Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘(Charles Cros)’

Jeune homme (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Josélito Donas  allongé  02481 [1280x768]

Jeune homme

Oh ! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies !
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop ! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

Illustration: Josélito Donas

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DÉSERTEUSES (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Carmen Tyrrell  Caryatide  rl

DÉSERTEUSES

Un temple ambré, le ciel bleu, des cariatides.
Des bois mystérieux ; un peu plus loin, la mer…
Une cariatide eut un regard amer
Et dit : « C’est ennuyeux de vivre en ces temps vides. »

La seconde tourna ses grands yeux froids, avides,
Vers Lui, le bien-aimé, l’homme vivant et fier
Qui, venu de Paris, peignait d’un pinceau clair
Ces pierres, et ce ciel, et ces lointains limpides.

Puis la troisième et la quatrième : « Comment
Retirer nos cheveux de cet entablement ?
Allons ! nous avons trop longtemps gardé nos poses ! »

Et toutes, par les prés et les sentiers fleuris,
Elles coururent vers des amants, vers Paris ;
Et le temple croula parmi les lauriers roses.

(Charles Cros)

Illustration: Carmen Tyrrell

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DON JUAN – SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Alexander Maranov (6)

DON JUAN – SONNET

Au bord d’un étang bleu dont l’eau se ride
Sous le vent discret d’une nuit d’été,
Parmi les jasmins, foulant l’herbe humide
Avez-vous jamais, rêveur, écouté

La voix de la vierge émue et timide
Qui furtive, un soir, pour vous a quitté
Le foyer ami — depuis froid et vide —
Où, les parents morts, plus rien n’est resté?

Parfum de poison, volupté cruelle
D’avoir arraché du sol ce lys frêle
Et d’avoir hâté l’œuvre des tombeaux…

O destruction de quels âpres charmes
Es-tu donc parée?
Et, voilés de larmes,
Pourquoi les yeux clairs en sont-ils plus beaux?

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Maranov

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LENTO (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018


 


 

Alex-Alemany-4

Lento

Je veux ensevelir au linceul de la rime
Ce souvenir, malaise immense qui m’opprime.

Quand j’aurai fait ces vers, quand tous les auront lus
Mon mal vulgarisé ne me poursuivra plus.

Car ce mal est trop grand pour que seul je le garde
Aussi, j’ouvre mon âme à la foule criarde.

Assiégez le réduit de mes rêves défunts,
Et dispersez ce qu’il y reste de parfums.

Piétinez le doux nid de soie et de fourrures;
Fondez l’or, arrachez les pierres des parures.

Faussez les instruments. Encrassez les lambris;
Et vendez à l’encan ce que vous aurez pris.

Pour que, si quelque soir l’obsession trop forte
M’y ramène, plus rien n’y parle de la morte.

Que pas un coin ne reste intime, indéfloré.
Peut-être, seulement alors je guérirai.

(Avec des rhythmes lents, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

Un jour, j’ai mis mon coeur dans sa petite main
Et, tous en fleur, mes chers espoirs du lendemain.

L’amour paye si bien des trésors qu’on lui donne!
Et l’amoureuse était si frêle, si mignonne!

Si mignonne, qu’on l’eût prise pour une enfant
Trop tôt belle et que son innocence défend.

Mais, elle m’a livré sa poitrine de femme,
Dont les soulèvements semblaient trahir une âme.

Elle a baigné mes yeux des lueurs de ses yeux,
Et mes lèvres de ses baisers délicieux.

(Avec des rhythmes doux, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

Mais, il ne faut pas croire à l’âme des contours,
A la pensée enclose en deux yeux de velours.

Car un matin, j’ai vu que ma chère amoureuse
Cachait un grand désastre en sa poitrine creuse.

J’ai vu que sa jeunesse était un faux dehors,
Que l’âme était usée et les doux rêves morts.

J’ai senti la stupeur d’un possesseur avide
Qui trouve, en s’éveillant, sa maison nue et vide.

J’ai cherché mes trésors. Tous volés ou brisés!
Tous, jusqu’au souvenir de nos premiers baisers!

Au jardin de l’espoir, l’âpre dévastatrice
N’a rien laissé, voulant que rien n’y refleurisse.

J’ai ramassé mon coeur, mi-rongé dans un coin,
Et je m’en suis allé je ne sais où, bien loin.

(Avec des rhythmes sourds, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

C’est fièrement, d’abord, que je m’en suis allé
Pensant qu’aux premiers froids, je serais consolé.

Simulant l’insouci, je marchais par les rues.
Toutes, nous les avions ensemble parcourues!

je n’ai pas même osé fuir le mal dans les bois.
Nous nous y sommes tant embrassés autrefois!

Fermer les yeux? Rêver? Je n’avais pas dans l’âme
Un coin qui n’eût gardé l’odeur de cette femme.

J’ai donc voulu, sentant s’effondrer ma raison,
La revoir, sans souci de sa défloraison.
Mais, je n’ai plus trouvé personne dans sa forme.
Alors le désespoir m’a pris, lourd, terne, énorme.

Et j’ai subi cela des mois, de bien longs mois,
Si fort, qu’en trop parler me fait trembler la voix.

Maintenant c’est fini. Souvenir qui m’opprimes,
Tu resteras, glacé, sous ton linceul de rimes.

(Charles Cros)

Illustration: Alex Alemany

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Conclusion (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Oskar Kokoschka adolf-loos-1909

Conclusion

J’ai rêvé les amours divins,
L’ivresse des bras et des vins,
L’or, l’argent, les royaumes vains,

Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans.
Parmi les sentiers amusants
Nous irons sur nos alezans.

Il est loin le temps des aveux
Naïfs, des téméraires voeux!
Je n’ai d’argent qu’en mes cheveux.

Les âmes dont j’aurais besoin
Et les étoiles sont trop loin.
Je vais mourir saoul, dans un coin.

(Charles Cros)

Illustration: Oskar Kokoschka

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Ballade du dernier amour (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Nik Helbig mj-gone-too-soon

Ballade du dernier amour

Mes souvenirs sont si nombreux
Que ma raison n’y peut suffire.
Pourtant je ne vis que par eux,
Eux seuls me font pleurer et rire.
Le présent est sanglant et noir ;
Dans l’avenir qu’ai-je à poursuivre ?
Calme frais des tombeaux, le soir !…
Je me suis trop hâté de vivre.

Amours heureux ou malheureux,
Lourds regrets, satiété pire,
Yeux noirs veloutés, clairs yeux bleus,
Aux regards qu’on ne peut pas dire,
Cheveux noyant le démêloir
Couleur d’or, d’ébène ou de cuivre,
J’ai voulu tout voir, tout avoir.
je me suis trop hâté de vivre.

je suis las. Plus d’amour. je veux
Vivre seul, pour moi seul décrire
Jusqu’à l’odeur de tes cheveux,
Jusqu’à l’éclair de ton sourire,
Dire ton royal nonchaloir,
T’évoquer entière en un livre
Pur et vrai comme ton miroir.
je me suis trop hâté de vivre.

ENVOI

Ma chanson, vapeur d’encensoir,
Chère envolée, ira te suivre.
En tes bras j’espérais pouvoir
Attendre l’heure qui délivre ;
Tu m’as pris mon tour. Au revoir.
je me suis trop hâté de vivre.

(Charles Cros)

Illustration: Nik Helbig

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A ma femme endormie (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Felix Mas -   (55) [1280x768]

A ma femme endormie

Tu dors en croyant que mes vers
Vont encombrer tout l’univers
De désastres et d’incendies ;
Elles sont si rares pourtant
Mes chansons au soleil couchant
Et mes lointaines mélodies.

Mais si je dérange parfois
La sérénité des cieux froids,
Si des sons d’acier ou de cuivre
Ou d’or, vibrent dans mes chansons,
Pardonne ces hautes façons,
C’est que je me hâte de vivre.

Et puis tu m’aimeras toujours.
Éternelles sont les amours
Dont ma mémoire est le repaire ;
Nos enfants seront de fiers gas
Qui répareront les dégâts,
Oue dans ta vie a faits leur père.

Ils dorment sans rêver à rien,
Dans le nuage aérien
Des cheveux sur leurs fines têtes ;
Et toi, près d’eux, tu dors aussi,
Ayant oublié, le souci
De tout travail, de toutes dettes.

Moi je veille et je fais ces vers
Qui laisseront tout l’univers
Sans désastre et sans incendie ;
Et demain, au soleil montant
Tu souriras en écoutant
Cette tranquille mélodie.

(Charles Cros)

Illustration: Felix Mas

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Il y a des moments où les femmes sont fleurs (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2018



 

Hermann Albert  url

Il y a des moments où les femmes sont fleurs

Sonnet

Il y a des moments où les femmes sont fleurs ;
On n’a pas de respect pour ces fraîches corolles…
Je suis un papillon qui fuit des choses folles,
Et c’est dans un baiser suprême que je meurs.

Mais il y a parfois de mauvaises rumeurs ;
Je t’ai baisé le bec, oiseau bleu qui t’envoles,
J’ai bouché mon oreille aux funèbres paroles ;
Mais, Muse, j’ai fléchi sous tes regards charmeurs.

Je paie avec mon sang véritable, je paie
Et ne recevrai pas, je le sais, de monnaie,
Et l’on me laissera mourir au pied du mur.

Ayant traversé tout, inondation, flamme,
Je ne me plaindrai pas, délicieuse femme,
Ni du passé, ni du présent, ni du futur !

(Charles Cros)

Illustration: Hermann Albert

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

SONNET A MADAME DE M. (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



 

Lori Earley_1462

SONNET A MADAME DE M.

Ignorante ou plutôt dédaigneuse des maux
Et des perversités, vous sachant hors d’atteinte.
Vous traversez la vie en aimant sans contrainte,
Donnant de votre charme aux faits les plus normaux.

J’ai comme un souvenir vague, en de vieux émaux
D’un portrait lumineux de reine ou bien de sainte
A la grâce élancée, où je vous trouvais peinte
Mieux que je ne ferais en alignant des mots.

Comme la sainte, vous avez le don de plaire
Sans recherche fiévreuse; aussi votre âme claire
Aux ouragans mondains ne se troublera pas.

Et vous avez encor, comme dans cette image,
Le fin et long aspect des reines moyen âge
Dont un peuple naïf et doux baisait les pas.

(Charles Cros)

Illustration: Lori Earley

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

BONNE FORTUNE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018


 


 

Alexander Sulimov -   (26)

BONNE FORTUNE
À Théodore de Banville.

Tête penchée,
OEil battu,
Ainsi couchée
Qu’attends-tu ?

Sein qui tressaille,
Pleurs nerveux,
Fauve broussaille
De cheveux,

Frissons de cygnes
Sur tes flancs,
Voilà des signes
Trop parlants.

Tu n’es que folle
De ton corps.
Ton âme vole
Au dehors.

Qu’un autre vienne,
Tu feras
La même chaîne
De tes bras.

Je hais le doute,
Et, plus fier,
Je te veux toute,
Âme et chair.

C’est moi (pas l’autre!)
Qui t’étreins
Et qui me vautre
Sur tes seins.

Connais, panthère,
Ton vainqueur
Ou je fais taire
Ta langueur.

Attache et sangle
Ton esprit,
Ou je t’étrangle
Dans ton lit.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Sulimov

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :