Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘chant’

La vie rêvée est la vraie vie (Alain Eludut)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



 

Jean-Pierre Augier_Les clefs du bonheur

La vie rêvée est la vraie vie.
Le corps levé, les chants les bras – légers
et la taille, fine, les seins
qu’on masse avec envie
sans comprendre la chair
suspendus à la misère.
Autour de nous les arbres
souffle, course
et sauter sur nos pieds la langue inarticulée.

(Alain Eludut)

Illustration: Jean-Pierre Augier_

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Laisse-moi fleurir (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Illustration: Nicole Boulet

    
Laisse-moi
fleurir à ton encontre
Beauté

Je veux dire
fleurir et
mourir

*

Dans
l’orchidée de mes rêves
je sens
la force
de mes chants
les années croître

***

Lass midi
dir entgegenblühn
Schönheit

Es heisst
blühn und
sterben

*

In meiner
Traumorchidee
spüre ich
die Kraft
meiner Lieder
die Jahre wachsen

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chant funèbre (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Chant funèbre

Arrête toutes les horloges, coupe le téléphone,
Jette un os juteux au chien pour qu’il cesse d’aboyer,
Fais taire les pianos et avec un tambour étouffé
Sors le cercueil, fais entrer les pleureuses.

Que les avions tournent en gémissant au-dessus de nos têtes
Griffonnant sur le ciel ce message : Il est Mort,
Noue du crêpe au cou blanc des pigeons,
Donne des gants de coton noir à l’agent de la circulation.

C’était mon Nord, mon Sud, mon Est et Ouest,
Mon travail, mon repos
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant ;
Je pensais que l’amour durait pour toujours : j’avais tort.

On ne veut plus d’étoiles désormais ; éteins-les toutes ;
Emballe la lue et démonte le soleil,
Vide l’océan et balaie les bois ;
Car rien maintenant ne vaut plus la peine.

***

Funeral blues

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.

(Wystan Hugh Auden)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Peintures noires de Goya (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration: Francisco Goya
    

Peintures noires de Goya

Noir
plus noir que noir
pupille de la peur

Génie
dans le feu sombre
danse
son ombre

Aimé par les démons
sans pitié

Chant sauvage
du cygne noir
sur le lac du sabbat des sorcières

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Seule (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




    
Seule

Je vis solitaire
Avec le chant

Mes questions
Demeurent inachevées

Le ciel répond
Non
Oui

Je ne sais
Où la fin commence
Et le début s’achève

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Danse, mon coeur (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



 

Illustration
    
Danse, mon coeur; danse de joie aujourd’hui.
Des chants d’amour emplissent de musique les jours et les nuits
et le monde est attentif à leurs mélodies.

Folles de joie, la vie et la mort dansent au rythme de cette musique.
Les monts et l’océan et la terre dansent
— Au milieu d’éclats de rire et de sanglots l’humanité danse.

Pourquoi mettre une robe de moine
et vivre hors du monde dans une orgueilleuse solitude ?
Vois ! Mon coeur danse dans la joie de la connaissance
et le Créateur en est heureux.

(Kabîr)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Depuis que je t’ai vue… (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Depuis que je t’ai vue,
Le chant du rossignol, le doux chant de l’oiseau
Se fait encor plus beau.
Et, dissipant la nue,
L’éclat du grand soleil
Est soudain sans pareil.
Mais nul mot ne me vient de ta bouche menue,
Nul sourire pour l’éclairer…
Doucement. Et celui qui t’aime
N’est plus que l’ombre de lui-même.
Il voudrait t’embrasser. Il voudrait te serrer.

Depuis que je t’ai vue, ô toi, femme cruelle,
Dans les champs, je perçois
Une senteur nouvelle.
Plus fines qu’autrefois
Sont les fragrances, plus câlines,
Et l’orgueilleux rosier ne porte plus d’épines.
Mais ton âme est de glace et trop fier est ton cœur.
Ce qui fut la brise du désespoir, ô Femme,
A présent brûle avec ardeur
Et devient amoureuse flamme!

Depuis que je t’ai vue – et pourquoi le nier! –
Le ciel, pour moi, est toujours printanier.
Aucun oiseau n’est prisonnier d’aucune fille.
Et moi seul, ton captif, suis derrière une grille.
Il me sera doux de mourir.
Car mon cœur douloureux à toi n’a pu s’offrir.
En quittant cette terre,
En me sentant partir,
J’exhalerai le nom de celle qui m’est chère.

(Attila Jozsef)


Illustration: William Bouguereau

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Rosée d’argent (Rosalie Hirs)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2017



    
Rosée d’argent

Ça allait si bien le souffle et tout pour toi
les filets du matin gestes allongés sur l’herbe

rosée d’argent les oiseaux leurs rameau en mouvement
s’inclinent avec des chants nous enlacent de leurs petits sauts

hors du sens des choses et le soleil brille de derrière
un nuage sans quelque chose à expliquer sous la pluie

et brillante commence à nouveau la survie des jours
et nous portons chacun un souffle le long d’un frôlement

(Rosalie Hirs)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Henri Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Venoge (Jean Villard-Gilles)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017




    
On a un bien joli canton :
des veaux, des vaches, des moutons,
du chamois, du brochet, du cygne ;
des lacs, des vergers, des forêts,
même un glacier, aux Diablerets ;
du tabac, du blé, de la vigne,
mais jaloux, un bon Genevois
m’a dit, d’un petit air narquois :
– Permettez qu’on vous interroge :
Où sont vos fleuves, franchement ?
Il oubliait tout simplement
la Venoge !

