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Poésie

Posts Tagged ‘chantonner’

Oublier (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019



    
Oublier

À force d’oubli de patience et d’absence
en n’écoutant plus rien de ce qui vient du dehors
en fermant les yeux sans les serrer trop fort
je me suis fait caillou galet herbe des bords
et la cascade amie riait dans mes pensées

L’eau fraîche murmurait dans ma nuit légère
Elle élevait la voix sur mes passages à gué
chantonnait en tournant dans les creux de ma rive
suscitait un juillet brûlant des moucherons une truite
La nuit dans ma main buvait l’oubli-chagrin

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’entendais ne pas chanter bien haut (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2018




    
j’entendais ne pas chanter bien haut
chantonner à peine muser
c’est un beau mot
la muse se promène

l’entends-tu ? elle disparaît
dans un bruissement de feuilles
on en voit deux ou trois qui dansent
elles décorent le silence

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Revermont
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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Le remords (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Atsushi Suwa 0111

Le remords

Vais-je traîner toute ma vie
en moi cette sorte de litanie
qui ne me laisse point de repos
et met ma conscience en morceaux ?

Car voyez-vous, quoi que je fasse,
toujours quelque chose me tracasse
et mes actes les plus louables
au fond de moi me crient : coupable !

Coupable je suis, sachez-le.
Comment, pourquoi importent peu
car mes réponses mille fois reprises
sans fin en moi se contredisent.

Coupable je suis de telle sorte
qu’à y penser toute chose me porte
et mes regrets sempiternels
me sont punition éternelle.

Ainsi donc, n’ayant nulle paix,
de moi-même faisant le portrait,
je rumine l’énumération
de mes actions et inactions…

J’adore me prélasser au lit,
lisant, me cultivant l’esprit.
Mais le remords, comme un démon,
sitôt m’insuffle son poison.

Alors je m’attèle à la tâche
et comme une brute, fais le ménage,
mais en même temps je me répète :
ma fille, tu seras toujours bête !

Je veux, ai-je raison ou tort ?
aussi m’occuper de mon corps
pour être épouse désirable
d’un effet quelque peu durable.

Mais dès qu’à mes soins je m’adonne,
une voix perfide me chantonne :
tu as raison, ne pense qu’à toi,
ils attendront pour le repas !

Alors, retrouvant mes casseroles,
échevelée et l’air d’une folle,
je me redis dans un sermon :
toujours seras-tu une souillon ?

Parfois, avide de détente,
je me complais à ce qui tente,
croyant voler quelques bonnes heures
au temps à consacrer ailleurs.

Mais au lieu de me réjouir,
je ne cherche qu’à troubler ma fête
car de mes cent tâches non faites,
je me punis comme à plaisir !

Ainsi donc, n’ayant nulle paix…
De moi-même faisant le procès…

(Esther Granek)

Illustration: Atsushi Suwa

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Automne (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018




    
Automne

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux
Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise
Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises.

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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POMME (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018




    
POMME

Lents nos jours comme les boeufs
qui bavaient sur leurs fanons.
En haut du tremble frémissent
les lueurs qu’on voit dans les mares.

La pomme avariée qui tombe
fait s’envoler un oiseau.

Au loin chantonne un tracteur.
Une odeur de terre se mêle
à l’odeur des pailles.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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La plage était pâle silencieuse (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018




    
La plage était pâle silencieuse
immobile je regardais
les rides bleues qui ondulaient —
et le vent qui chantonnait.

Je savais qui était près de moi
toute en blanc et le visage
d’un rosé de rose lisse —
et le soleil brillait très fort.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Mes cuisses s’écartent (Ariane Dreyfus)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
Mes cuisses s’écartent devant ta main
Tes doigts se mouillant deviennent lumineux

Ce sont des moments comme de chantonner
Ce que je sens j’y pense fort à toi

Il faut toujours s’arrêter en chemin
Un simple contact la scintillation

Mon ventre n’est pas vide tu es si heureux

(Ariane Dreyfus)

 

Recueil: Iris c’est votre bleu
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Boeuf écorché (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018


chagall-boeuf-ecorche

 

C’est de la viande où passait le sang, de la viande
Où tremblait la miraculeuse,
L’incompréhensible chaleur des corps.

Il y a encore
Quelque chose de la lueur du fond de l’oeil.
On pourrait encore caresser ce flanc,
On pourrait encore y poser la tête
Et chantonner contre la peur

(Guillevic)

 

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LES BRODEUSES (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Charles Frederic Ulrich
    

LES BRODEUSES

Un geste engendre un autre geste mémorable
Sous la lampe. Les brodeuses
Filent l’or dans le temps régulier des horloges.
Ce soir encore le temps oscille et nous ne savons pas
Quelle heure dans la nuit toute proche s’avance.
Pour qui l’ouvrage sur vos genoux, Marie ?
Hier, dans le sillon, Novembre a découvert
Une hache rouillée perdue dans la ténèbre.
Toujours le même geste de vos mains, sous la lampe qui tremble,
Puis les ciseaux détachent le fil de la bobine, vivement
Dans la chambre à côté, l’enfant s’est endormi,
Ignorant de la mort, bercé
Par la voix qui chantonne.
La moisson lèvera sur le sol où l’on a combattu,
Les grains se mêleront aux souvenirs des morts.
Vous n’avez pas sourcillé quand il a dit : voici
Ce que la herse a fait surgir de la vieille terre.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rien ne s’annonce (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2018



Illustration: Ravary Roussot
    
rien ne s’annonce
mon silence est muet
mais je demeure en attente
prêt à capter ce qui va sourdre

soudain des mots
surgissent s’assemblent
et lentement
au profond de la nuit
les murs s’élèvent

une maison basse et retirée
où chantonne
en permanence le vivifiant
murmure de la source

où celui qui s’est perdu
pourra venir se rejoindre
retrouver son visage
renouer avec son sang

Apaisement

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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