSON D’AMOUR

BALAIE la maison,
suspends de frais rideaux
aux fenêtres
mets une robe neuve
et viens avec moi !

L’orme éparpille
ses miettes
d’odeurs douces
du haut d’un ciel blanc !

Qui entendra parler de nous
dans les temps à venir ?
Que l’on dise qu’il y eut
un éclat de parfum
émané de branches noires.

***

LOVE SONG

SWEEP the house clean,
hang fresh curtains
in the windows
put on a new dress
and come with me !

The elm is scattering
its little loaves
of sweet smells
from a white sky !

Who shall hear of us
in the time to come ?
Let him say there was
a burst of fragrance
from black branches.

(William Carlos Williams)

Illustration

 

http://www.livegalerie.com/Peinture,l_orme_de_St-Rodrigue,fortin_paysagiste,105181.html

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ESPECE DE CHANSON (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



 

ESPECE DE CHANSON

QUE le serpent attende sous
sa mauvaise herbe
et l’écriture
ait des mots lents et rapides, prompts
à frapper, patients,
éveillés.

— que la métaphore réconcilie
les hommes et les pierres.
Compose. (Aucune idée
sinon dans les choses) Invente !
Saxifrage est ma fleur qui fend
le roc.

***

A SORT OF A SONG

LET the snake wait under
his weed
and the writing
be of words, slow asid quick, sharp
to strike, quiet to wait,
sleepless.

— through metaphor to reconcile
the people and the stones.
Compose. (No ideas
but in things) Invent !
Saxifrage is my flower that splits
the rocks.

(William Carlos Williams)

Illustration

 

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LE POEME (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



 

Audrey Kawasaki  attente

LE POEME

TOUT est
dans le son. Une chanson.
Rarement une chanson. Ce devrait

être une chanson — faite
de détails, de guêpes,
une gentiane — quelque chose
d’immédiat, ciseaux
ouverts, regard
de dame — qui s’éveille
centrifuge, centripète.

***

THE POEM

IT’s all in
the sound. A song.
Seldom a song. It should

be a song — made of
particulars, wasps,
a gentian — something
immediate, open
scissors, a lady’s
eyes — waking
centrifugal, centripetal

(William Carlos Williams)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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LA CHANSON DE L’OUVRIÈRE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2020



LA CHANSON DE L’OUVRIÈRE

Les heurs crèvent comme une bombe ;
À l’espoir notre jour qui tombe
Se mêle avec le confiant.

Pique aiguille! assez piqué, piquant!
Les heurs crèvent comme une bombe.

Ici-bas tout geint, casse ou pleure ;
Rien de possible ne demeure
À ce qui demeurait avant.

Pique aiguille ! assez piqué, piquant !
Ici-bas tout geint, casse ou pleure.

Je suis lasse de cette vie,
Je veux dormir, ô bonne amie,
Laisse-moi reposer, assez !

Non, pique aiguille ! assez piquant, piqué !
Je suis lasse de cette vie.

Hâve par ma forte journée
Je blasphème ma destinée,
Feuille livide au mauvais vent;
Un peu de sang sur mes doigts coule,
L’heure râle, pleure et s’écoule.
Ah ! mon pain me rend suffocant.

N’importe, pique aiguille! piqué, piquant !
L’heure râle, pleure et s’écoule.

Pourquoi donc Dieu me rend-il malheureuse?
Je suis très pauvre et je vis presque en gueuse.
Hélas ! la peine est un fardeau pesant.

N’importe, pique aiguille ! piqué, piquant !
Pourquoi donc Dieu me rend-il malheureuse?

Tout dans l’abandon je le passe
Mon gagne-pain passe et repasse
Dans un seul même tournement.

N’importe, pique aiguille ! piqué, piquant !
Tout dans l’abandon je le passe.

(Emile Nelligan)


Illustration

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CHANT DU DÉSESPÉRÉ (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



Charles Vildrac
    
CHANT DU DÉSESPÉRÉ

Au long des jours et des ans,
Je chante, je chante.
La chanson que je me chante
Elle est triste et gaie :
La vieille peine y sourit
Et la joie y pleure.
C’est la joie ivre et navrée
Des rameaux coupés,
Des rameaux en feuilles neuves
Qui ont chu dans l’eau ;
C’est la danse du flocon
Qui tournoie et tombe,
Remonte, rêve et s’abîme
Au désert de neige ;
C’est, dans un jardin d’été,
Le rire en pleurs d’un aveugle
Qui titube dans les fleurs ;
C’est une rumeur de fête
Ou des jeux d’enfants
Qu’on entend du cimetière.
C’est la chanson pour toujours,
Poignante et légère,
Qu’étreint mais n’étrangle pas
L’âpre loi du monde ;
C’est la détresse éternelle,
C’est la volupté
D’aller comme un pèlerin
Plein de mort et plein d’amour !
Plein de mort et plein d’amour,
Je chante, je chante !
C’est ma chance et ma richesse
D’avoir dans mon cœur
Toujours brûlant et fidèle
Et prêt à jaillir,
Ce blanc rayon qui poudroie
Sur toute souffrance ;
Ce cri de miséricorde
Sur chaque bonheur.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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Noir (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2020



Langston Hughes
    
Noir

Je suis un Noir:
Aussi noir que la nuit noire,
Aussi noir que les profondeurs de mon Afrique.

J’ai été un esclave:
César m’a ordonné de nettoyer son perron.
J’ai ciré les bottes de Washington.

J’ai été un ouvrier:
Sous ma main les pyramides se sont dressées.
J’ai fait le mortier pour le Woolworth Building.

J’ai été un chanteur:
Sur la route de l’Afrique à la Georgie
J’ai emporté mes chansons tristes.
J’ai inventé le ragtime.

J’ai été une victime:
Les Belges m’ont coupé les mains au Congo.
On me lynche encore au Mississippi.

Je suis un Noir:
Aussi noir que la nuit noire,
Aussi noir que les profondeurs de mon Afrique.

(Langston Hughes)

Traduit de l’anglais par Thierry Gillybceuf

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Les mains au sol (Sôkan de Yamazaki)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2020



    

Les mains au sol
elle vous dédie sa chanson
la grenouille

(Sôkan de Yamazaki)

 

Recueil: Friches
Traduction: René Sieffert
Editions: Verdier poche

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