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Poésie

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: René Magritte

 

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L’île-centre perdue (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



La floraison du bâton

[31]
Et la fleur, ainsi contenue
dans la graine ou le grain infiniment petit,

s’ouvrit pétale après pétale, un cercle,
et chaque pétale était séparé

et pourtant maintenu, pour ainsi dire,
par quelque force d’attraction

à son centre dynamique ;
et le cercle continua à grandir

et continuerait à s’ouvrir
il le savait, à l’infini ;

mais avant de se perdre,
complètement hors-du-temps,

il vit les îles des Bienheureux,
il vit les Hespérides,

il vit les cercles et les cercles d’îles
autour de l’île-centre perdue, Atlantis ;

il vit ce que la légende sacrosainte
disait encore exister,

il vit le pays des bienheureux,
les terres promises, perdues ;

lui, dans cette demi-seconde, vit
toute la portée tout le dessein

de notre et de sa civilisation ici,
sur sa et notre terre, avant Adam.

[32]
Et il vit tout cela comme agrandi sous un verre solaire ;
il vit tout cela dans les plus petits détails,

les falaises, les quais, la citadelle,
il vit les navires et les routes maritimes

toutes les rivières, les ponts et les habitations
et les terrasses et les jardins intérieurs suspendus ;

il vit les nombreuses colonnes et la pierre du Foyer
et même le feu qui brûlait dans le Grand Foyer,

et dans tout cela un bruit comme de grandes eaux,
des rivières qui coulaient, fontaines et vagues se brisant sur les rochers,

et bien que ce fut à très grande échelle,
c’était aussi petit et intime,

le Paradis
avant Ève.

[33]
Et il entendit, pour ainsi dire, l’écho
d’un écho dans un coquillage,

des mots ni chantés ni psalmodiés
mais prononcés en rythme ;

les syllabes de ce charme ainsi renvoyées
ne correspondaient au son

d’aucun mot qu’il eût jamais entendu,
et Kaspar était un grand voyageur,

un voyageur célèbre ;
mais il comprenaient les mots

bien que le son fût autre
que ceux auxquels nos oreilles sont habitués,

le ton était différent
pourtant il le comprenait ;

il se traduisait tout seul
tout en transmuant son message

dans spirale après spirale du coquillage
de la mémoire qui nous lie encore

aux cités englouties de la pré-histoire ;
Kaspar comprenait et son cerveau traduisait :

Lilith née avant Ève
et celle née avant Lilith,
et Ève ; nous trois pardonnées,
nous sommes trois des sept
démons chassés d’elle.

[34]
Puis en laissant retomber son bras
pendant la seconde demi-seconde,

son esprit le lui avait soufflé,
tout comme si son esprit

se devait de distinguer nettement,
de définir clairement les limites de la beauté ;

haies et clôtures et forteresses
doivent défendre le secret le plus profond,

même les haies et forteresses de l’esprit;
ainsi pensa son esprit,

bien qu’il eût l’esprit ailleurs
et que son corps fonctionnât, mais lui-même ;

lui-même n’était pas là ;
et son esprit formula la pensée,

la dernière défense interne
d’une citadelle, à présent perdue,

il était inconvenant qu’une femme
apparaisse en désordre, échevelée;

il était inconvenant qu’une femme
apparaisse, tout simplement.

[35]
Ce qu’il pensait était en contradiction directe
avec ce qu’il comprenait,

ce qu’il voyait était une femme discrète,
nouant un foulard,

et une femme imprévisible
se glissant dehors ;

nous ne savons pas si lui-même
la suivit ou pas

avec la jarre d’albâtre ; nous savons seulement
que la myrrhe ou le baume d’aspic de grand prix, était à Kaspar,

nous savons seulement que tout cela fut si vite terminé,
le festin, les rires.

***

As he stooped for the scarf, he saw this,
and as he straightened, in that half-second,

he saw the fleck of light
like a flaw in the third jewel

to his right, in the second circlet,
a grain, a flaw, or a speck of light,

and in that point or shadow,
was the whole secret of the mystery;

literally, as his hand just did-not touch her hand,
and as she drew the scarf toward her,

the speck, fleck, grain or seed
opened like a flower.

