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Poésie

Posts Tagged ‘chaos’

Toute lutte (Khalil Gibran)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2017




    
Toute lutte dans la vie
n’est que chaos qui aspire à l’ordre.

La solitude est une tempête de silence
qui arrache toutes nos branches mortes.

(Khalil Gibran)

 

Recueil: Le sable et l’écume

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JAMAIS (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2017



 

JAMAIS

Jamais ne fut pareille solitude
Depuis que l’homme est sorti de ses bois.
Ilot cerné par une mer sans voiles
L’esprit connaît que l’horizon s’est tu.

Chacun là-bas, blotti dans son refuge,
Respire à peine et tremble de penser.
Le monde est fait de lèvres qui se figent
Et de regards peureusement baissés.

C’est chaque nuit qu’avant la prime aurore
Le compagnon est renié trois fois.
Les amitiés, les serments et les fois
Croulent, et le chaos crève de rire.

(Jules Romains)

 

 

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Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout et que tous les Morts, gisent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
]e sentais – ramper — des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire —

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit —

Quand tout ce qui tictaque — stoppe —
Et que partout — bée l’espace —
Ou que l’Affreux gel — aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant —

Mais, surtout, le Chaos — Sans bornes — froid —
Sans une Chance, ou un espar —
Ni même l’Annonce d’une Terre —
Pour justifier – le Désespoir.

***

It was not Death, for I stood up,
And all the Dead lie down —
It was not Night for all the Bells
Put out their Tongues, for Noon.

It was not Frost, for on my Flesh
I felt Siroccos — crawl —
Nor Fire – for just my marble feet
Could keep a Chancel, cool —

And yet, it tasted like them all,
The Figures I have seen
Set orderly, for Burial
Reminded me, of mine —

As my life were shaven,
And fitted to a frame,
And could not breathe without a key,
And ’twas like Midnight, some —

When everything that ticked — has stopped —
And spaces stares — all around —
Or Grisly frosts — first Autumn morns,
Repeal the Beating Ground —-

But, most, like Chaos — Stopless — cool —
Without a Chance, or spar —
Or even a Report of Land —
To justify — Despair

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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JE VEUX (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2017



    

JE VEUX

Je veux que chaque jour de l’année
chaque jour de la vie
de demi-heure en demi-heure
de cinq en cinq minutes
tu me dises: Je t’aime.
En t’entendant dire : Je t’aime,

je crois, sur le moment, que je suis aimé.
Dans le moment précédent
et dans le suivant,
comment le savoir?

Je veux que tu me répètes jusqu’à exhaustion
que tu m’aimes que tu m’aimes que tu m’aimes.
Faute de quoi s’évapore l’aimance
car en disant: Je t’aime,
tu démens
tu effaces
ton amour pour moi.

J’exige de toi le perpétuel communiqué.
Je n’exige que cela,
cela toujours, cela toujours davantage.

Je veux être aimé par et dans ta parole
et ne connais, en dehors d’elle, d’autre manière
de reconnaître le don amoureux,
la parfaite manière de se savoir aimé :
amour à la racine de la parole
et dans son émission,
amour
bondissant de la langue nationale,
amour
changé en son
vibration spatiale.

Dans le moment où tu ne me dis pas :
Je t’aime,
inexorablement je sais
que tu as cessé de m’aimer
que jamais tu ne m’as aimé auparavant.

Si tu ne me dis pas urgent répété
je t’aimaimaimaimaime,
vérité fulminante que tu viens juste d’inventer,
je me précipite dans le chaos,
cette collection d’objets de non-amour.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Que portent (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Que portent
les sept branches cosmiques?

les fleurs du vide
les merveilleux fruits du chaos
les feuilles du temps
les bourgeons de l’espace

les vois-tu?
elles me voient.

(Aïcha Arnaout)

Recueil: L’inventaire des choses (Anthologie)
Traduction: Aïcha Arnaout
Editions: Action Poétique

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Ô dé du hasard (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2017



Ô dé du hasard
Pourquoi me conseilles-tu de m’asseoir
sur le siège de la nécessité?

Emporte-moi dans tes bras chaos
J’ai décidé de changer mon quotidien
d’acquérir le savoir sur le nombril du monde

(Adonis)

 

 

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LES RUINES DE MEXICO (ÉLÉGIE DU RETOUR) (José Emilio Pacheco)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



 

LES RUINES DE MEXICO
(ÉLÉGIE DU RETOUR)

1
Absurde est la matière qui s’écroule,
la matière pénétrée de vide, la creuse.
Non : la matière ne se détruit pas,
la forme que nous lui donnons se désagrège,
nos oeuvres se réduisent en miettes.

2
La terre tourne, entretenue par le feu.
Elle dort sur une poudrière.
Elle porte en son sein un bûcher
un enfer solide
qui soudain se transforme en abîme.

3
La pierre profonde bat dans son gouffre.
En se dépétrifiant, elle rompt son pacte
avec l’immobilité et se transforme
en bélier de la mort.

4
De l’intérieur vient le coup,
la morne cavalcade,
l’éclatement de l’invisible, l’explosion
de ce que nous supposons immobile
et qui pourtant bouillonne sans cesse.

5
L’enfer se dresse pour noyer la terre.
Le Vésuve éclate de l’intérieur.
La bombe monte au lieu de descendre.
L’éclair jaillit d’un puits de ténèbres.

6
Il monte du fond, le vent de la mort.
Le monde tressaille en fracas de mort.
La terre sort de ses gonds de mort.
Comme une fumée secrète avance la mort.
De sa prison profonde s’échappe la mort.
Du plus profond et du plus trouble jaillit la mort.

7
Le jour devient nuit,
la poussière est soleil
et le fracas remplit tout.

8
Ainsi soudain se casse ce qui est ferme,
béton et fer deviennent mouvants,
l’asphalte se déchire, la ville et la vie
s’écroulent. La planète triomphe
contre les projets de ses envahisseurs.

9
La maison qui protégeait contre la nuit et le froid,
la violence et l’intempérie,
le désamour, la faim et la soif
se transforme en gibet et en cercueil.
Le survivant reste emprisonné
dans le sable et les filets de la profonde asphyxie.

10
C’est seulement quand il nous manque, qu’on apprécie l’air.
Seulement quand nous sommes attrapés comme le poisson
dans les filets de l’asphyxie. Il n’y a pas de trous
pour retourner à la mer d’oxygène
où nous nous déplacions en liberté.
Le double poids de l’horreur et de la terreur
nous a sortis
de l’eau de la vie.

Seulement dans le confinement nous comprenons
que vivre c’est avoir de l’espace.
Il fut un temps
heureux où nous pouvions bouger,
sortir, entrer, nous lever, nous asseoir.

Maintenant tout s’est écroulé. Le monde
a fermé ses accès, ses fenêtres.
Aujourd’hui nous comprenons ce que signifie
cette terrible expression : enterrés vivants.

11
Le séisme arrive et devant lui plus rien
ne valent les prières et les supplications.
Il naît de son sein pour détruire
tout ce que nous avons mis à sa portée.
Il jaillit et se fait reconnaître à son oeuvre atroce.
La destruction est son unique langage.
Il veut être vénéré parmi les ruines.

12
Cosmos est chaos, mais nous ne le savions pas
ou nous n’arrivions pas à le comprendre.
La planète descend-elle en tournant
dans les abîmes de feu glacé ?
Tourne-t-elle ou tombe-t-elle cette terre ?
Le destin de la matière est-il dans cette chute infinie ?

Nous sommes nature et rêve. C’est pourquoi
nous sommes ce qui descend toujours :
poussière dans les airs.

(José Emilio Pacheco)

Illustration

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N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



 

N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres
Effrayés, abandonnant nos syllabes à leur douceur
De peur d’éveiller les freux,
De peur d’arriver
sans bruit dans un monde d’ailes et de cris.

Enfants nous nous serions penchés
Pour attraper les freux endormis, sans briser de brindilles,
Et après une douce ascension,
Élevant nos têtes au-dessus des branches
Nous nous serions émerveillés des étoiles inaltérables.

Loin de la confusion, telle est la voie
Tel est le prodige que l’homme sait
Loin du chaos parviendrait la joie.

Cela est la beauté, disions-nous,
Enfants émerveillés par les étoiles,
Cela est le but, cela est le terme.

N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres

(Dylan Thomas)

Découvert chez Lara ici

Illustration

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Ce n’était pas la Mort (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
Je sentais – ramper – des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire –

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit –

Quand tout ce qui tictaque – stoppe –
Et que partout – bée l’espace –
Ou que l’Affreux gel – aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant –

Mais surtout, le Chaos – Sans bornes – froid –
Sans une Chance, ou un espar –
Ni même l’Annonce d’une Terre –
Pour justifier – le Désespoir.

(Emily Dickinson)


Illustration: Sabin Balasa

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Nous n’avons pas de langage pour les fins (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Nous n’avons pas de langage pour les fins,
pour la chute de l’amour,
pour les labyrinthes compacts de l’agonie,
pour le scandale bâillonné
des enlisements irrévocables.

Comment dire à celui qui nous abandonne
ou que nous abandonnons
qu’ajouter encore une absence à l’absence
c’est noyer tous les noms
et dresser un mur
autour de chaque image ?

Comment faire des signes à qui meurt,
quand tous les gestes se sont figés,
quand les distances se brouillent en un chaos imprévu,
que les proximités s’écroulent comme des oiseaux malades
et que la tige de la douleur
se brise comme la navette
d’un métier disloqué ?

Ou comment se parler tout seul
quand rien, quand personne ne parle plus,
quand les étoiles et les visages sont neutres sécrétions
d’un monde qui a perdu
le souvenir d’être monde ?

Peut-être un langage pour les fins
exige-t-il l’abolition totale des autres langages,
la synthèse imperturbable
de la terre brûlée.

A moins de créer un langage d’interstices,
capable de resserrer les moindres espaces
imbriqués entre le silence et la parole
et les particules inconnues sans désir,
qui seulement là promulguent
l’équivalence ultime
de l’abandon et de la rencontre.

***

No tenemos un lenguaje para los finales,
para la caída del amor,
para los concentrados laberintos de la agonía,
para el amordazado escándalo
de los hundimientos irrevocables.

¿Cómo decirle a quien nos abandona
o a quien abandonamos
que agregar otra ausencia a la ausencia
es ahogar todos los nombres
y levantar un muro
alrededor de cada imagen?

¿Cómo hacer señas a quien muere,
cuando todos los gestos se han secado,
las distancias se confunden en un caos imprevisto,
las proximidades se derrumban como pájaros enfermos
y el tallo del dolor
se quiebra como la lanzadera
de un telar descompuesto?

¿O cómo hablarse cada uno a sí mismo
cuando nada, cuando nadie ya habla,
cuando las estrellas y los rostros son secreciones neutras
de un mundo que ha perdido
su memoria de ser mundo?

Quizá un lenguaje para los finales
exija la total abolición de los otros lenguajes,
la imperturbable síntesis
de las tierras arrasadas.

O tal vez crear un habla de intersticios,
que reúna los mínimos espacios
entreverados entre le silencio y la palabra
y las ignotas partículas sin codicia
que sólo allí promulgan
la equivalencia última
del abandono y el encuentro.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Karen Lamonte

 

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