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Poésie

Posts Tagged ‘charnel’

Pour trouver l’authentique amour (Vincent La Soudière)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



Illustration: Oleg Zhivetin    
    
Ronsard écrivant ses Amours au son du luth et de la
flûte ne désignait, frauduleusement, que la passion la plus charnelle.

Pour trouver l’authentique amour,
il faut se tourner vers les saints et les mystiques de tous les temps,
qui en ont fait l’objet de leur quête personnelle et presque insensée.

Au Xe siècle, Hallâj s’écriait :
« Entre moi et Toi, il y a un  » c’est moi  » qui me tourmente.
Ah ! enlève par ton » c’est Moi « ,
mon  » c’est moi  » hors d’entre nous deux ».

(Vincent La Soudière)

 

Recueil: Brisants
Traduction:
Editions: Arfuyen
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UN INFINI CHAGRIN (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Lawrence Alma-Tadema
    
UN INFINI CHAGRIN sort des passes d’amour
Même riches de coeur, et grandit la méprise
A partir des toisons d’un piédestal sacré
Sur lequel nue on a installé la déesse;

Les charnelles poussées en mourant se déplacent
Et doivent dans le non-charnel avoir accès
Pour finir apaisement tremblant : qu’elles reforment
Dans un beau vers noirci tout l’émoi transmué!

Le vers qui dit le seul Amour sans un objet
La seule effusion dans le sein de mon père
Participant à notre plus triste secret.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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COEUR (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
COEUR

Il ne sait pas mon nom
Ce coeur dont je suis l’hôte,
Il ne sait rien de moi
Que des régions sauvages.
Hauts plateaux faits de sang,
Épaisseurs interdites,
Comment vous conquérir
Sans vous donner la mort?
Comment vous remonter,
Rivières de ma nuit
Retournant à vos sources
Rivières sans poissons
Mais brillantes et douces.
Je tourne autour de vous
Et ne puis aborder,
Bruits de plages lointaines,
O courants de ma terre
Vous me chassez au large
Et pourtant je suis vous,
Et je suis vous aussi
Mes violents rivages,
Écumes de ma vie.

Beau visage de femme,
Corps entouré d’espace,
Comment avez-vous fait,
Allant de place en place,
Pour entrer dans cette lie
Où je n’ai pas d’accès
Et qui m’est chaque jour
Plus sourde et insolite,
Pour y poser le pied
Comme en votre demeure,
Pour avancer la main
Comprenant que c’est l’heure
De prendre un livre ou bien
De fermer la croisée.
Vous allez, vous venez,
Vous prenez votre temps
Comme si vous suivaient
Seuls les yeux d’un enfant.

Sous la voûte charnelle
Mon coeur qui se croit seul
S’agite prisonnier
Pour sortir de sa cage.
Si je pouvais un jour
Lui dire sans langage
Que je forme le cercle
Tout autour de sa vie!
Par mes yeux bien ouverts
Faire descendre en lui
La surface du monde
Et tout ce qui dépasse,
Les vagues et les deux,
Les tetes et les yeux!
Ne saurais-je du moins
L’éclairer à demi
D’une mince bougie
Et lui montrer dans l’ombre
Celle qui vit en lui
Sans s’étonner jamais.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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D’après tes cheveux rougeoyants (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



    
D’après tes cheveux rougeoyants s’instaure
Un crépuscule,en gage de quelles perles implorantes;
D’après la vigne charnelle ta beauté se retord
Sur moi,avec des opiums aussi fourmillants
Qu’immobile attend ma chair littérale;
Déjà tournoie l’attentif vent spirituel
Sur le massacre des grives et des merles
De cette rapide forêt que ton sourire dévoile;

M’arrêtant,je lève les yeux du mieux que je puis,
Où se referme l’arc de deux bougies frêles
Au-dessus d’une cézannienne aquarelle.
Mais,d’amour assoiffée,tu souffles ce qui luit;
En totale terreur de l’obscurité réelle
Changeant l’équivalent timide d’un rêve.

