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Poésie

Posts Tagged ‘chant’

L’eau m’attendait à la fontaine (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
L’eau m’attendait à la fontaine.

J’allais vers elle,
Son innocence,

A travers les grands arbres
De la forêt sans fin.

L’eau me connaissait.

J’étais chez moi
Au long de ce sentier.

Le vent dans les arbres
Faisait comme un chant.

Le silence était à moi.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Relier
Traduction:
Editions: Gallimard
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Mélancolie (Giorgio de Chirico)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Mélancolie

Lourde d’amour et de chagrin
mon âme se traîne
comme une chatte blessée
— Beauté des longues cheminées rouges

Fumée solide
Un train siffle. Le mur
Deux artichauts de fer me regardent.

J’avais un but. Le pavillon ne claque plus
— Bonheur, bonheur, je te cherche —
Un petit vieillard si doux chantait doucement
une chanson d’amour
Le chant se perdit dans le bruit
de la foule et des machines
Et mes chants et mes larmes se perdront aussi
dans tes cercles horribles
ô éternité.

(Giorgio de Chirico)

 

 

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Ici-bas (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Ici-bas

Ici-bas tous les lilas meurent,
Tous les chants des oiseaux sont courts ;
Je rêve aux étés qui demeurent
Toujours…

Ici-bas les lèvres effleurent
Sans rien laisser de leur velours ;
Je rêve aux baisers qui demeurent
Toujours…

Ici-bas tous les hommes pleurent
Leurs amitiés ou leurs amours ;
Je rêve aux couples qui demeurent
Toujours…

(René-François Sully Prudhomme)

 Illustration: Jean-Marie Manson

 

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Prisonnier de moi-même (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Prisonnier de moi-même
Entre ces murs de chair
Où la douleur promène
Ses couteaux, ses éclairs,
Prisonnier de tant d’ombres
Qui ne me font des signes
Que pour mieux me trahir,
Prisonnier dont la force
S’use cruellement
Aux grilles qu’elle plante,
Il serait vain d’attendre
De moi le mot de passe
Ou la lampe qui luit,
Poussée la porte basse,
O mes lointains amis,
Vous que j’ai tant aimés
Pour ces chants, cet été,
Ces routes de lumière
Dans mon sang répandus
Et ce pain partagé
Quand je n’en avais plus.

Cette grande distance
Entre nous maintenant,
Ah ! qu’elle ne s’étende
A perte d’horizons,
A perte d’espérance
Et que faible et sans joie,
Pour vous du moins, ma voix
Demeure d’un vivant.

(Paul-Alexis Robic)

Illustration: Salvador Dali

 

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Les regrets (Nicolas-Germain Léonard)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Carry Akroyd river-landscape

Les regrets

Pourquoi ne me rendez-vous pas
Les doux instants de ma jeunesse ?
Dieux puissants ! ramenez la course enchanteresse
De ce temps qui s’enfuit dans la nuit du trépas !
Mais quelle ambition frivole !
Ah ! dieux ! si mes désirs pouvaient être entendus,
Rendez-moi donc aussi le plaisir qui s’envole
Et les amis que j’ai perdus !

Campagne d’Arpajon ! solitude riante
Où l’Orge fait couler son onde transparente !
Les vers que ma main a gravés
Sur tes saules chéris ne sont-ils plus encore ?
Le temps les a-t-il enlevés
Comme les jeux de mon aurore ?
Ô désert ! confident des plus tendres amours !
Depuis que j’ai quitté ta retraite fleurie,
Que d’orages cruels ont tourmenté mes jours !

Ton ruisseau dont le bruit flattait ma rêverie,
Plus fidèle que moi, sur la même prairie,
Suit constamment le même cours :
Ton bosquet porte encore une cime touffue
Et depuis dix printemps, ma couronne a vieilli,
Et dans les régions de l’éternel oubli
Ma jeune amante est descendue.

Quand irai-je revoir ce fortuné vallon
Qu’elle embellissait de ses charmes ?
Quand pourrai-je sur le gazon
Répandre mes dernières larmes ?
D’une tremblante main, j’écrirai dans ces lieux
 » C’est ici que je fus heureux !  »

Amour, fortune, renommée,
Tes bienfaits ne me tentent plus ;
La moitié de ma vie est déjà consumée,
Et les projets que j’ai conçus
Se sont exhalés en fumée :
De ces moissons de gloire et de félicité
Qu’un trompeur avenir présentait à ma vue,
Imprudent ! qu’ai-je rapporté ?
L’empreinte de ma chaîne et mon obscurité :
L’illusion est disparue ;

Je pleure maintenant ce qu’elle m’a coûté ;
Je regrette ma liberté
Aux dieux de la faveur si follement vendue.
Ah ! plutôt que d’errer sur des flots inconstants,
Que n’ai-je le destin du laboureur tranquille !
Dans sa cabane étroite, au déclin de ses ans,
Il repose entouré de ses nombreux enfants ;
L’un garde les troupeaux ; l’autre porte à la ville
Le lait de son étable, ou les fruits de ses champs,
Et de son épouse qui file
Il entend les folâtres chants.

