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Poésie

Posts Tagged ‘char’

Chanson de Gautama (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Chanson de Gautama

What is identity, and what is difference ? (NAGARJUNA)

Chaque pétale de la fleur
et chaque flocon de neige
entraînent la roue de la mort :
le un meurt, et naît le deux.

La cicatrice du cimeterre
qui coupe la soie volante,
sépare dans la réalité
ce qui dure et ce qui passe,

comme les yeux et les bouches
qui devinent et déjà tissent
leur royaume de vains visages,
leurs parcs de roses fictives.

Toute caresse est un miroir
qui nous montre des images,
toute question est le passage
de la parole au secret.

Amour, nostalgie finale
de terrasses et de jardins,
le son du flûtiste naît
de renoncer au baiser.

Pourquoi céder aux copies,
de tant de statues de soi,
si à la fin du chemin
ce qui se perd perdure ?

Un homme qui médite au pied
de l’arbre qui sera son signe,
sait que la route du pauvre
contient la route du roi,

et que dans le deuil constant
où meurt peu à peu le monde,
revient le délire d’être un
en pleine danse d’un autre.

Peut-être pour cela la fleur
nie la beauté du soleil,
comme dans le char de la lune
le blanc aurige nie Dieu.

Peut-être pour cela la voix
est le miroir du Miroir,
et l’homme, ce rêve divin,
monte en roulant dans le vide.

***

Canción de Gautama

Cada pétalo de la flor
y cada copo de la nieve
giran la rueda de la muerte:
el uno cesa, nace el dos.

El tajo de la cimitarra
que corta el vuelo del cendal
separa en toda realidad
lo que perdura y lo que pasa,

como los ojos y las bocas
al distinguir ya están hilando
su reino de perfiles vanos,
sus parques de fingidas rosas.

Toda caricia es el espejo
que nos propone a tanta imagen,
toda pregunta es el pasaje
de la palabra a otro secreto.

Amor, al final melancolía
de parques y terrazas, música
que sólo crece en la renuncia
al beso del sutil flautista.

¿Por qué ceder a tanta réplica,
a tanta estatua de sí mismo,
si en el resumen del camino
lo que se pierde es lo que queda?

El hombre que medita al pie
de un árbol que será su signo
sabe que al paso del mendigo
contiene ya el paso del rey,

y que de tan claro despojo
donde se va anulando el mundo
nace el delirio de ser uno
en plena danza de ser otro.

Por eso, acaso, está la flor
negando al sol en su hermosura,
como en el carro de la luna
el albo auriga niega a Dios.

Por eso acaso la palabra
es el espejo del Espejo,
y el hombre, ese divino sueño,
sube cayendo hacia la nada.

(Julio Cortázar)

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Qu’est-ce que ta bouche pour moi? (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Qu’est-ce que ta bouche pour moi?
Un calice d’encens douloureux,
Un buisson de feuilles ardentes,
Un haut navire enthousiaste,
Un frisson de sublimes flèches.

Qu’est-ce que tes seins pour moi?
Une fleur de prière nouvelle,
Un poème de lumière solide,
Un puits d’oiseaux frais,
Un arc tendu qui tremble.

Qu’est-ce que ton corps pour moi?
Un théâtre de pur silence,
Un char de vitesse rouge;
Et oh,les pieds imprécis
Des désirs aux mains blanches!

***

What is thy mouth to me?
A cup of sorrowful incense,
A tree of keen leaves,
An eager high ship,
A quiver of superb arrows.

What is thy breast to me?
A flower of new prayer,
A poem of firm light,
A well of cool birds,
A drawn bow trembling.

What is thy body to me?
A theatre of perfect silence,
A chariot of red speed;
And O,the dim feet
Of white-maned desires!

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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En mission à la frontière (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018



Illustration: Tachibana Morikuni
    
En mission à la frontière

Char solitaire sur les routes frontalières
Long-jour passé, voici les pays soumis
Herbe errante hors des murailles des Han
Oie sauvage égarée dans le ciel barbare

Vaste désert où s’élève, droite, une fumée
Long fleuve où se pose le disque du couchant
A la passe Désolée enfin une patrouille
Le quartier général? Au mont Hirondelles !

(Wang Wei)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Intolérable jour (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



Illustration
    
Intolérable jour.
Changer le sang contre de l’eau.

Les moissons crient le long des routes
où la poussière taille ses aveuglants manteaux,
chair répandue,
pavots vifs des chars.

Le soleil envolé
tire l’eau de nos puits
et les ruisseaux se taisent sous les joncs fascinés.

Le désir est déjà dans la proie convoitée
que la sueur habille
souffle dans les coeurs noirs et le sang plus épais
son espoir d’étincelle.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Le tombeau de Tchao-kiun (Chang Jian)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    
Le tombeau de Tchao-kiun

Elle n’eût point évité la mort
en restant au palais des Han,
Mais elle eût évité la douleur de mourir
seule loin de son pays,
Cette belle jeune fille
que ne purent racheter cent chameaux chargés d’or,
Et dont il reste à peine aujourd’hui
quelques ossements desséchés.

Le soir venu, nos chars furent retournés vers la frontière,
Mais les chevaux demeuraient immobiles,
personne ne se décidant à partir ;

Chacun maudissait
l’odieuse mémoire du peintre infidèle,

La lune nous surprit autour du tombeau ;
tous les yeux brillaient, mouillés de larmes.

(Chang Jian)

 

 

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Retouche à la gloire (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2017




    
retouche à la gloire

ivres des jeux du cirque
les heures assises sur les gradins du temps
dans le dédain des obléisques
guettent le heurt des chars l’éclat l’effondrement
le jour lèche un sable écarlate
la foule hurle un nom qui date

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Vestiaire des anges
Editions: Grasset

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La belle fête (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    
La belle fête

L’étoile qui tombit
— Pardieu la belle fête!
l’étoile qui tombit
le cheval qui sautit
le fleuve qui coulit
ils m’ont donné à rire
ils m’ont donné à rire
Bell’ dame!
à rire et à chanter.

La branche qui cassit
— Pardieu la belle fête!
la branche qui cassit
le cheval qui chutit
le char qui se rompa
le pont qui s’écroulit,
ils m’ont point tant fait rire,
ils m’ont point tant fait rire,
Bell’ dame!
tant rire que trembler.

La dame qui passit
— Pardieu la belle fête!

(Jean Tardieu)

 

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Char conduit (Pierre Della Faille)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
Char conduit

Épures.
Épure d’un char conduit.
Épure d’un char lancé.
Épure du fouet.
Tracé sur la course au-delà de parois.

Une caverne où se voit à travers le corps
et les astres hagards d’une nébuleuse.

Trajectoire du poète en lambeaux.

Quête de ce qui est après avoir été au seuil d’éclairs
encore lointains
– très lointains
– qui déchirent la robe de l’instant et du désir aux yeux éteints.

Voir à travers
– voir loin
– voir à travers des lueurs encore interdites
– encore interdites même à la femme déjà vieille qui sourit.

Poésie et danse fondent l’homme imaginal
– poésie jaillie du corps total, énergie et pensée
– danse relais de la pensée dans l’harmonie des corps.

Joie et rire : reconquérir joie et rire
– ô poète qui veut voir à travers son corps
avec des yeux éteints.

(Pierre Della Faille)

 

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Promenade (Li Chang-Yin)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
Promenade

Vers le soir, ne sachant où fixer ma pensée,
Je conduis mon char à travers la plaine antique.

La splendeur du soleil couchant est ineffable;
L’ombre du crépuscule s’approche comme à regret.

(Li Chang-Yin)

 

 

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Des chats errants (Atsuo Nasu)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



chats -4

Des chats errants
courent comme des fous —
Fin des grands froids

(Atsuo Nasu)

 

 

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