And the flower, thus contained
in the infinitely tiny grain or seed,

opened petal by petal, a circle,
and each petal was separate

yet still held, as it were,
by some force of attraction

to its dynamic centre;
and the circle went on widening

and would go on opening
he knew, to infinity;

but before he was lost,
out-of-time completely,

he saw the islands of the Blest,
he saw the Hesperides,

he saw the circles and circles of islands
about the lost centre-island, Atlantis;

he saw what the sacrosanct legend
said still existed,

he saw the lands of the blest,
the promised lands, lost;

he, in that half-second, saw
the whole scope and plan

of our and his civilization on this,
his and our earth, before Adam.

And he saw it all as if enlarged under a sun-glass;
he saw it all in minute detail,

the cliffs, the wharves, the citadel,
he saw the ships and the sea-roads crossing

and all the rivers and bridges and dwelling-houses
and the terraces and the built-up inner gardens;

he saw the many pillars and the Hearth-stone
and the very fire on the Great-hearth,

and through it, there was a sound as of many waters,
rivers flowing and fountains and sea-waves washing the sea-rocks,

and though it was all on a very grand scale,
yet it was small and intimate,

Paradise
before Eve …

And he heard, as it were, the echo
of an echo in a shell,

words neither sung nor chanted
but stressed rhythmically;

the echoed syllables of this spell
conformed to the sound

of no word he had ever heard spoken,
and Kaspar was a great wanderer,

a renowned traveller;
but he understood the words

though the sound was other
than our ears are attuned to,

the tone was different
yet he understood it;

it translated itself
as it transmuted its message

through spiral upon spiral of the shell
of memory that yet connects us

with the drowned cities of pre-history;
Kaspar understood and his brain translated:

Lilith born before Eve
and one born before Lilith,
and Eve; we three are forgiven,
we are three of the seven
daemons cast out of her.

Then as he dropped his arm
in the second half-second,

his mind prompted him,
even as if his mind

must sharply differentiate,
clearly define the boundaries of beauty;

hedges and fences and fortresses
must defend the innermost secret,

even the hedges and fortresses of the mind;
so his mind thought,

though his spirit was elsewhere
and his body functioned, though himself,

he-himself was not there;
and his mind framed the thought,

the last inner defence
of a citadel, now lost,

it is unseemly that a woman
appear disordered, dishevelled,

it is unseemly that a woman
appear at all.

What he thought was the direct contradiction
of what he apprehended,

what he saw was a woman of discretion,
knotting a scarf,

and an unpredictable woman
sliding out of a door;

we do not know whether or not
he himself followed her

with the alabaster jar; all we know is,
the myrrh or the spikenard, very costly, was Kaspar’s,

all we know is that it was all so very soon over,
the feasting, the laughter.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Catherine Abel

 

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Précédé de son odeur (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2017



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Précédé de son odeur
à nouveau le vent du sud

Sa lumière chantée
Ses midis de plénitude

Sous la lune l’étrange
silence des clairières

(Georges Bonnet)

 Illustration

 

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D’ où vient cette aubade câline (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2015



D’ où vient cette aubade câline

D’où vient cette aubade câline
Chantée-on eût dit-en bateau,
Où se mêle un pizzicato
De guitare et de mandoline ?
Pourquoi cette chaleur de plomb
Où passent des senteurs d’orange,

Et pourquoi la séquelle étrange
De ces pèlerins à froc blond ?
Et cette dame quelle est-elle,
Cette dame que l’on dirait
Peinte par le vieux Tintoret
Dans sa robe de brocatelle ?
Je me souviens, je me souviens :
Ce sont des défuntes années,
Ce sont des guirlandes fanées
Et ce sont des rêves anciens !

(Jean Moréas)

Illustration: Giovanni Battista Tiepolo

 

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Ode III (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2015



myrte en fleurs

Ode III

En ces âges maudits insultant aux chimères,
Pareils aux hurlements impurs des filles soûles,
Jusqu’à vos pieds d’argile, ô gloires éphémères,
Montent les hosannas sacrilèges des foules.

Mais, sous les myrtes blancs de la sainte Délos
Que baigne l’archipel de ses flux et reflux,
Je crois ouïr mon nom éclatant dans les los
Chantés, en le futur, aux poètes élus.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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