***

After your poppied hair inaugurates
Twilight,with earnest of what pleading pearls;
After the camal vine your beauty curls
Upon me,with such tingling opiates
As immobile my literal flesh awaits;
Ere the attent wind spiritual whirls
Upward the murdered throstles and the merles
Of that prompt forest which your smile creates;

Pausing,I lift my eyes as best I can,
Where twain frail candles close their single arc
Upon a water-colour by Cezanne.
But you,love thirsty,breathe across the gleam;
For total terror of the actual dark
Changing the shy equivalents of dream.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Le crépuscule est doux (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




    
Le crépuscule est doux
à celle qui attend
à travers le grillage
le bonheur de deux yeux.

Et voici qu’ils s’en viennent.

Elle sent son parfum
glisser ses fleurs en elle,
s’épanouir au coeur
la grande rose charnelle.

Et son baiser est loin
qu’il peut donner à d’autres,
à toutes les passantes, vacarme de la rue,
qui sont tentées d’amour par sa blondeur d’avoine.
A peine si son doigt
peut toucher ce soleil,
mais son regard avide
languit sur cette peau,
plus difficile à prendre
qu’une image au miroir,
ô ce lointain reflet
dont elle est amoureuse,
ce tournoi de lumières
qui vient pour l’aveugler !

Il voit à sa fenêtre
la pâle suppliciée
et lui dédie son coeur
dont il n’a rien écrit.

Puis il va dans sa vie.
gourmand de belles lèvres,
mordre un sang qui soit libre,

et la nuit tombe en elle.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Source (Michel Voiturier)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



Illustration: Jean-Jacques Henner
    
Source

L’une se pencha. Elle tendit sa paume vers l’eau.
La peau prenait l’allure d’une amphore.
La main s’approcha, coupe charnelle.

Le forestier était créature honnête.
Il tira d’abord en l’air.
Ensuite il ajusta, comme au stand d’entraînement.
De façon que le corps en tombant ne rougisse pas le flux transparent
et ne perturbe pas les poissons autorisés à aller et revenir selon leur fantaisie.

(Michel Voiturier)

 

Recueil: Dits en plain désert
Editions: Clarisse

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NORTHAMPTON 1922 – SAN FRANCISCO 1939 (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
NORTHAMPTON 1922 – SAN FRANCISCO 1939

Toute la nuit la pluie transperce le brouillard.
Les yeux ouverts, je me retourne sur l’oreiller défait.
Des cornes de brume gémissent sur la mer déserte.
Combien de temps
Depuis cette nuit où les fleurs de poirier.

Tremblaient dans la lumière palpitante de la lune ?
Je suis réveillé en sursaut
Par cette odeur âcre et charnelle des fleurs de poirier.
Quelque part dans le monde, je suppose,
Tu es toujours en vie, la quarantaine, mère de famille,
Des enfants au seuil de la jeunesse.

(Kenneth Rexroth)

 

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Fantôme de ta nudité (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



Fantôme de ta nudité
Fantôme enfant de ta simplicité
Dompteur puéril sommeil charnel
De libertés imaginaires.

(Paul Eluard)

Illustration: Gianni Strino

 

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Caresse étroitement (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



Illustration: Marwan George Khoury
    
la souffrance
ne court plus
comme un feu à travers le bois sec
dans chacune de tes cellules
pulse une étoile
juste et sensible
charnelle
à cet essentiel pressentiment
tu dis oui
l’amour n’a pas de cause
le coeur n’a pas de cause
l’univers n’a pas de cause

Caresse étroitement ta dernière caresse

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Un livre (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017




    
Mesure-t-on véritablement la grande réserve des mots qui nous habitent,
savons-nous réellement l’immensité de notre mandala verbal ?

Laissons-nous prendre, reprendre et surprendre encore
par la plasticité charnelle des mots,
par leur circulation amoureuse, illimitée.

Un livre, c’est toujours une respiration, un rythme — une providence.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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