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Poésie

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Les serres et les bois (Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



    

Les serres et les bois

Dans les serres silencieuses
Où l’hiver invite à s’asseoir,
Sous un jour blême comme un soir
Fument les plantes précieuses.

L’une, raide, élançant tout droit
Sa tige aux longues feuilles sèches,
Darde au plafond, comme des flèches,
Les pointes d’un calice étroit.

Une autre, géante à chair grasse,
Que hérissent de durs piquants,
Ne sourit que tous les cinq ans
Dans une éclosion sans grâce.

Une autre, molle en ses efforts,
Grimpe au vitrail, et la captive
Regarde en pitié l’herbe active
Qui tient tête au vent du dehors.

Pas un souffle ici, rien ne bouge ;
Toutes versent avec lenteur,
A flots lourds, la fade senteur
De leur floraison fixe et rouge.

Celui qu’elles charment d’abord,
Dans cet air qui bientôt lui pèse,
Envahi par un grand malaise,
Descend de l’ivresse à la mort.

Ah ! Que mille fois plus aimée
La violette, fleur des bois !
Et que plus saine mille fois
La chambre qu’elle a parfumée !

Son baume, loin d’appesantir,
Allège et fait l’âme nouvelle ;
mais fine, il faut s’approcher d’elle,
La baiser, pour la bien sentir.

(Sully Prudhomme)

 

 

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L’INDIFFÉRENCE (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



 

Mahira Ates (15)

L’INDIFFÉRENCE

Me rejoignit dans sa cape de neige
L’indifférence et je lui pris les mains.

Hiver, hiver, je ne sais rien de vous.
Ni les sonnets de Michel-Ange, ni
Les Vers Dorés qu’écrivit Pythagore
Ne charment plus ma mémoire infidèle.

Chantons, veux-tu, l’écoulement du temps,
Les vieux désirs quand tempêtes s’endorment,
Et la mosquée où tu connus l’exil,
Toi que l’Eglise avait déjà chassé.

Pétrarque ? Oubli. Ronsard, Apollinaire ?
Oublis. Tristesse, oubli des mots de l’autre.
Accomplis-moi, ma seule indifférence.

(Robert Sabatier)

Illustration: Mahira Ates

 

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Serment (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Gabriel Bonmati  (28)

Serment

O poète trop prompt à te laisser charmer,
Si cette douce enfant devait t’être ravie,
Et si ce coeur en qui tout le tien se confie
Ne pouvait pas pour toi frémir et s’animer ?

N’importe ! ses yeux seuls ont su faire germer
Dans mon âme si lasse et de tout assouvie
L’amour qui rajeunit, console et purifie,
Et je devrais encor la bénir et l’aimer.

Heureux ou malheureux, je lui serai fidèle ;
J’aimerai ma douleur, puisqu’elle viendra d’elle
Qui chassa de mon sein la honte et le remord.

Vierge dont les regards me tiennent sous leurs charmes,
Si tu me fais pleurer, je bénirai mes larmes ;
Si tu me fais mourir, je bénirai la mort !

(François Coppée)

Illustration: Gabriel Bonmati

 

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L’araignée à moustaches (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Karine Kubala  menagerie spider 

L’araignée à moustaches
n’est pas Napoléon III
qui s’ennuie quand il a froid.

L’araignée à moustaches
n’a pas de robe en satin
pour trottiner le matin.

L’araignée à moustaches
Ne se rasera jamais
Elle règne au mois de Mai

Mais
ah mais
mais oui
mais

L’araignée à moustaches
habite dans un château
son ami est un corbeau

Mais

L’araignée à moustaches
S’éclaire avec une étoile
Le soleil lui sert de poêle

Mais

L’araignée à moustaches
Porte de belles lunettes
Et joue de la clarinette
Du tambour de la trompette
Et chante d’une voix nette
Fait le jour maintes pirouettes
Toute la nuit fait la fête
Et charme les grosses bêtes

Ah mais !

(Robert Desnos)

Illustration: Karine Kubala

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Je ne suis pas de celles… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018



Illustration: Jose Sabogal    
    
Je ne suis pas de celles…
Tango

1
Je ne suis pas de celles
Qu’on rencontre la nuit à la lueur des flambeaux
Avec de lourds colliers pour les rendre plus belles
Leurs yeux noirs de corbeaux
Éclairés d’étincelles
Sur les doigts des diamants qui brillent dans le noir
Je dors toute la nuit je ne suis pas comme elles
Qui se lèvent le soir.

2
Moi je me lève à l’aube et je cours par les champs
À travers les pampas baignées par la lumière
J’appelle avec mes chants
Charmée par le soleil et les fleurs printanières
Le grand meneur de boeufs qui m’aime sans rivale
Et qui siffle en guettant mon rire et mon passage
Dressé sur son cheval
Tandis que son troupeau emplit les pâturages.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Le pardon (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018


 


Carol Carter           Swimmer   39

Le pardon

Je me meurs, je succombe au destin qui m’accable.
De ce dernier moment veux-tu charmer l’horreur ?
Viens encore une fois presser ta main coupable
Sur mon coeur.

