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L’Amour de Jérusalem (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



L’Amour de Jérusalem

Il y a une rue où l’on ne vend que viande rouge
et une rue où l’on ne vend qu’habits et parfums.
Il y a des jours où je ne vois qu’êtres jeunes et beaux,
et des jours où je ne vois qu’infirmes, aveugles,
lépreux, faces convulsées et rictus.

Ici on construit une maison et là on détruit
ici on creuse la terre
et là on creuse le ciel,
ici on s’assoit et là on marche
ici on hait et là on aime.

Mais celui qui aime Jérusalem
dans les guides touristiques ou les livres de prières
ressemble à celui qui aime une femme
selon le Kama sutra.

Parfois Jérusalem est une ville de couteaux :
même les espoirs de paix sont affûtés pour trancher dans
la difficile réalité, ils s’émoussent ou se cassent.

Les cloches des églises font tellement d’efforts de paix
qu’elles deviennent lourdes, comme un pilon qui broie
dans le mortier
des voix lourdes, graves et remuantes.

Et lorsque
le chantre et le muezzin entonnent leur chant
surgit le cri tranchant :
notre seigneur notre Dieu à tous est un Dieu
un et affûté.

(Yehuda Amichai)

 

 

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Chanson pour mon lecteur (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Tu ne trouveras pas, Lecteur,
dans cet album de chansons, ma préférée.

Elle se cache ailleurs,
dans le vent dorant tes cils.
Ce regard qu’elle aère…

Il faut bien qu’une fois endormi,
tu entendes ma chanson…

Je ne suis pas le chantre de la nuit.
Je suis où tu ris, ton rire;
là où tu pleures,
la guêpe émerveillée de tes larmes.

Tout le suc du monde sur tes lèvres.
Il faut bien qu’une fois réveillé,
tu chantes ma chanson…

(Edmond Jabès)

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MON SANG (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2016



MON SANG

Le bouillon de mon sang dans lequel je patauge
Est mon chantre, ma laine, mes femmes.
Il est sans croûte. Il s’enchante, il s’épand.
Il m’emplit de vitres, de granits, de tessons.
Il me déchire. Je vis dans les éclats.

Dans la toux, dans l’atroce, dans la transe
Il construit mes châteaux
Dans des toiles, dans des trames, dans des taches
Il les illumine.

(Henri Michaux)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Michel Devillers 

 

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La Grenouille (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015


grenouille

 

La lune
file sa quenouille
pour les gre-
-nouilles du château.

Quand il mouille,
la grenouille rouge
chante à tra-
-vers les écluses d’eau;

avec
son ventre d’argent,
son dos vert, nageant
au fil de la lune.

La grenouille songe…

Les grenouilles sont
les chantres des songes.

(Maurice Fombeure)

 

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