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RONDEAU DE LA CHAIR TROP LOURDE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020



Illustration
    
RONDEAU DE LA CHAIR TROP LOURDE

Toujours ce poids qui t’attache à la terre,
Ce pied de plomb tirant sur le genou,
Et cette tête à ton tronc peu légère,
Mal emmanchée à ton douloureux cou;
Toujours le fiel dans cette bouche amère,
Des yeux piquants l’âcre larme qui sourd,
La cire épaisse au creux du tympan sourd;
Du gros cerveau que la tempe resserre
Toujours ce poids!

Toujours ces dents dont l’ivoire s’altère,
Ce crin hirsute en guerre avec le pou,
Toujours ce ventre enflant en demi-sphère
La pommaison de son grotesque chou.
A sa grinçante et peineuse charnière
Toujours ce bras qui pend débile et gourd,
Cette main moite où toute crasse accourt;
Du sang, de l’os, du muscle et du viscère
Toujours ce poids!

Nul réconfort au fond de ta misère
Que de presser un être encor plus mou,
Encor plus creux : tel lard en souricière,
Offrant l’appât de son funeste trou.
Lors sans bonnet sur ton occiput glabre,
Sans gant le carpe et le fémur sans bas,
En toute paix par les luneux sabbats
Tu branleras le tarse au bal macabre.
Courage encor!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Le babil inconnu (Michael Edwards)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019


hiver

Nous respirons à peine. Les couleurs,
Les sons familiers des jours, les mains,
Les coeurs, attendent, mais déjà
Tout a changé, ou change, et dépasse
La poésie. Ce n’est pas
Comme la forme des arbres en hiver
Rendue visible par l’absence
Et l’avenir des feuilles.
Demain, par la brume lumineuse,
Nous demande d’ouvrir la lourde porte,
Malgré la peur, d’en être la charnière.
Le corps de l’âme cherche
En cet autre monde, son pays,
Dans les mêmes bouches, le babil inconnu.

***

We hardly breathe? Colours await,
A world of ordinary sounds,
Ans delves, and hands, and everything
Utterly different, and quite
Beyond imagining. Unlike
The structure of the winter trees,
Made visible within the absence
And futurity of leaves.
Tomorrow on the other side,
In a misting light, of an ancient door,
Appeals, appals, we two the hinge.
The body of the soul is moved
To seek its own in that other world,
New voices babbling in the old.

(Michael Edwards)

(NB: l’auteur est bilingue et il a traduit en français son poème puis reconstruit le poème anglais)

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La rouille (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2019



Elle fait mal aux charnières
mal aux morts mal à la scie
et mal aux vieilles prières
elle tue le sabre aussi

Rampe et jamais ne s’enlise
elle est l’eau elle est le feu
elle est déjà dans la brise
au premier souffle de Dieu

Mieux que rage mieux que foudre
elle est la crasse du ciel
et passerelle de poudre
entre l’abeille et le miel

Je sens bien sa langue brune
à chaque tour de mon sang
à grands efforts sur l’enclume
mon coeur lui forge des dents.

(Henri Gougaud)


Illustration

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Les chemins partent sans ma voix (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Les chemins partent sans ma voix
et tournent dans les moissons reposées.
Je foule des routes qui ne vont
que vers la souffrance ou la mort.
Pourquoi choisir à chaque carrefour?
On m’ouvre des bras sans charnières.

Je veille sous la lampe du front
Le regard aussi grand que les murs.
Chaque soir, je me referme avec des gestes
qui sont ceux d’une enfance mal cicatrisée.
La rue frappe mon pied désorienté
par les mille années de sommeil d’une nuit.

Le vent ne me quitte pas au premier tournant.
J’aborde enfin à la clarté du jour
qui surgit de chaque pierre dénudée
et n’atteint pas le visage douloureux
qui monte avec les doigts du sang
derrière les vitres où se fane mon œil.

(Lucien Becker)

 

 

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De ce qui vient (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration:  Jean Zakarauskas
    

De ce qui vient du fond de l’oreille,
tu n’es pas responsable,
ni de ce qui vient de l’horizon,

mais tu l’es, pleinement,
de leur charnière,
le poème.

(Pierre Dhainaut)

 

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On m’ouvre des bras qui n’ont pas de charnières (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Yoshiro Tachibana Desnuda con la luna y el sol(55x46)

On m’ouvre des bras qui n’ont pas de charnières
Je veille sous la lampe du front
Le regard aussi grand que les murs
Je me referme avec des gestes
Qui sont ceux de mon enfance mal cicatrisée
Ma pipe est plus chaude que mon cœur
La rue frappe plus fort mon pied désorienté
par les mille années de sommeil d’une nuit
Le vent ne me quitte pas
au premier tournant
Je viens avec peine à la clarté du jour
qui regarde de chaque pierre
et n’atteint pas le visage douloureux
qui monte avec les doigts du sang
derrière les vitres où se fane mon œil.

(Lucien Becker)

Illustration: Yoshiro Tachibana

 

 

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Quand il entra dans la Cité (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



 

Quand il entra dans la Cité
quelqu’un parla d’hivernage absolu
les maisons se fermèrent comme des trappes
entre l’homme et la femme
il n’y eut plus que l’infime charnière
d’une lame de Tolède
et le déni du pardon
replaça le monde
en des mains immobiles

(Georges Henein)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Arthur Hacker

 

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L’eau du puits (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016




Ouvre l’eau du puits. Donne
à la soif un moment
de répit; à la main
la chance de sauver.

Nuit des cils. Être vu.
L’objet luit pour la main.
Le bruit broute le bruit.
L’eau cerne la mémoire.

Le terme. L’avant-monde.
Dépassé le souci.
L’aventure est fidèle
au glas du songe en flammes.

Je suis. Je fus. Charnière
longue file de fauves.
Je vois, verrai. Confiance.
de l’arbre dans le fruit.

Jours de craie. Les ardoises.
palpitent de prémices.
Le mot survit au signe.
Le paysage à l’encre.

Routes. L’infini.
Le don du visage.
Aux saisons, les rides
Au sol, les grands fleuves.

(Edmond Jabès)

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