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Poésie

Posts Tagged ‘charnier’

Mélusine (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2017




    
Mélusine

Le vent sifflait au loin les meutes de la mort
Et la tour frissonnait parmi les ronces sèches
D’où fuyaient des corbeaux dispersant leur essor,
C’est alors qu’apparut, s’avançant sur la brèche,

Un spectre que l’amour jusqu’en la tombe allèche,
Mélusine: serpent, femme, vampire, un corps
Fragile et que cinglaient épars en lourdes mèches
Des cheveux déroulés croulant d’un flot retors.

Dans la nuit qu’une lune écarlate illumine,
La voici qui se noue au fantôme évoqué
D’un chevalier hautain sous l’armure et casqué,

Colle sa bouche au dur métal qui l’embéguine
Et, glapissant ainsi qu’un loup sur un charnier,
Froisse sa lèvre blême à l’impassible acier.

(Marie Dauguet)

 

 

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La nuit ouvre ses yeux (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Jacqueline Fabbri
    
La nuit ouvre ses yeux en nous.
Rien ne retient plus le regard.
On fait corps avec le coeur.
L’onde est porteuse.
Juste à l’angle du temps.
La survie peut être célébrée.
On puise, mais avec une telle précision.

Si nue l’évidence quelle troue tous les pourquoi.
Au fond du charnier, une étoile ivre.
Des empreintes imprimées par le coeur.
Quelques arcs-en-ciel terrassés.
On laisse le bleu creuser son ombre.
Une seule goutte de feu suffit.
Ébloui, obstinément.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Qu’il est bon et douloureux (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017



Illustration
    
Qu’il est bon et douloureux
de marcher à vive allure
dans le charnier tranquille des feuilles mortes
qui recouvrent les allées mémorielles
et dont les carcasses fumantes de clarté
dégagent une odeur de matin vieux

(Laurent Albarracin)

 

Recueil: Le Secret secret
Editions: Flammarion

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Race (Karen Gershon)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Race

Lorsque je retournais dans ma ville d’origine,
je croyais que personne ne se soucierait
de savoir qui j’étais et ce que je pensais
Mais c’était comme si les gens voyaient
partout un écho de qui j’étais,
ils connaissaient mon histoire en regardant mon visage
et moi, qui suis toujours seule,
je devins un symbole de ma race.

Comme tout juif vivant j’ai
vu dans mon imaginaire
les chambres à gaz, les charniers,
ce corps inconnu qui a été le mien
et j’ai trouvé dans chaque visage allemand,
derrière le masque, la marque de Caïn.
Je ne ferai pas miennes leurs pensées
en haïssant les gens pour leur race

(Karen Gershon)

 

 

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Enfer (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
À l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre , à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller [le] troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux- destins éphémères;
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères;
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Bernard Buffet

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Enfer (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
A l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller le troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux destins éphémères,
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères,
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Jerome Bosch

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Tu me faisais croire (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2016



 

William Blake   - Evil

Tu me faisais croire que ton nom maudit
c’était le mien, l’imprononçable,
que ta face, c’était ma face, ma prison,
que ma peau détestée vivait de ta vie,
mais je t’ai vu : tu es un autre,
tu peux bien me tourmenter à jamais,
tu peux m’écraser dans des charniers
sous les cadavres de toutes les races disparues,
tu peux me brûler dans la graisse des dieux morts,
je sais que tu n’es pas moi-même…

(René Daumal)

Illustration: William Blake

 

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Dans une solitude (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2015



Rob Gonzalves 5c

Dans une solitude entre toutes choisies
parfois l’instant sacré d’une aile suspendue
Sur nous l’aile couleur des lointains
un ange une grande Victoire inattendue
Une force sereine l’Espérance
dans son halo fragile apporte l’aromate
Qui nous élève au-dessus des charniers
preuve d’azur d’un temps plus beau tableau qu’aucun démon ne gratte

(Ernest Delève)

Illustration: Rob Gonzalves

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Les conquérants (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2015


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Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d’un mirage doré;

Ou penchés à l’avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles.

(José-Maria de Heredia)

 

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Dans le désir (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2015



dans le désir je me perds la durée
sans fin ni départ
chaos dense immobile au fond des dunes
au fil des dunes
en l’air très haut se contractant
crissantes

oiseaux mes traces
un charnier d’os blanchis de suite ensablés

poursuis

(Pierre Dhainaut)

Illustration

 

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