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Poésie

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Sourire dans la mort (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




    
Sourire dans la mort

Le charme maladif des musiques moroses
Ici ne convient point à l’auguste trépas ;
Venez ! Il faut couvrir de rythmes et de roses
La maison du poète, où le deuil n’entre pas.

Rien que l’éclat des chants : pas de vain verbiage,
Ni le sanglot banal d’importunes douleurs ;
Comme pour un splendide et joyeux mariage,
Il lui faut avant tout des fleurs, des fleurs, des fleurs !

Il épouse la gloire au sourire de femme
Et l’ombre est nuptiale autour de son cercueil ;
Les cierges enfiévrés sont des souffles de flamme
Qui veillent ardemment et longuement au seuil.

Dans le sublime oubli de sa vie ancienne,
Son front large sourit avec sérénité…
Il dort visiblement sa nuit olympienne,
Et son baiser d’amour étreint l’éternité.

(Renée Vivien)

 

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La Terre est à jamais fermée sous mes pas (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
La Terre est à jamais fermée sous mes pas
avec autour d’eux le désir insensé des moissons.
Je ne suis en vie que dans la nuit d’une chambre
située à n’importe quel étage du monde.

Des mots que je ne peux, que je ne sais pas dire,
des visages mal remplis par le souvenir que j’en ai
m’abordent avec l’insistance du feu
qui fait se lever et se coucher chaque jour.

Je passerai toute ma vie à chercher
les mots qui ont soudé mon visage au tien.
Mon front à peine haut comme la main
contient le ciel qui tombe de toutes parts.

Le désir est un souffle chaud qui m’accable
et se plaque contre moi comme le vent :
il ne reste pas sous ma peau une goutte de sang
qui ne vienne, mal éclairée, à sa rencontre.

Le désir est en moi, englué dans ma chair,
comme une forêt l’est en pleine terre.
C’est lui qui me force à crier mon chant de vie
quand la mort bat plus fort que mon coeur
et qu’elle est déjà couchée sur moi, front contre front.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La Sirène (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Victor Nizovtsev
    
La Sirène

Sirène au corps d’argent, dont le regard fascine,
Tu glisses comme un rets sur l’immense océan,
Attirant par ta voix, ô néfaste androgyne,
Le crédule pêcheur vers le gouffre béant.

Tes chants mélodieux, dans la nuit étoilée,
Dans le calme divin, font tressaillir d’émoi,
Et de loin on entend cette harmonie ailée
Qui glace l’homme plein de désir et d’effroi.

Tu t’approches de lui, les lèvres souriantes ;
De ta chair parfumée émane le péril ;
Tu l’appelles encor de tes mains suppliantes ;
Il est sous le pouvoir de ton charme subtil.

Inconscient, il suit la forme enchanteresse,
Oubliant son foyer, le bonheur du retour,
Et les serments qu’il fit à sa jeune maîtresse :
Tu le tiens désormais dans tes filets d’amour ;

Mais il s’abîme au fond de l’onde impitoyable,
Il voit confusément l’épouvante des mers,
Des cadavres meurtris sur leur couche de sable,
Les crabes jaillissant de crânes entrouverts.

Il veut se libérer de sa prison mouvante,
Il tend ses bras vaincus vers l’horizon d’airain,
Puis meurt dans un sanglot. Et la douce voix chante,
Car une autre victime éclaire le lointain.

(Renée Vivien)

 

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Gravités de la Solitude (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



 


    
Gravités de la Solitude

Je vis dans le farouche exil
De la volupté qui s’isole,
Et le rythme de ta parole
Fait rire en moi les chants d’avril.

J’aspire les fraîcheurs nocturnes
Et la langueur de ton repos,
Dans l’ombre de tes yeux mi-clos
Et sur tes lèvres taciturnes.

Le sanglot lointain des douleurs
Ne trouble plus la quiétude
De notre étrange solitude,
Ivre de musique et de fleurs.

Ah ! les soirs de fauve agonie,
Versant les rayons violets !
Ah ! les échos et les reflets
Des temples lascifs d’Ionie !

(Renée Vivien)

 

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Vous qui savez aimer (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Eugène Louis Lami
    
Vous qui savez aimer, vous qui savez comprendre,
Oh ! Ne vous laissez pas décourager en vain,
Poète dont le coeur, à la fois triste et tendre,
Vibre à chaque émotion du vaste coeur humain !