Un fleuve ? En tout cas, c’est de l’eau
qui coule à un joli niveau.
Bien sûr, c’est pas le fleuve Jaune
mais c’est à nous, c’est tout vaudois,
tandis que ces bons Genevois
n’ont qu’un tout petit bout du Rhône.
C’est comme : «Il est à nous le Rhin !»
ce chant d’un peuple souverain,
c’est tout faux ! car le Rhin déloge,
il file en France, aux Pays-Bas,
tandis qu’elle, elle reste là,
la Venoge !

Faut un rude effort entre nous
pour la suivre de bout en bout ;
tout de suite on se décourage,
car, au lieu de prendre au plus court,
elle fait de puissants détours,
loin des pintes, loin des villages.
Elle se plaît à traînasser,
à se gonfler, à s’élancer
– capricieuse comme une horloge –
elle offre même à ses badauds
des visions de Colorado !
la Venoge !

En plus modeste évidemment.
Elle offre aussi des coins charmants,
des replats, pour le pique-nique.
Et puis, la voilà tout à coup
qui se met à fair’ des remous
comme une folle entre deux criques,
rapport aux truites qu’un pêcheur
guette, attentif, dans la chaleur,
d’un œil noir comme un œil de doge.
Elle court avec des frissons.
Ça la chatouille, ces poissons,
la Venoge !

Elle est née au pied du Jura,
mais, en passant par La Sarraz,
elle a su, battant la campagne,
qu’un rien de plus, cré nom de sort !
elle était sur le versant nord !
grand départ pour les Allemagnes !
Elle a compris ! Elle a eu peur !
Quand elle a vu l’Orbe, sa sœur
– elle était aux premières loges –
filer tout droit sur Yverdon
vers Olten, elle a dit : «Pardon !»
la Venoge !

«Le Nord, c’est un peu froid pour moi.
J’aime mieux mon soleil vaudois
et puis, entre nous : je fréquente !»
La voilà qui prend son élan
en se tortillant joliment,
il n’y a qu’à suivre la pente,
mais la route est longue, elle a chaud.
Quand elle arrive, elle est en eau
– face aux pays des Allobroges –
pour se fondre amoureusement
entre les bras du bleu Léman,
la Venoge !

Pour conclure, il est évident
qu’elle est vaudoise cent pour cent !
Tranquille et pas bien décidée.
Elle tient le juste milieu,
elle dit : «Qui ne peut ne peut !»
mais elle fait à son idée.
Et certains, mettant dans leur vin
de l’eau, elle regrette bien
– c’est, ma foi, tout à son éloge –
que ce bon vieux canton de Vaud
n’ait pas mis du vin dans son eau…
la Venoge !

(Jean Villard-Gilles)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La terrasse des Lilas (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2017



    

La terrasse des Lilas

Il est des lieux sur cette Terre
Où l’on se sent vraiment chez soi
La vie y semble plus légère
On y est plus heureux qu’un roi
Ce qu’ils offrent à votre vue
Ce n’est pas un vaste horizon
Mais tout simplement une rue
Un peu de ciel sur des maisons
Il en est un qui dans l’espace
Est bien loin maintenant de moi
Un café avec sa terrasse
Et quand je veux je le revois

C’était dans un coin de Paris
Un coin de Paris qui sourit
Un café avec sa terrasse
A Montparnasse
C’est à l’enseigne des Lilas
Des lilas il n’y en avait pas
Mais le nom était resté là
En souvenir, sans tralala
Ce café – vous en souvient-il ?
Avec son arôme subtil
Faisait tenir tout le Brésil
Dans votre tasse
Le patron était alsacien
Le garçon était vénitien
Mais malgré tout ça c’était bien
Un café parisien

J’aimais à l’heure apéritive
M’y asseoir aux premiers beaux jours
Pour embrasser la perspective
De ce merveilleux carrefour
J’y observais l’Observatoire
Et Bullier, souvenir d’un bal
Et le pavé chargé d’histoire
Du boulevard de Port-Royal
Un kiosque à journaux sans mystère
Fleurissait sur le terre-plein
Face à ce temple nécessaire
Hommage au fameux Vespasien

C’était un café de Paris
Entre mille joli, fleuri
Avec son bar et sa terrasse
A Montparnasse
Au coeur de ce beau carrefour
Où Saint-Michel et Luxembourg
Avaient rendez-vous tour à tour
Avec l’étude, avec l’amour
On y rencontrait des acteurs
Des poètes, des percepteurs
Jamais, jamais de dictateur
Ivre d’espace
Et l’on fumait du Caporal
Sous la statue d’un général
Etait-il, je m’en souviens mal
A pied ou à cheval ?

Le crépuscule sur la ville
Traînait sa robe de lilas
Un vieux monsieur lisait Virgile
En dégustant un marsala
De jeunes femmes odorantes
Offraient leur visage cruel
A cette lumière expirante
Un reflet attardé du ciel
Et des hommes avec ces femmes
Echangeaient de subtils propos
Sur l’immortalité de l’âme
Ou le chic exquis d’un chapeau

C’était un café de Paris
Une voix disait : « Mon chéri »
L’amour aussi avait sa place
A la terrasse
On saluait des gens très bien
Que l’autobus des Gobelins
Vous déversait comme un trop plein
Sur ce rond-point si cartésien
Des amis venaient, excellents
Hélas où sont-ils à présent ?
Alors dans le jour finissant
Du Val-de-Grâce
Des frondaisons du Luxembourg
Des vieilles pierres du faubourg
Pour notre Paris de toujours
Montait un chant d’amour

Il est venu de lourds soldats
Qui ont écrasé tout cela
Ah dites-nous qu’il reviendra
Le beau temps des lilas !

(Jean Villard–Gilles)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :