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Poésie

Posts Tagged ‘charmilles’

Si tu ne parles pas (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Si tu ne parles pas, certes j’endurerai ton silence;
j’en emplirai mon coeur.
J’attendrai tranquille, la tête bas penchée,
et pareil à la nuit durant sa vigile étoilée.

Le matin sûrement va venir;
la ténèbre céder, et ta voix va s’épandre en jaillissements d’or ruisselant à travers le ciel.
Tes paroles alors s’essoreront en chansons de chacun de mes nids d’oiseaux
et tes mélodies éclateront en fleurs sur toutes les charmilles de mes forêts.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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La demoiselle (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



La demoiselle.
Sur la bruyère arrosée
De rosée ;
Sur le buisson d’églantier ;
Sur les ombreuses futaies ;
Sur les haies
Croissant au bord du sentier ;

Sur la modeste et petite
Marguerite,
Qui penche son front rêvant ;
Sur le seigle, verte houle
Qui déroule
Le caprice ailé du vent ;

Sur les prés, sur la colline
Qui s’incline
Vers le champ bariolé
De pittoresques guirlandes ;
Sur les landes ;
Sur le grand orme isolé,

La demoiselle se berce ;
Et s’il perce
Dans la brume, au bord du ciel,
Un rayon d’or qui scintille,
Elle brille
Comme un regard d’Ariel.

Traversant, près des charmilles,
Les familles
Des bourdonnants moucherons,
Elle se mêle à leur ronde
Vagabonde,
Et comme eux décrit des ronds.

Bientôt elle vole et joue
Sur la roue
Du jet d’eau qui, s’élançant
Dans les airs, retombe, roule
Et s’écoule
En un ruisseau bruissant.

Plus rapide que la brise,
Elle frise,
Dans son vol capricieux,
L’eau transparente où se mire
Et s’admire
Le saule au front soucieux ;

Où, s’entr’ouvrant blancs et jaunes,
Près des aunes,
Les deux nénuphars en fleurs,
Au gré du flot qui gazouille
Et les mouille,
Étalent leurs deux couleurs ;

Où se baigne le nuage ;
Où voyage
Le ciel d’été souriant ;
Où le soleil plonge, tremble,
Et ressemble
Au beau soleil d’Orient.

Et quand la grise hirondelle
Auprès d’elle
Passe, et ride à plis d’azur,
Dans sa chasse circulaire,
L’onde claire,
Elle s’enfuit d’un vol sûr.

Bois qui chantent, fraîches plaines
D’odeurs pleines,
Lacs de moire, coteaux bleus,
Ciel où le nuage passe,
Large espace,
Monts aux rochers anguleux,

Voilà l’immense domaine
Où promène
Ses caprices, fleur des airs,
La demoiselle nacrée,
Diaprée
De reflets roses et verts.

Dans son étroite famille,
Quelle fille
N’a pas vingt fois souhaité,
Rêveuse, d’être comme elle
Demoiselle,
Demoiselle en liberté ?

(Théophile Gautier)

 

 

 

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Je sais que tu es pauvre… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



Illustration: Kuroda Seiki
    
Je sais que tu es pauvre…

Je sais que tu es pauvre:
tes robes sont modestes.
Mine douce, il me reste
ma douleur : je te l’offre.

Mais tu es plus jolie
que les autres, ta bouche
sent bon — quand tu me touches
la main, j’ai la folie.

Тu es pauvre, et à cause
de cela tu es bonne;
tu veux que je te donne
des baisers et des roses.

Car tu es jeune fille :
les livres t’ont fait croire
et les belles histoires,
qu’il fallait des charmilles,

des roses et des mûres,
et les fleurs des prairies;
que dans la poésie
on parlait de ramures.

Je sais que tu es pauvre :
tes robes sont modestes. .
Mine douce, il me reste
ma douleur : je te l’offre.

(Francis Jammes)

 

Recueil: De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tapisserie (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



 

jardin secret

Tapisserie

Un magique jardin aux merveilleuses flores,
Avec des escaliers, des rampes, des bosquets ;
Sur les arbres taillés un vol de perroquets
Mêle un éclat vivant d’ailes multicolores ;

Et, tout au fond, dans les charmilles compliquées
Que l’Automne pique de ses parcelles d’or,
Se dresse, solitaire, un vieux Palais où dort
Un lointain souvenir de fêtes évoquées ;

La dégradation douce d’un crépuscule
Enveloppe le beau jardin et s’accumule
Sur le luxe défunt des fastes accomplis ;

Dans les arbres les perroquets à vifs plumages
Volettent, comme si, troublant les longs oublis,
Quelque Belle y traînait ses robes à ramages.

(Henri de Régnier)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration

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Le Luxembourg (André Dumas)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



… Et c’est l’heure où, quittant leurs retraites, les Muses
Qu’effarouchent le jour, et la foule, et le bruit,
Profitent du silence amical de la nuit
Pour s’en venir rôder sous les branches confuses.

Elles vont, viennent, jouent, traversent un sentier,
S’arrêtent sous les yeux indulgents de Banville,
Vont distraire un moment de son rêve tranquille
Le bon Watteau perdu dans le jardin fruitier.

Ou, pieds nus, le corps ceint d’écharpes agrafées,
Elles glissent autour des parterres fleuris.
Mais Banville et Watteau ne sont pas trop surpris
Ayant toujours vécu dans le pays des fées.

Verlaine songe à des paysages choisis.
La Velléda sourit à la nuit enchantée.
Et, quittant leur fontaine, Acis et Galatée
Echappent au Titan qui fronce les sourcils.

… Et j’attends, et j’écoute, et j’épie, enivré
Par les tièdes senteurs qui montent des charmilles.
Tout rêve, et le fait seul d’en avoir clos les grilles
Du parc inaccessible a fait un bois sacré.

(André Dumas)

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L’enfant (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



Henri Rousseau_la_Guerre

L’enfant

Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,
Chio, qu’ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un choeur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tète blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d’Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

(Victor Hugo)

Illustration: Henri Rousseau

 

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RÊVE INTERMITTENT D’UNE NUIT TRISTE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2015



Albert Lichten (17) [1280x768]

RÊVE INTERMITTENT D’UNE NUIT TRISTE

[…]
O champs paternels hérissés de charmilles
Où glissent le soir des flots de jeunes filles !

O frais pâturages où de limpides eaux
Font bondir la chèvre et chanter les roseaux !

O terre natale ! à votre nom que j’aime,
Mon âme s’en va toute hors d’elle-même ;

Mon âme se prend à chanter sans effort ;
A pleurer aussi tant mon amour est fort !

J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes ;
Et voilà pourquoi mes pleurs eurent leurs charmes.

Voilà, mon pays, n’en ayant pu mourir,
Pourquoi j’aime encore au risque de souffrir.

Voilà, mon berceau, ma colline enchantée,
Dont j’ai tant foulé la robe veloutée,

Pourquoi je m’envole à vos bleus horizons,
Rasant les flots d’or des pliantes moissons.
[…]

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Albert Lichten

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