Gardez toujours en vous la frêle poésie,
Gardez toujours en vous son doux rythme touchant,
Ecoutez bien la voix, âme qu’elle a choisie ;
Gardez toujours en vous la lumière et le chant !

Gardez toujours en vous cet idéal suprême,
La noblesse de l’âme avec celle du coeur ;
Que votre vie soit la poésie même !
Et soyez de vous-même et du monde vainqueur !

Que rien ne vous attriste et ne vous décourage.
Sachant que vous avez l’harmonie et l’amour ;
Persévérez toujours ! — Ayant le grand message
Que chantait autrefois le moindre troubadour.

Oh ! Le monde a toujours été dur aux poètes !
Car la réalité tuait leur idéal,
Mais vous, — Ah ! Soyez grand ! Que tout ce que vous faites
Ait l’élan victorieux d’un hymne triomphal !

Et songez, quand parfois vous êtes seul et triste,
Que votre vie, hélas ! comprime votre coeur,
Ce coeur plein d’harmonie et de rêves d’artiste,
Songez que tout cela doit vous rendre meilleur !

Songez que cette vie ennoblit, ô poète !
Songez que chaque épreuve est un progrès de fait ;
Que c’est un pas de plus vers le sublime faîte ;
Songez que tout cela tend à rendre parfait.

Si votre force, hélas ! parfois s’est endormie,
Qu’à peine vous pouvez rester fier et debout,
Souvenez-vous alors d’une petite amie
Qui saura vous comprendre et souffrir avec vous !

(Renée Vivien)

 

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Domination du Poème (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



    
Domination du Poème

Je subis tout mon sort… L’impérieux poème
Me domine à l’égal de la femme qu’on aime.

Amèrement jaloux, despotique et méchant,
Voici que vient régner, sur mon âme, le chant.

Servilement je sers l’impérieux poème,
Mille fois plus aimé que la femme qu’on aime.

Qu’il soit méchant, qu’il soit tyrannique et jaloux,
On ne l’en sert que plus promptement, à genoux !…

(Renée Vivien)

 

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Mon Paradis (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Mon Paradis

MON Paradis est un doux pré de violettes
Où le chant régnera sur des âmes muettes.
Mon ciel est un beau chant parmi les violettes.
Mon Ciel est la très calme éternité du soir

Où le regard se fait plus profond pour mieux voir
Et c’est l’Eternité dans le ciel d’un beau soir…
Mon Paradis est une éternelle musique.
Qui s’exhale divine allégresse rythmique…

Mon Paradis est le règne de la musique…
Car ce sera, là-haut, le triomphe du chant,
Le règne de la paix dans le Ciel du couchant,
Où rien ne survit plus que l’amour et le chant.

(Renée Vivien)

Illustration: Alphonse Osbert

 

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Danses sacrées (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Danses sacrées

DE leurs tendres pieds les femmes de la Crète
Ont pressé la fleur de l’herbe du printemps…
Je les vis livrer à la brise inquiète
Leurs cheveux flottants.
Leurs robes avaient l’ondoiement des marées.
Elles ont mêlé leurs chants de clairs appels
En rythmant le rire et les danses sacrées
Autour des autels.

(Renée Vivien)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

 

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Il y a mieux (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017




    
Il y a mieux que ces faces amères,
que ces crises trop voyantes de misère
où le front se pose contre la vitre
de toute sa pierre sans larmes,

où le soleil reste sur les murs
sans pouvoir se détacher du soir,
où le vent sépare sans bruit
des plantes qui se referment sur lui.

J’oublie qu’il faut mourir parmi les herbes
entourées d’une écorce de soleil,
parmi ceux qui reviennent des champs
d’un pas familier pour la terre et le soir

parmi les chants qui se joignent
au-dessus des chemins, au-dessus de la nuit,
parmi les bois qui font du ciel
tant de regards sans visage, ni chaleur

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Oiseau oiseau (Rabah Belamri)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Marc Chagall

    

oiseau oiseau
l’oeil n’a pas vu tes couleurs
l’oreille n’a pas entendu ton chant
pourtant il n’est contrée que tu ne traverses
fenêtre où tu ne manges
ton ombre plane sur nos fronts
et nous jouons à t’oublier

(Rabah Belamri)

 

Recueil: Corps Seul
Editions: Gallimard

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