Mais le temps même à qui tout cède
Dans les plus doux abris n’a pu fixer mes pas !
Aussi léger que lui, l’homme est toujours, hélas !
Mécontent de ce qu’il possède
Et jaloux de ce qu’il n’a pas.
Dans cette triste inquiétude,
On passe ainsi la vie à chercher le bonheur.
A quoi sert de changer de lieux et d’habitude
Quand on ne peut changer son coeur ?

(Nicolas-Germain Léonard)

Illustration: Carry Akroyd

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Une mort douce comme un chant de tourterelle (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Une mort douce comme un chant de tourterelle
avant la nuit, belle d’avoir su la douleur,
et connu sans tourment la brûlure des pleurs,
partagés dans le coeur de Celui qui appelle !

Mourir de ne pas mourir, depuis qu’on est enfant,
a toujours été notre désir le plus nu,
à cause de la glisse obscure d’un serpent,
et des souvenirs du pays perdu.

Mais la souffrance subie règne en majesté,
bien qu’elle serre amoureusement notre main,
pour nous conduire entre les arbres du jardin,
jusqu’à celui qui porte un fruit ensanglanté.

(Jean Mambrino)


Illustration: Le Bernin

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Et Séléné pâlit (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Et Séléné pâlit, et les Heures divines
Font descendre l’Aurore aux lointaines collines.
Le Dieu s’écrie ! Il part, et dans l’ampleur du ciel
Il pousse, étincelant, le quadrige immortel.
L’air sonore s’emplit de flamme et d’harmonie;
L’Océan qui palpite, en sa plainte infinie,
Pour saluer le Dieu, murmure un chant plus doux ;
Et, semblable à la vierge en face de l’époux,
La Terre, au bord brumeux des ondes apaisées,
S’éveille en rougissant sur son lit de rosées.

(Leconte de Lisle)

Illustration: Leon-Francois Comerre

 

 

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Les étoiles grelottaient (Alain Cohen)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




    
Les étoiles grelottaient.
Les vers luisaient d’amour bleu.
Les chats imploraient avec gravité.
Chant des chairs en lutte.

(Alain Cohen)

 

Recueil: Solal
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les jours (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




    
Les jours

Plus faible au loin le chant de la hulotte. Le jour déchire
la nuit comme un manteau. La bien-aimée pareille au jour
naissant.

Où allons-nous ? Où s’en vont les années ?
Nos pas jusqu’à la fin du monde. Les cailloux luisent.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Arpèges et paraboles
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’ai mal à la vie (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



 

Mihai Criste   (10)

J’ai mal à la vie j’ai mal à l’homme
j’ai mal aux années que je n’ai pas vécues
j’ai mal à la flamme moribonde
et aux hirondelles qui volent trop bas

J’ai mal à mes pavés qui ont des arêtes
aux vagabondages sans auberge
aux nuits qui n’éclairent pas leurs portes
et aux routes que barrent des écriteaux

J’ai mal aux bouches où s’égare le rire
aux chants qui cherchent des clairières
j’ai mal à la lourdeur de leurs pas
et à nos différences

J’ai mal à leurs ventres qui sont vides
j’ai mal aux creux qu’ils ont dans la joue
j’ai mal à notre liberté qui s’effile
à la haine qui va consumer

à l’amour aux rives du désert
J’ai mal aux couleurs qu’ils n’aiment pas
j’ai mal aux frontières en uniforme
au répit qu’ils ne savent pas prendre
à la joie esseulée et folle sur terre
qui n’arrive pas à pavoiser leurs dents

J’ai mal au monde entier
qui oublie l’exemple des moissons
et la liesse des guirlandes
j’ai mal à toutes les vies
parce qu’elles sont coiffées de mort

J’ai mal à l’avenir coincé dans les cavernes,
à mon âme qui n’accepte pas
à mon corps qui n’a pas tout son soûl
et à ceux qui vont venir
et à ceux qui vont partir

car ils laissent les champs aux broussailles
et les oiseaux avoir peur du ciel

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Mihai Criste

 

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