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Poésie

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Au bord de la nuit (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2018




    
Au bord de la nuit

Ma chambre et cette immensité
veillant sur le pays crépusculaire
sont une seule chose. Je suis corde
tendue sur les amples
rumeurs des résonances.

Les choses sont corps de violons
chargés d’obscurité grondante;
y rêvent les larmes des femmes,
y bouge en dormant la colère
de races entières…
Je dois
être frémissement d’argent : tout alors
sous moi prendra vie,
et ce qui erre dans les choses
aspirera à la lumière
qui, de ma chanson dansante
autour de quoi le ciel ondule,
à travers les minces fentes
languissantes tombe
dans les antiques
abîmes
sans fin…

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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La bête de somme (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



    

La bête de somme passe au milieu de nous,
sans se départir de sa muette dignité.
Se chargeant de tout le poids de notre inconscience,
elle nous fixe de son regard de pitié.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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Notre soeur (Marie Huot)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Knut Ekval 
    
Notre soeur à voix de sirène
plus belle que toutes les voix de sirènes
élève son chant à chaque navire qui passe
afin de le charger d’espoir

(Marie Huot)

 

Recueil: Récits librement inspirés de ma vie d’oiseau
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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« Oui, oui » (Kyorai)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Illustration: Hasui Kawase 
    
« oui, oui » criais-je.
Mais on continuait à heurter
Au portail chargé de neige.

(Kyorai)

 

Recueil: Haïku
Traduction: Philippe Jaccottet
Editions: Fata Morgana

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TERRE ET POÉSIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

TERRE ET POÉSIE

La poésie, comme l’amour, charge de tout son contenu,
force à tous ses espaces le visage, le geste, le mot.
Sans elle, à l’instant d’être, ils seraient déjà morts —
ou cernés à jamais en leur étroite forme,
ce qui est mourir d’une autre façon.

Le roman prend corps pour ensuite se vêtir.
Prenant âme, la poésie demeure nue.

L’heure aride : des clefs sur la table et pas de porte à ouvrir.

La poésie suggère. En cela, elle est plus proche qu’on ne pense
de la vie, qui est toujours en deçà de l’instant qui frappe.

La poésie n’est pas la proie du poème.
Elle assiège et s’éclipse.
Nous laissant plus gravé dans l’argile, ou plus libre d’un anneau.

Lorsqu’on a pressenti, rien qu’une fois, l’immensité de l’aventure humaine,
on peut se demander quelle force nous retient dans l’étroit.
Quelle force est là, qui fait que nous poursuivons quand même la route
sans fomenter des bouleversements et sans abattre les murs ?
La poésie — si elle s’inscrit en nous — tout en admettant de nous regarder cheminer, nous délivre.

Parfois, se mirant dans l’un de nos destins,
elle nous découvre son envers terrestre qui est l’amour.
Alors, malgré les tiraillements, nous nous sentons sauvés ;
et en réalité nous le sommes, sauvés, ici et ailleurs.
Toujours un peu en amont du dernier poème vécu, la poésie ne saurait décevoir.
Je dis : un peu, car il faut apprivoiser l’impossible ;
vouloir qu’un passage existe, à portée de voix, à portée de regard.
Ce qui nous dépasse, et dont nous portons le grain aussi
certainement que nous portons notre corps, cela s’appelle : Poésie.

Le poème se nourrit de mouvements.
Son rythme est celui de la vague, son dessein est de traverser.

Hostile aux vérités à éclipses,
le poète n’est soucieux que de l’homme à la recherche de son visage enfoui.

La poésie est naturelle.
Elle est l’eau de notre seconde soif.

Il est vital pour le poète de lever des échos et de le savoir.
Nul mieux que lui ne s’accorde aux solitudes ;
mais aussi, nul n’a plus besoin que sa terre soit visitée.

Le poète séjourne hors des enceintes.
S’il ne rompait les digues,
comment joindrait-il ses terres à la terre, et la parole aux mots ?

Si l’appel du poème n’est pas contraignant, celui de la poésie est d’une haleine.
Fièvre perpétuelle qui brûle de devenir.

Pour en épeler les signes, la poésie endosse le monde dont elle est issue.
Mais à travers l’essaim des poèmes — intacte et pourtant remuée —
la poésie demeure au futur.

En sa terre labourée, le poète — pour un temps — s’apaise du cri qu’il pousse ;
poème dans sa nuit.

Le poète avance par saccades : coups d’aile et retombées.
L’expérience lui enseigne que la chute est le présage de l’essor ;
mais, au plus sombre d’une détresse, cette mémoire est de maigre secours.

Sauvegardons à ceux qui nous ont failli le mystère entier de leur visage.
Blessés et en cause, nous voici juges, les affublant du masque odieux.
Les faiblesses d’autrui, quand elles égratignent notre susceptible peau,
nous poussent à renier tout un passé d’entente.
Tourné vers la possession, nous sommes sans perspective et sans recours.

L’amour est toute la vie. Il est vain de prétendre qu’il y a d’autres équilibres.
Le dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est pas.

Le coeur se rit de l’absurde.
Sa vérité est au midi des contradictions.

L’amour comme la mort — qui naviguent hors du temps —
lissent nos fronts, affinent nos visages.
Au bord de ce qui est vaste, le regard n’erre plus.
Et le souffle, complice de l’angoisse et des jours, trouve enfin sa paix.

(Andrée Chedid)

 

 

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« ÉCOUTE… » (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Phetsamay Rigaud 
    
« ÉCOUTE… »

Dans les forêts du non-être
Nous agitons nos mouchoirs.

Ah! d’invisibles lavoirs
Chantent au bas des fenêtres…

Petit, rentre tes moutons,
Ton étable de carton.

Pas une amarre au sommeil
Sur le partage des eaux

Les forêts du bloc soleil
Voguent chargées de gros oiseaux.

Gabiers du cycle des lunes
Face à la mousson des soirs.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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De temps en temps (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



Illustration: Boyan Dimitrov
    
de temps en temps
à genoux la traverser
parcourir la nuit
chargé de ses pavots

(Mohammed Dib)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: De la Différence

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LA FEMME (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018




    
LA FEMME

Je poserai dans le panier les fruits du temps.
Prends garde à ceux qui ont roulé dans l’herbe :
Ce sont les plus chargés du sucre de nos joies.
Voici l’hiver aux arbres vides.

Ton sourire éclaire aux fenêtres
La tambourinade grise des pluies.
Tu regardes qui vient, la vallée sombre,
La ligne de cyprès qui dodelinent.

Tes mains ont charge d’éternel
Pour des paroles qui rassurent.
Ô joie que tu fais paraître, paisible,
quand la nature se confie.

Entends les pensées qui dérivent,
Les rêves. Que sais-tu de la nuit,
Parle, dis-moi, que sais-tu de la nuit ?
J’ai veillé jusqu’ici vainement,
Comme dehors l’hiver, la page est vide.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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PROGRAMME MATINAL (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Françoise Naudet
    
PROGRAMME MATINAL

Heures claires du lever du Soleil
auxquelles mille trompettes d’or
annoncent le divin réveil !
Salut à toi, Orbe céleste et sonore !

Dans l’angoisse de l’ignorance
de l’avenir, sachons recevoir
la barque chargée de fragrances
dont les rames sont d’ivoire.

Épicuriens ou bien rêveurs,
aimons la Vie triomphante,
toujours couronnés de fleurs,
la torche toujours flamboyante !

Puissions-nous extraire des raisins
de notre existence transitoire
les plaisirs qui animent nos destins
et les champagnes de la gloire.

Dévidons les fils d’Amour,
faisons le Bien — il est amène,
dormons ensuite sans détour,
pour toujours, à jamais. Amen.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Une larme de sel (Didier Carhen)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration

    
Une larme de sel
une pincée de réel
d’autres morceaux
de ciel
La rive habituelle
une voix de tête
qui passe
sous la grammaire
L’homme effacé
criant de vérité
La nuit s’écoule
on imagine
le mot coincé
dans le berceau du rêve
On s’imagine
les bras chargés
de soi
on veille au grain
on cherche

(Didier Carhen)

 

Recueil: Les septs livres
Traduction:
Editions: La lettre volée

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