Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘chaos’

SEUL (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

SEUL

Ils me plaignent :
« Le voilà qui prend son bâton
Et sort tout seul.
Il nous fuit. Voyez ses yeux étranges.
Il n’emporte pas même un livre. Que fait-il ?
Est-ce un méchant ? Un révolté ? Est-ce un malade ? »
Seul, belle route blanche,
Entre tes bas-côtés pleins d’herbes et de fleurs;
Sur tes cailloux qui content de si vieilles histoires!

Seul, forêt, avec l’écorce bleue de tes sapins;
Avec ton vent qui sait parler à tous les arbres;
Avec tes processions de fourmis qui entraînent
Des petits corps de scarabées.

Seul, avec vous, prairies imbibées de soleil,
Pleines de bruits, de cris et de têtes dressées.

Seul parmi vous, mouches, émerillons, milans,
Buses, sources, rochers, crevasses, ronces,
Brumes, nuages, brouillards, aiguilles, cimes, abîmes.
Chaleur, odeurs, ordre, chaos, désordre,
Parmi les dialogues que vos bouches rivales
Ne cessent d’échanger!

Seul avec mon bâton, seul avec ma fatigue,
Ma poussière, mes tempes qui battent, mon vertige,
Et la fière sueur qui colle sur ma peau.

(André Spire)

Illustration: Lahitte

 

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La Naissance d’Aphrodite (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes
Où roulaient sans mesure et l’Espace et le Temps ;
Puis Gaia, favorable à ses fils les Titans,
Leur prêta son grand sein aux mamelles fécondes.

Ils tombèrent. Le Styx les couvrit de ses ondes.
Et jamais, sans l’éther foudroyé, le Printemps
N’avait fait resplendir les soleils éclatants,
Ni l’Été généreux mûri les moissons blondes.

Farouches, ignorants des rires et des jeux,
Les Immortels siégeaient sur l’Olympe neigeux.
Mais le ciel fit pleuvoir la virile rosée ;

L’Océan s’entr’ouvrit, et dans sa nudité
Radieuse, émergeant de l’écume embrasée,
Dans le sang d’Ouranos fleurit Aphrodité.

(José-Maria de Hérédia)

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CECI (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018


 


Ernest Pignon-Ernest

 

CECI

(…)

Ceci fut un vivant
Cette chose fut une personne

Ce sang dilapidé sur le bitume
s’ordonnait, hier encore, dans un réseau de veines
retissait, hier encore, la loi de l’existence

Ce coeur-sentinelle
s’est raidi sous le plomb

Ce sac-à-vermine
abritait des entrailles
où s’ouvrait le plaisir
où germinait la vie

Un rictus a drainé toute la pulpe de ces lèvres
Ces orbites-à-fourmis logeaient oeil et regards.

Ceci fut un vivant
Cette chose fut une personne

L’esprit travaillait cette motte d’indifférence
La parole soulevait cette forme interrompue.

La femme vêtue de noir
tremble dans la tourmente
hurle dans le chaos

S’agglutine aimantée
à ce profil d’écorce
à cette main qui stagne
à ce marécage d’humeurs
à ce balluchon putride

à ce « Toi, que j’appelle
et qui ne sera plus ! »

(Andrée Chedid)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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Comment la confiance peut-elle vivre ? (Karyn Boyle)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



Comment la confiance peut-elle vivre ?

Autour de nous tout s’effondre
et s’effondrera plus encore
jusqu’à ce qu’il ne reste pas pierre
pour soutenir notre pied.
Comment peux-tu croire encore,
toi qui n’as pas d’objet de foi ?
Comment la confiance peut-elle vivre
ainsi, sans aucune racine ?

Est-elle elle-même racine ?
Est-elle elle-même la graine
et l’arbre du monde lui-même croît-il
d’elle ?
En ce cas notre destin réside
chez les cœurs taciturnes.
Pour l’amour de leur silence
le jour peut poindre de nouveau.

Pour l’amour de leur plénitude
le chaos peut fleurir
de la puissance des merveilles – qui se taisent
mais veulent être crues.
Tout peut être brisé.
Il guérira de nouveau
tant que reste vivant
notre germe le plus intime.

Venez, tout ce qui croît intégralement
dans une transparente évidence,
à nous, nous qui comptons
et sommes sur nos gardes,
apprenez-nous que ce jour
où nous cesserons de compter
sera l’accomplissement de notre vie
et notre puissance d’avenir !

(Karyn Boyle)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

 

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Le sommeil (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Le sommeil

La nuit nous dicte sa tâche magique.
Détisser les mailles de l’univers,
les ramifications inépuisables
des effets et des causes, qui se perdent
dans ce vertige insondable, le temps.
La nuit exige que cette nuit même
tu oublies ton nom, ton sang, tes ancêtres,
chaque parole humaine et chaque larme,
ce que la veille a pu te révéler,
le point illusoire des géomètres,
la ligne, le cube, la pyramide,
et plan, sphère, cylindre, mer et vagues,
ta joue sur l’oreiller et la fraîcheur
du drap neuf…
les empires, les César et Shakespeare
et, plus difficile, ce que tu aimes.
Étrangement un comprimé pourra
gommer le cosmos, créer le chaos.

(Jorge Luis Borges)

 

 

 

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NÉBULEUSE DU CANCER (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Nébuleuse du Cancer

NÉBULEUSE DU CANCER
« Ton intellect a sa demeure
dans une grande masse lumineuse. »
(Bardo Thödol)

Dans ce lumineux chaos je
vis et jouis de mon être
dans cette masse incandescente
d’où pourrait naître un univers

dans ce lumineux chaos je
ne pense ni ne sens, mais suis
mêlé à ce tourbillon de matière
la forme que j’étais ne me renferme plus
celle que je serai — pas même imaginée

*

THE CRAB NEBULA
« Your intellect dwells
in a great luminous mass. »
(Bardo Thödol)

In this lighted chaos I
live and move and have my being
in this mass of incandescence
the birthplace of a world perhaps
at least of a dancing star

in this lighted chaos I
no longer think or feel but am
involved in this swirling matter
the form I was no longer holding me
the form I will be not even imagined

(Kenneth White)

Illustration

 

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JEUNESSE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



 

Akitaka Ito  rl

JEUNESSE

Jeunesse
Qui oscille
Entre chaos et clartés

Même si les rivières sont rares
Les réponses opaques
Les labours sans fruits
Et les coeurs dénudés

Tu cultiveras le partage
Brasseras des alluvions
Érigeras des lieux réconciliés.

Le Silence échappe
A l’éboulement du temps

Résorbant
La parole en charpies
Et le visage en miettes

Le Silence
Accourt vers les terrasses du souffle
Pour s’unir à l’amour

(Andrée Chedid)

Illustration: Akitaka Ito

 

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CHERCHER (Jean-Luc Pouliquen)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2018



 

CHERCHER

(…)
Chercher
au-delà du mensonge
de l’ombre des charniers
dans la complainte des peuples
et la musique des feuillages
Est-elle si loin
l’aurore fraternelle
la liberté gagnée
au chaos déferlant?

(Jean-Luc Pouliquen)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Chelin Sanjuan

 

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En cherchant l’oeil de Dieu (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



 

En cherchant l’oeil de Dieu, je n’ai vu qu’un orbite
Vaste, noir et sans fond, d’où la nuit qui l’habite
Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours ;
Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l’ancien chaos dont le néant est l’ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les Jours !

(Gérard de Nerval)

 

 

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MON NOIR TOURMENT DE TOI (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



MON NOIR TOURMENT DE TOI

De la saoule ténèbre au soleil méridien
Chaque fois que j’arrive à me tenir debout
Entre les morts pour un futur tranquillisant
Tout un jeu de poulies fait osciller le ciel

Dans le chaos des murs des enceintes de craie
J’appuie contre la nuit mon front troué de paille
Les oiseaux décharnés par la fièvre des îles
Blessent à coups de bec mon noir tourment de toi

La main abandonnée au vieil arceau denté
Ma douleur a nourri la mâchoire de squale
Ancrée à cet amour qui survit au malheur

Ecume primitive où naissent les soleils
Le jour à petits coups éponge la blancheur
De l’aube pour guetter la marche de la guerre

De toits en toits la peur sautille sur la ville
Serrée dans le corset des reines violées
Pour mourir sur le dur abdomen des galets

Sous les paupières nues les larmes vaticinent
Ton ombre sort de la giboyeuse mémoire.

(Albert Ayguesparse)

Illustration

 

 

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