Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘charmes’

L’inconstant (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




L’inconstant

Mes yeux s’en sont allés
derrière une brunette
qui passait.

Était de nacre noire,
était raisin violet.
De sa traîne de feu
elle a fouetté mon sang.

Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Une blonde est passée
telle une plante d’or
en balançant ses charmes.
Et ma bouche s’est faite
vague qui s’en allait
décharger des éclairs
de sang sur sa poitrine.
Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Mais vers toi, sans bouger,
sans te voir, ma lointaine,
mon sang, mes baisers volent,
ma brunette et clairette,
ma grande et ma petite,
ma vaste et ma menue,
ma jolie laideronne,
faite de tout l’argent
et faite de tout l’or,
faite de tout le blé
et de toute la terre,
faite de toute l’eau
des vagues de la mer,
faite pour mes deux bras,
faite pour mes baisers,
faite, oui, pour mon coeur.

(Pablo Neruda)

Illustration: Danielle McManus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une boucle de soie (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



La prairie éveillée attirait par ses charmes
Foulant les violettes elle venait à la grille
parée pour le fiancé comme chaque année
Elle pensait à lui jusqu’après les vendanges.

Seule une alouette en chantant dans le bois
Remarquait sa rougeur et aussi son effroi
Et le cortège long des jours d’été la vit
Songeuse en se fanant derrière ses ifs.

De ses sveltes beautés seule peut témoigner
Auprès de ses colliers une boucle de soie
Qu’une amie fidèle garda dans un tiroir…
Et aussi l’herbe simple avec un bloc marbré.

(Stefan George)


Illustration: Claude Monet

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chardon (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



Chardon

On disait que mademoiselle Rose Chardon était une grande et belle fille,
marchant la tête haute, un peu vive dans ses réparties par exemple,
mais excellente au fond, quoique fière; quelques-uns même la prononçaient vaniteuse.
On disait qu’il ne fallait pas l’approcher de trop près;
dans ses yeux brillants, sur le bout de son nez retroussé,
on lisait écrit ces paroles: Qui s’y frotte s’y pique.

M. le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l’Asnerie
aperçut un jour mademoiselle Chardon qui travaillait à sa fenêtre par un bel après-midi d’été.
Comme le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l’Asnerie était fort inflammable, il s’enflamma.
[Surgit un rival:]
Le plus charmant petit clerc qui fut au monde, toujours gai,
toujours souriant, tendre et enjoué, sentant l’amour, la jeunesse et la santé d’une lieue.
Qui pourra jamais savoir ce que pense une femme placée entre ses sentiments et ses instincts,
entre son coeur et sa fortune! D’abord elle dit non à la fortune.
La première fois elle crie très-fort, la seconde fort seulement,
la troisième à voix haute, la quatrième elle parle comme à l’ordinaire,
la cinquième à demi-voix, la sixième à voix-basse,
puis elle murmure, puis elle se tait.

La fortune revient à la charge.
La jeunesse, la beauté, l’esprit, les qualités de l’âme et de l’intelligence,
tout cela commence par paraître fort beau,
mais le luxe, l’éclat, le rang, le titre ne sont pas à dédaigner non plus;
on les méprise de loin, le perspective change dès qu’on peut les atteindre.
Le sacrifice coûte quelques soupirs, il est vrai,
mais le feu des diamants sèche bien vite toutes les larmes.
La vanité fait taire l’amour, et comment ne pas être vaine
quand on possède les charmes de mademoiselle Rose Chardon:
Chez le marquis, un soir à la brune on la fit entrer par la petite porte du parc.
Dans la nuit, ils partirent ensemble pour l’Italie.

(J.J. Grandville)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Parcours amoureux (Christian Coin)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2016



J’ai vu frémir ses cils à l’orée de ses ciels,
Son corps alifère dans le profond azur.
Là, dans la clairière, un chevalet obscur
Portait une sirène aux charmes pluriels.

J’ai vu ses deux iris, scintillant de lumière
Océane, verser des perles diaphanes,
Noué de sophismes, de féminins arcanes,
J’ai bu ses flots rances et pleuré mes chimères.

Dans la blanche froideur de ces cendres d’amour,
Les mots d’hier sonnent comme des demi-jours,
Lorsqu’un fin visage, au charme des Hellènes

Lève un liseré sur mon ardeur percluse.
Je vois dans l’or des blés une douceur pérenne
Et pure : Ma veine a déjà croisé sa muse.

(Christian Coin)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

In Memoriam J.J. RABEARIVELO poète malgache (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2016




in Memoriam Jean-Joseph Rabearivelo
poète malgache

I

Je suis venu revoir les lieux où tu t’endors.
Je n’ai pu retenir mes sanglots et mes larmes.
Le souvenir n’est-il, à l’ombre de la mort,
Qu’un éclair sans éclat dans une nuit sans charmes ?

O mon ami, voici ce qui reste de toi :
Un peu de terre rouge où des chiendents sauvages
Suivent nonchalamment le -destin- de leur loi.
La mort et la ruine emmêlent leurs ravages.

La Solitude, soeur fidèle des tombeaux,
Garde dans son manteau ton rêve et ton mystère.
Une pierre, immobile, un couple de corbeaux,
Sont-ils les seuls veilleurs aux portes de la terre ?

II

J’ai beau crier ton nom aux vallons d’alentour :
Nul écho ne répond aux syllabes sonores.
Le buisson est muet. L’espace reste sourd.
Tout est calme et serein comme une claire aurore.

Ton Emyrne, O Poète, a trahi les serments.
Au pied du mausolée où ton âme médite,
Expirent quelquefois de lointains aboiements
Semblables aux sanglots de quelques voix maudites.

Mais partout le silence et partout l’abandon.
Le sommeil éternel triomphe de tes songes.
J’ai réveillé parmi la ronce et le chardon
Un arrière-refrain du Chant qui te prolonge.

III

La nature sourit et revêt sans remords
La splendeur d’un azur qui n’a point de limites.
Le ciel que nous peuplions de voeux pour notre sort
Range notre destin aux grandeurs des termites.

Ah ! que chanter encore et que dire de plus
Qui ne marque l’éclat et l’emprise du sable.
L’homme est un pèlerin au seuil d’un tumulus ;
Que sert de se parer de lauriers périssables !

Mais je vois refleurir sur les flancs des remparts
Les roses et les lis dont quelques mains pieuses
Ont jadis apprêté l’heure de ton départ.
Je vois croître en beauté les collines heureuses.

IV

Les cimes dont tes vers ont fixé les langueurs
N’ont pas, pour te pleurer, changé leur attitude.
Sur la face des rocs, des choses, dans les odeurs
S’inscrit en feux dorés la noire ingratitude.

L’Oubli, comme un vautour qui de gloire se tord,
Impérialement plane et bâtit son aire
Sur le tertre désert qu’un sombre figuier tors
Couvre d’une tristesse immense et millénaire.

Seul, l’arbre des hauts-lieux, dont tu prisais l’orgueil
Oppose au grand azur qui s’emplit de lumières
L’auguste frondaison de ses rameaux en deuil
Et semble un renouveau de tes forces premières.

V

Peut-être sa racine errant dans les limons
Trempe sa sève antique au sang de ta jeunesse.
Faut-il, O mon ami, que le gardien des monts
D’un siècle à l’autre ainsi de nos souffles renaisse ?

Est-ce là pour la vie un terme glorieux ?
Oh ! dis-moi, toi qui sais les énigmes des choses
Quel mirage a séduit ton esprit curieux
Pour t’enivrer d’espoir en les Métamorphoses ?

Par quels rayons nouveaux tes yeux sont-ils dorés ?
La barque dont ta main a brisé l’armature,
Ah ! quelles cargaisons de bonheurs ignorés
T’a-t-elle su promettre au port de l’Aventure ?

VI

Je ne viens pas troubler ton rêve évanoui.
Mais l’éclair d’un regard et le pli d’une rose
N’auraient-ils pu suffire à ton coeur ébloui
Pour chanter sur la route un hymne moins morose !

Laisse, Ami, laisse-moi devant ton frais tombeau,
Parmi l’oubli des odeurs, la vanité des choses,
Ecouter la Sagesse en ce désert enclose
Et conjurer la mort dans l’attente du Beau.

Qu’est-ce la vie en somme et que dois-je en attendre,
Puisque tout doit périr et fumier devenir !
O Poète, les yeux fermés sur l’avenir,
Je n’ai pas à presser l’heure qui doit descendre,

Et je reste les bras croisés et le coeur tendre…

(Jacques Rabemananjara)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

Cigale (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015



De l’ardente cigale
J’eus le destin,
Sa récolte frugale
Fut mon festin.
Mouillant mon seigle à peine
D’un peu de lait,
J’ai glané graine à graine
Mon chapelet.

J’ai chanté comme j’aime
Rire et douleurs;
L’oiseau des bois lui-même
Chante des pleurs;
Et la sonore flamme,
Symbole errant,
Prouve bien que toute âme
Brûle en pleurant.

Puisque Amour vit de charmes
Et de souci,
J’ai donc vécu de larmes,
De joie aussi,
A présent, que m’importe!
Faite à souffrir,
Devant, pour être morte,
Si peu mourir.

La chanteuse penchée
Cherchait encor
De la moisson fauchée
Quelque épi d’or,
Quand l’autre moissonneuse,
Forte en tous lieux,
Emporta la glaneuse
Chanter aux cieux.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À UNE FEMME DÉTESTÉE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2015



À UNE FEMME DÉTESTÉE

Combien je vous déteste et combien je vous fuis:
Vous êtes pourtant belle et très noble d’allure,
Les Séraphins ont fait votre ample chevelure
Et vos regards couleur du charme brun des nuits.

Depuis que vous m’avez froissé, jamais depuis,
N’ai-je pu tempérer cette intime brûlure :
Vous m’avez fait souffrir, volage créature,
Pendant qu’en moi grondait le volcan des ennuis.

Moi, sans amour jamais qu’un amour d’Art, Madame,
Et vous, indifférente et qui n’avez pas d’âme,
Vieillissons tous les deux pour ne jamais nous voir.

Je ne dois pas courber mon front devant vos charmes ;
Seulement, seulement, expliquez-moi ce soir,
Cette tristesse au coeur qui me cause des larmes.

(Emile Nelligan)


Illustration: Albert Edelfelt

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :