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OISEAUX DU MATIN (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



pie

OISEAUX DU MATIN

Je réveille la voiture
au pare-brise saupoudré de farine.
Je revêts mes lunettes de soleil.
Le chant des oiseaux s’obscurcit.

Tandis qu’un autre homme achète un journal
au kiosque de la gare
non loin d’un grand wagon de marchandises
entièrement rougi par la rouille
et qui scintille au soleil.

Pas de vides nulle part ici.

À travers la tiédeur printanière, un corridor glacial
où quelqu’un vient à grands pas
nous dire qu’on le diffame
même en plus haut lieu.

Par une porte dérobée dans le paysage
la pie arrive
noire et blanche. Oiseau de Hel.
Et le merle qui s’agite de-ci, de-là

jusqu’à charbonner tout le dessin,
à part ces habits blancs sur une corde à linge :
un choeur de Palestrina.

Pas de vides nulle part ici.

Merveille que de sentir mon poème qui grandit
alors que je rétrécis.
Il grandit, il prend ma place.
Il m’évince.
Il me jette hors du nid.
Le poème est fini.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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MUTILATION VOLONTAIRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2015




MUTILATION VOLONTAIRE

Pour s’éviter de servir
aux armées de l’empereur,
un beau soir avec la hache,
le maître se mutila
de deux grands doigts de sa main ;
sa jeune et blonde épouse
pansa la plaie tendrement
et les pensées à coeur jaune
tremblèrent dans le parterre,
les deux chiens du maitre hurlèrent
quand on le porta au lit,
alors charbonnaient les lampes
entourées de papillons;
mais les femmes assemblées
sur la place du village
devant la rougeur des nuages
disaient que ce qu’elles voyaient
était le sang des soldats.

(Jean Follain)

Illustration

 

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