Quand il aura cessé de brûler et d’attendre,
Tu ne sentiras pas de remords superflus ;
Mais tu diras :  » Ce coeur, qui pour moi fut si tendre,
N’aime plus.  »

Vois l’amour qui s’enfuit de mon âme blessée,
Contemple ton ouvrage et ne sens nul effroi :
La mort est dans mon sein, pourtant je suis glacée
Moins que toi.

Prends ce coeur, prends ton bien ! L’amante qui t’adore
N’eut jamais à t’offrir, hélas ! Un autre don ;
Mais en le déchirant, tu peux y lire encore
Ton pardon.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carol Carter

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On croit me lire (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
On croit me lire

On croit me lire, on ne lit que des mots
si l’on ne sait se servir d’une loupe.
J’ai ma ferveur, il faut aussi la vôtre
sinon vos yeux fermeront leurs fenêtres.

Ce que j’évoque est une tourterelle.
Écoutez-la plus que vous m’écoutez.
Elle est en vous, non loin de vos colombes.
N’est-ce pas elle un jour qui me charma ?

Si j’envisage ici de vous surprendre,
je ne dis rien, je garde la surprise.
Je ne l’ai pas, c’est vous qui la portez,
elle est en vous si vous croyez en elle.

Nous le savons qu’elle existe la fée.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Alchimistes (Martine Hadjedj)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Alchimistes

Prenez de votre vie, une peine, un souci,
Qui flétrit votre cœur, et trouble votre esprit,
Qui vous ronge la nuit, et vous hante le jour,
Quelque chose de bien gris, quelque chose de bien lourd,

Cette douleur secrète, exprimez-la en mots,
Mais pas n’importe lesquels, choisissez les plus beaux,
Ceux qui charment l’oreille, et allument les yeux
Assemblez les, créer, un ensemble harmonieux.

Parlez en métaphores et parlez en images,
Que votre esprit s’évade, dans ce beau paysage,
Qu’il quitte sa prison, qu’il lâche son boulet,
Et oublie un instant, ce qui l’a fait pleurer.

En alternant les rimes, en alternant les sons,
Vous composez un rythme, le poème est chanson,
Les mots bercent, caressent et apaisent le cœur,
Les mots vibrent, s’envolent, emportant la douleur.

La poésie est force, et le verbe magique,
Laissez-vous envahir, par sa douce musique.
Sur elle, votre cœur danse, il se sent plus léger,
Sur elle, votre cœur chante, l’espérance renait,

La lumière des mots, illumine votre sort,
Le lourd, le gris, le plomb, s’est transformé en or,
Vous avez fait du beau, à partir du triste,

Poètes, ignoriez-vous, être des alchimistes ?

(Martine Hadjedj)

Illustration: Nathalie Oso

 

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Allez en paix (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



 

Sergey Kondrashov 23

Allez en paix

Allez en paix, mon cher tourment,
Vous m’avez assez alarmée,
Assez émue, assez charmée…
Allez au loin, mon cher tourment,
Hélas ! mon invisible aimant !

Votre nom seul suffira bien
Pour me retenir asservie ;
Il est alentour de ma vie
Roulé comme un ardent lien :
Ce nom vous remplacera bien.

Ah ! je crois que sans le savoir
J’ai fait un malheur sur la terre ;
Et vous, mon juge involontaire,
Vous êtes donc venu me voir
Pour me punir, sans le savoir ?

D’abord ce fut musique et feu,
Rires d’enfants, danses rêvées ;
Puis les larmes sont arrivées
Avec les peurs, les nuits de feu…
Adieu danses, musique et jeu !

Sauvez-vous par le beau chemin
Où plane l’hirondelle heureuse :
C’est la poésie amoureuse :
Pour ne pas la perdre en chemin
De mon coeur ôtez votre main.

Dans votre prière tout bas,
Le soir, laissez entrer mes larmes ;
Contre vous elles n’ont point d’armes.
Dans vos discours n’en parlez pas !
Devant Dieu pensez-y tout bas.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Sergey Kondrashov

 

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Vont trois cavaliers (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    

[…]

Vont trois cavaliers
Aux lances fourchues
Qui de noir armés
Par la route rose
Pleurent sur les choses
Qui les ont charmés
Depuis tant d’années
Qu’aux astres éteints
De leurs mains fanées
Sombrent les matins
Et le chant qui clame
A voix de malheur
Que le jour est femme
Et que l’homme en meurt

(Joë Bousquet)

 

Recueil: La Connaissance du Soir
Editions: Gallimard

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