Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘(Charlotte Delbo)’

Il reste que je connais des êtres … (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Charlotte Delbo 25

Il reste que je connais des êtres
plus qu’il n’en faut connaître pour vivre à côté d’eux
et qu’il y aura toujours entre eux et moi
cette connaissance inutile.

(Charlotte Delbo)

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

On peut faire d’un être humain un squelette (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



1389.4 Holocaust A

On peut faire d’un être humain un squelette où gargouille la diarrhée,
lui ôter le temps de penser, la force de penser.
L’imaginaire est le premier luxe du corps qui reçoit assez de nourriture,
jouit d’une frange de temps libre,
dispose de rudiments pour façonner ses rêves.

A Auschwitz, on ne rêvait pas, on délirait.

(Charlotte Delbo)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans la nuit. Dans le froid. Dans le vent. (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



Louis Mitelberg 3 [800x600]

Il faudra rester des heures
immobiles
dans le froid
et dans le vent.

Nous ne parlons pas.

Les paroles
glacent sur nos lèvres.

Le froid
frappe de stupeur
tout un peuple de femmes
qui restent debout immobiles.

Dans la nuit.
Dans le froid.
Dans le vent.

(Charlotte Delbo)

Illustration: Louis Mitelberg

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

Je ne veux pas passer sur la petite civière (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



auschwitz Charlotte Delbo 2

Tout à l’heure je cédais à la mort.
A chaque aube, la tentation.

Quand passe la civière, je me raidis.
Je veux mourir mais pas passer sur la petite civière.

Pas passer sur la petite civière
avec les jambes qui pendent et la tête qui pend,
nue sous la couverture en loques.

Je ne veux pas passer sur la petite civière.

(Charlotte Delbo)

Charlotte

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Elle était belle, ma petite soeur (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



petite fille au manteau rouge [800x600]

Elle était belle, ma petite soeur.
Vous ne pouvez pas vous représenter
comme elle était belle.
Ils n’ont pas dû la regarder.
S’ils l’avaient regardée,
ils ne l’auraient pas tuée.
Ils n’auraient pas pu.

(Charlotte Delbo)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , | 4 Comments »

Il faudrait expliquer l’inexplicable (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



déportées

Vous voudriez savoir poser des questions
et vous ne savez quelles questions
et vous ne savez comment poser les questions
alors vous demandez des choses simples
la faim la peur la mort
et nous ne savons pas répondre
nous ne savons pas répondre avec vos mots à vous
et nos mots à nous vous ne les comprenez pas
alors vous demandez des choses plus simples
dites-nous par exemple comment se passait une journée
c’est si long une journée que vous n’auriez pas la patience
et quand nous répondons vous ne savez pas comment passait une journée
vous croyez que nous ne savons pas répondre.
Vous ne croyez pas ce que nous disons
parce que si c’était vrai ce que nous disons
nous ne serions pas là pour le dire.

Il faudrait expliquer l’inexplicable.

(Charlotte Delbo)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ils ignoraient qu’on prît le train pour l’enfer (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



déportés 4

Ils ignoraient qu’on prît le train pour l’enfer
mais puisqu’ils y sont
ils s’arment et se sentent prêts à l’affronter
avec les enfants les femmes les vieux parents
avec les souvenirs de famille et les papiers de famille.

(Charlotte Delbo)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La couverture s’écarte (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



pied nu

La couverture s’écarte.
C’est une femme.
Un squelette de femme.
Elle est nue.
On voit les côtes et les os iliaques.
Elle remonte la couverture sur ses épaules,
continue à danser.
Une danse de mécanique.
Un squelette de femme qui danse.
Ses pieds sont petits,
maigres et nus
dans la neige.

(Charlotte Delbo)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce point sur la carte (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



Ce point sur la carte
Cette tache noire au centre de l’Europe
cette tache rouge
cette tache de feu cette tache de suie
cette tache de sang cette tache de cendres
pour des millions
un lieu sans nom.
De tous les pays d’Europe
de tous les points de l’horizon
les trains convergeaient
vers l’in-nommé
chargés de millions d’êtres
qui étaient versés là sans savoir où c’était
versés avec leur vie
avec leurs souvenirs
avec leurs petits maux
et leur grand étonnement
avec leur regard qui interrogeait
et qui n’y a vu que du feu,
qui ont brûlé là sans savoir où ils étaient.
Aujourd’hui on sait
Depuis quelques années ont sait
On sait que ce point sur la carte
c’est Auschwitz
On sait cela
Et pour le reste on croit savoir.

(Charlotte Delbo)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il y a des gens qui arrivent et des gens qui partent (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



Il y a des gens qui arrivent et des gens qui partent.
Mais il est une gare où ceux-là qui arrivent
sont justement ceux-là qui partent.
Une gare où ceux qui arrivent ne sont jamais arrivés,
où ceux qui sont partis ne sont jamais revenus.
(…)
Ils ne savent pas qu’à cette gare-là on n’arrive pas.
Ils attendent le pire
– ils n’attendent pas l’inconcevable

(Charlotte Delbo)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :