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Poésie

Posts Tagged ‘chargé’

Si seule ta présence (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018




    
— Si seule ta présence
me fait battre le coeur,
m’allège de mes charges,
me fait aimer le monde,
me donne envie de vivre,

Seule ton absence
active ma mémoire,
produit ces images
dont mes rêves sont faits,
génère la tristesse
aux couleurs de deuil
que sur mon visage
ta mort fixera ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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MEHR LICHT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Anna Razumovskaya 3156_b

MEHR LICHT

Me reconnaîtrez-vous à ces mains ces prunelles
À ce coeur douloureux
Visages familiers
Plus de lumière encor sur mon front
Sur ma bouche
Et je vais gaspillant mon sang dans les rosiers

C’est pour toi que je vis
Terre coupée d’eaux vives
Pour vous
Amis si purs à l’abri des saisons
Et je vis allongeant mes jambes près des vôtres
Afin que nos réveils ne soient pas étrangers

Pour l’amour
Soyons là
Les fenêtres respirent
Le meilleur de la nuit brille sous l’abat-jour
Longtemps je garderai mes mains
Au fond des vôtres
Pour les donner au ciel
Chargées de vos ferments

(René Guy Cadou)

Illustration: Anna Razumovskaya

 

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Les chevaux de l’amour (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



Illustration: Jeanne Saint Chéron
    
Les chevaux de l’amour me parlent de rencontres
Qu’ils font en revenant par des chemins déserts
Une femme inconnue les arrête et les baigne
D’un regard douloureux tout chargé de forêts

Méfie-toi disent-ils sa tristesse est la nôtre
Et pour avoir aimé une telle douleur
Tu ne marcheras plus tête nue sous les branches
Sans savoir que le poids de la vie est sur toi

Mais je marche et je sais que tes mains me répondent
Ô femme dans le clair prétexte des bourgeons
Et que tu n’attends pas que les fibres se soudent
Pour amoureusement y graver nos prénoms

Tu roules sous tes doigts comme des pommes vertes
De soleil en soleil les joues grises du temps
Et poses sur les yeux fatigués des villages
La bonne taie d’un long sommeil de bois dormant

Montre tes seins que je voie vivre en pleine neige
La bête des glaciers qui porte sur le front
Le double anneau du jour et la douceur de n’être
Qu’une bête aux yeux doux dont on touche le fond

Telle tu m’apparais que mon amour figure
Un arbre descendu dans le chaud de l’été
Comme une tentation adorable qui dure
Le temps d’une seconde et d’une éternité.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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DIS-MOI, DIS, SOURIANTE ENFANT (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
DIS-MOI, DIS, SOURIANTE ENFANT

Dis-moi, dis, souriante enfant,
Qu’est-ce, pour toi, que le passé?
« Un soir d’automne, doux et clément,
Où le vent soupire, endeuillé. »

Qu’est-ce, pour toi, que le présent?
« Un rameau vert chargé de fleurs
Où l’oiselet bande ses forces
Pour s’envoler dans les hauteurs. »

Et l’avenir, enfant bénie?
« La mer sous un soleil sans voiles,
La mer puissante, éblouissante
Qui, là-bas, rejoint l’infini. »

***

TELL ME, TELL ME, SMILING CHILD

Tell me, tell me, smiling child,
What the past is like to thee?
« An Autumn evening soft and mild
With a wind that sighs mournfully. »

Tell me, what is the present hour?
« A green and flowery spray
Where a young bird sits gathering its power
To mount and fly away. »

And what is the future, happy one?
« A sea beneath a cloudless sun;
A mighty, glorious, dazzling sea
Stretching into infinity. »

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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C’est maintenant (Anatole France)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017




    
C’est maintenant que je t’aime.

Je croyais vous aimer,
quand vous n’étiez qu’un fantôme
chargé de mes désirs.

Maintenant,
tu es la chair
où j’ai mis mon âme.

(Anatole France)

 

 

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Encore une commotion ! (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




    
Encore une commotion !
J’avance avec la vie.
Les portes tremblent comme font
les feuilles sous la pluie.

Que de secousses dans le coeur
le sang et la pensée!
Encore un pas vers la splendeur
des formes dépassées!

Terre profonde comme l’eau,
de lumières mêlée
ce qui est là vient de si haut,
que d’étoiles tombées!

Tout ce que vous m’avez appris
s’est chargé de souffrance,
tout ce que vous m’avez repris
s’est comblé de silence.

Le vin de mon âme, le vin
dans mes membres bouillonne.
Ô jours! serait-ce donc en vain
que vos routes résonnent?

(Jean Tardieu)

 

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Cette plainte merveilleuse de l’âme (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Cette plainte merveilleuse de l’âme,
c’est l’amour.

Écoute-la.

Je n’ai point d’âge,
mais, nourri d’épices,
chargé de sel, couvert d’humus,
empli de choses à naître,

Je suis maître de moi
comme d’un navire,
et mon corps est un voilier
d’avril, de vice, d’impudeur.

J’ose aimer et je délire.
Notre amour sent le lys et le soufre.
Désir rauque, fouette-moi de tes ronces.
Je lutte avec toi dans la broussaille.

Cherche-moi.
Trouve-moi.

Les herbes giclent vert.
Nous sommes un printemps au monde,
Acharnés comme des lutteurs
au-dessus de la mort.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Possible imaginaire

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Après une journée perdue (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Paige Bradley
    
Après une journée perdue comme toutes les autres
à attendre dans un bureau qu’on ait gagné sa vie,
on entre dans la nuit
avec la certitude qu’elle vous offrira sa rançon de femmes.

Nuit toujours pareille avec ses convois de lumière
nuit tournant sous de hautes montagnes de vent
nuit qui fait briller les regards
nuit légère sur les paupières comme la mer sur les coquillages.

La main de l’homme n’est vraiment vivante
que quand elle s’enfonce entre deux cuisses
pour y chercher un sexe
qui se laisse découvrir comme un fruit dans l’herbe.

Cette chair que je froisse que j’attire à moi
comme une branche trop chargée
cette chair qui frémit
à mesure qu’on la dénude de son linge

comme on le fait à une jeune pousse
de l’argile qui la recouvre
cette chair est la seule étendue
où mon corps peut jeter l’ancre.

Cette chair est la seule issue
qui me mène à la pointe d’un désir
neuf et luisant comme un fer qu’on forge.
Comme une taupe le désir fouille cette femme
qui respire de tout son ventre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LES DEUX MULETS (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LES DEUX MULETS

Deux Mulets cheminaient, l’un d’avoine chargé,
L’autre portant l’argent de la Gabelle.
Celui-ci, glorieux d’une charge si belle,
N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d’un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette :
Quand l’ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l’argent,
Sur le Mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein et l’arrête.
Le Mulet, en se défendant,
Se sent percer de coups : il gémit, il soupire.
« Est-ce donc là, dit-il, ce qu’on m’avait promis ?
Ce Mulet qui me suit du danger se retire,
Et moi j’y tombe, et je péris.
– Ami, lui dit son camarade,
Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut Emploi :
Si tu n’avais servi qu’un Meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade. »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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LE LION DEVENU VIEUX (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE LION DEVENU VIEUX

Le Lion, terreur des forêts,
Chargé d’ans et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.
Le Cheval s’approchant lui donne un coup de pied ;
Le Loup un coup de dent, le Boeuf un coup de corne.
Le malheureux Lion, languissant, triste, et morne,
Peut a peine rugir, par l’âge estropié.
Il attend son destin, sans faire aucunes plaintes ;
Quand voyant l’Ane même à son antre accourir :
« Ah ! c’est trop, lui dit-il ; je voulais bien mourir ;
Mais c’est mourir deux fois que souffrir tes atteintes. »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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