Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘charnier’

Enfer (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
A l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller le troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux destins éphémères,
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères,
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Jerome Bosch

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

CHRYSANTHEME (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



chrysantheme

CHRYSANTHEME

Sous les amandiers, au pied noir des treilles,
Au coeur des corbeilles,
Au sein des massifs, au long des allées,
Sont tombées fanées,
De toutes senteurs, de toutes couleurs,
Des fleurs et des fleurs.

Elles ont péri, les fleurs lascives,
D’amours excessives

Avec le soleil en rut sur leur coeur
Lubrifié d’odeurs.

Il en est tombé, il en est tombé
Sur la terre dure,
Pendant tout l’été,
Séchées de baisers, mûres de luxure ;
Acres chairs d’oeillets, sexes noirs d’iris,
Et même des lys,
Et surtout des lys.

Et de ce charnier par l’eau fécondé,
Et de ce charnier,
A peine frôlé par des rayons blêmes,
Marqué d’anathème,
Voici naître le pathétique chrysanthème

(Charles Vildrac)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHERCHER (Jean-Luc Pouliquen)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2018



 

CHERCHER

(…)
Chercher
au-delà du mensonge
de l’ombre des charniers
dans la complainte des peuples
et la musique des feuillages
Est-elle si loin
l’aurore fraternelle
la liberté gagnée
au chaos déferlant?

(Jean-Luc Pouliquen)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Chelin Sanjuan

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mélusine (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2017




    
Mélusine

Le vent sifflait au loin les meutes de la mort
Et la tour frissonnait parmi les ronces sèches
D’où fuyaient des corbeaux dispersant leur essor,
C’est alors qu’apparut, s’avançant sur la brèche,

Un spectre que l’amour jusqu’en la tombe allèche,
Mélusine: serpent, femme, vampire, un corps
Fragile et que cinglaient épars en lourdes mèches
Des cheveux déroulés croulant d’un flot retors.

Dans la nuit qu’une lune écarlate illumine,
La voici qui se noue au fantôme évoqué
D’un chevalier hautain sous l’armure et casqué,

Colle sa bouche au dur métal qui l’embéguine
Et, glapissant ainsi qu’un loup sur un charnier,
Froisse sa lèvre blême à l’impassible acier.

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La nuit ouvre ses yeux (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Jacqueline Fabbri
    
La nuit ouvre ses yeux en nous.
Rien ne retient plus le regard.
On fait corps avec le coeur.
L’onde est porteuse.
Juste à l’angle du temps.
La survie peut être célébrée.
On puise, mais avec une telle précision.

Si nue l’évidence quelle troue tous les pourquoi.
Au fond du charnier, une étoile ivre.
Des empreintes imprimées par le coeur.
Quelques arcs-en-ciel terrassés.
On laisse le bleu creuser son ombre.
Une seule goutte de feu suffit.
Ébloui, obstinément.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qu’il est bon et douloureux (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017



Illustration
    
Qu’il est bon et douloureux
de marcher à vive allure
dans le charnier tranquille des feuilles mortes
qui recouvrent les allées mémorielles
et dont les carcasses fumantes de clarté
dégagent une odeur de matin vieux

(Laurent Albarracin)

 

Recueil: Le Secret secret
Editions: Flammarion

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Race (Karen Gershon)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Race

Lorsque je retournais dans ma ville d’origine,
je croyais que personne ne se soucierait
de savoir qui j’étais et ce que je pensais
Mais c’était comme si les gens voyaient
partout un écho de qui j’étais,
ils connaissaient mon histoire en regardant mon visage
et moi, qui suis toujours seule,
je devins un symbole de ma race.

Comme tout juif vivant j’ai
vu dans mon imaginaire
les chambres à gaz, les charniers,
ce corps inconnu qui a été le mien
et j’ai trouvé dans chaque visage allemand,
derrière le masque, la marque de Caïn.
Je ne ferai pas miennes leurs pensées
en haïssant les gens pour leur race

(Karen Gershon)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Enfer (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
À l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre , à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller [le] troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux- destins éphémères;
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères;
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Bernard Buffet

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu me faisais croire (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2016



 

William Blake   - Evil

Tu me faisais croire que ton nom maudit
c’était le mien, l’imprononçable,
que ta face, c’était ma face, ma prison,
que ma peau détestée vivait de ta vie,
mais je t’ai vu : tu es un autre,
tu peux bien me tourmenter à jamais,
tu peux m’écraser dans des charniers
sous les cadavres de toutes les races disparues,
tu peux me brûler dans la graisse des dieux morts,
je sais que tu n’es pas moi-même…

(René Daumal)

Illustration: William Blake

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Dans une solitude (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2015



Rob Gonzalves 5c

Dans une solitude entre toutes choisies
parfois l’instant sacré d’une aile suspendue
Sur nous l’aile couleur des lointains
un ange une grande Victoire inattendue
Une force sereine l’Espérance
dans son halo fragile apporte l’aromate
Qui nous élève au-dessus des charniers
preuve d’azur d’un temps plus beau tableau qu’aucun démon ne gratte

(Ernest Delève)

Illustration: Rob Gonzalves

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :