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L’OISEAU D’OR DE BRANCUSI (Mina Loy)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019



Illustration: Constantin Brancusi   
    
L’OISEAU D’OR DE BRANCUSI

Et le jouet
devint l’archétype esthétique

Comme si la patience de quelque Dieu paysan
avait poli et poli
l’Alpha et l’Oméga
de la forme
à partir d’une masse de métal

Orientation dénudée
désempennée déplumée
dans la dynamique du vol
le rythme final
a élagué les extrémités
de crêtes et de serres

L’acte absolu
de l’art
accorda
à la chasteté de la sculpture
‒ nue comme l’arcade d’Osiris –
sein de la révélation

une courbe incandescente
léchée par les flammes chromatiques
dans les labyrinthes du jeu des reflets

L’hyperesthétisme
de ce gong de cuivre affiné
transperce l’air
comme

la lumière agressive
délivre
sa signification

L’immaculée
conception
de l’inaudible oiseau
jaillit
d’une superbe retenue

(Mina Loy)

 

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C’est à penser que l’on pense (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2019


 


Constantin  Brancusi    L’oiseau dans l’espace

 

C’est à penser que l’on pense.
O chasteté de la danse,
bel oiseau de Brancusi,
le rêve donne appétit.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Constantin  Brancusi 

 

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Ce blanc pied nu (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018



    

Ce blanc pied nu plonge dans l’herbe fraîche,
Son pas, toute douceur, toute chasteté,
Et par vertu de ces tendres empreintes
Voici que les fleurs s’ouvrent, qu’elles embaument.

Puis Amour, qui n’englue que les coeurs bien nés,
Dédaignant d’imposer sa puissance aux autres,
Me fait de ces beaux yeux un plaisir si vif
Que je n’ai plus désir d’aucun autre bien.

Elle va, elle me regarde, ses yeux brillent,
Ses paroles sont tendres : en harmonie
Avec sa modestie, sa noble réserve.

Et ce sont là quatre étincelles, parmi d’autres,
Dont naît l’immense feu dont je vis et brûle,
Moi, cet oiseau de nuit dans le soleil.

***

Corne ‘l candido pie’ per l’erba fresca
i dolci passi honestamente move,
verni che ‘ntorno i fiori apra et rinove,
de le tenere piante sue par ch’esca.

Amor che solo i cor’ leggiadri invesca
né degna di provar sua forza altrove,
da’ begli occhi un piacer si caldo piove
ch’i’ non curo altro ben né bramo altr’ésca.

Et co l’andar et col soave sguardo
s’accordan le dolcissime parole,
et l’atto mansüeto, humile et tardo.

Di tai quattro faville, et non già sole,
nasce ‘l gran foco, di ch’io vivo et ardo,
che son fatto un augel notturno al sole.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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Elle est Notre Dame universellement (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Mermet  Marie

Hommage aux anges
[37]

Ceci est un symbole de beauté (poursuis-tu),
elle est Notre Dame universellement,

je la vois comme tu la projettes,
pas du tout déplacée

flanquée de colonnes corinthiennes,
ou dans une nef copte,

ou figée au-dessus de la porte centrale
d’une cathédrale gothique ;

tu t’es montré généreux envers elle
(pour répéter ta propre expression),

tu l’as sculptée haute et on ne peut s’y tromper,
une figure hiératique, la Déesse voilée,

que ce soit des sept délices,
que ce soit des sept fers de lance.

[38]

Oh oui — tu comprends, dis-je,
tout cela est des plus satisfaisants,

mais elle n’était pas hiératique, elle n’était pas figée,
elle n’était pas de grande taille ;

elle est la Vestale
de l’époque de Numa,

elle transporte le culte
de la Bona Dea,

elle porte un livre mais ce n’est pas
le tome de la sagesse ancienne,

les pages, j’imagine, en sont les pages blanches
du volume non écrit de la nouvelle sagesse ;

tout ce que tu dis, est implicite,
tout cela et bien davantage ;

mais elle n’est pas enfermée dans une grotte
comme une Sibylle ; elle n’est pas

emprisonnée dans les barreaux de plomb
d’une vitre colorée ;

elle est Psyché, le papillon,
sortie du cocon.

[39]

Mais plus proche de l’Ange Gardien
ou bon Démon,

elle est le verso de la médaille
de la terreur primitive ;

elle est non-peur, elle est non-guerre,
mais elle n’est pas une figure symbolique

de paix, charité, chasteté, bonté,
foi, espoir, récompense ;

elle n’est pas Justice aux yeux
bandés comme ceux de l’Amour ;

je t’accorde la pureté symbolique de la colombe,
je t’accorde que son visage était innocent

et immaculé et ses voiles
tels ceux de l’Épouse de l’Agneau,

mais l’Agneau n’était pas avec elle,
ni futur Époux ni Enfant ;

son attention est pleine et entière,
nous sommes son époux et agneau ;

son livre est notre livre ; écrit
ou non écrit, ses pages révéleront

une histoire de Pêcheur,
une histoire de jarre ou de jarres,

les mêmes — différents — les mêmes attributs,
différents et pourtant les mêmes qu’auparavant.

***

This is a symbol of beauty (you continue),
she is Our Lady universally,

I see her as you project her,
not out of place

flanked by Corinthian capitals,
or in a Coptic nave,

or frozen above the centre door
of a Gothic cathedral ;

you have done very well by her
(to repeat your own phrase),

you have carved her tall and unmistakable,
a hieratic figure, the veiled Goddess,

whether of the seven delights,
whether of the seven spear-points.

O yes—you understand, I say,
this is all most satisfactory,

but she wasn’t hieratic, she wasn’t frozen,
she wasn’t very tall;

she is the Vestal
from the days of Numa,

she carries over the cult
of the Bona Dea,

she carries a book but it is not
the tome of the ancient wisdom,

the pages, I imagine, are the blank pages
of the unwritten volume of the new;

all you say, is implicit,
all that and much more;

but she is not shut up in a cave
like a Sibyl; she is not

imprisoned in leaden bars
in a coloured window;

she is Psyche, the butterfly,
out of the cocoon.

But nearer than Guardian Angel
or good Daemon,

she is the counter-coin-side
of primitive terror;

she is not-fear, she is not-war,
but she is no symbolic figure

of peace, charity, chastity, goodness,
faith, hope, reward;

she is not Justice with eyes
blindfolded like Love’s;

I grant you the dove’s symbolic purity,
I grant you her face was innocent

and immaculate and her veils
like the Lamb’s Bride,

but the Lamb was not with her,
either as Bridegroom or Child;

her attention is undivided,
we are her bridegroom and lamb;

her book is our book; written
or unwritten, its pages will reveal

a tale of a Fisherman,
a tale of a jar or jars,

the same—different—the same attributes,
different yet the same as before.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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Le plaisir (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



 

Le plaisir

(donnez-nous des plaisirs aigus
croisés comme des fers d’épées)

Il l’embrasse il la vénère
Elle a des cheveux roux et fous
Ils semblent dire une prière
L’un pour l’autre et contre tous
(ah ! donnez-nous des plaisirs aigus

l’odeur des oeillets sauvages)

Elle sourit au fond de la salle
Une légère moue sur les lèvres
Un col blanc comme une voile
Tendue sur la mer tranquille

(des aiguilles de pins
criblées des feux de l’été)

Elle penche la tête pour cacher
Le trouble de son regard
Son désir et sa chasteté
Pareils au vin à l’eau mêlés

(violet couleur de la mer
violet couleur de la mort)

Pris d’une passion ingénue
Il agite devant ses yeux
Les prestiges de sa bouche
Rêvant son image nue

(comme une bête furieuse
un taureau ivre de rouge)

L’orage gronde sur la côte
Ils sentent venir le désir
De mesurer côte à côte
Le vertige du plaisir

(un paysage endormi
lassé de couleurs et de cris)

Ils reposent ensommeillés
Sur le sable d’une plage
Abandonnés contre les épaves
Seuls et las de s’être enlacés

(Paul Louis Rossi)

Illustration

 

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La Faunesse (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



La Faunesse

SES lèvres ont ravagé les grappes meurtries
Et bu le baiser rouge et cruel du Désir,
Elle ne connaît point les blanches rêveries,
Ni l’amour que les bras ne sauraient point saisir.

Ses regards ont fané la volupté des lignes,
Les roses de la chair, le marbre des contours.
Ses pas ont saccagé les vergers et les vignes,
Et les vierges ont fui devant ses yeux d’amour.

Eros l’agite, et Pan la sert et la protège.
Parfois, elle s’éloigne, et, lasse de l’Eté,
Elle appelle les vents sans parfum et la Neige
Qui promet l’impossible et douce chasteté.

(Renée Vivien)

Illustration: Schoeni

 

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La Chapelle abandonnée (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2017



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La Chapelle abandonnée

Elle se reflète dans une mare où les rainettes vont chanter,
où le clair de lune vient boire, où les nuages vont pleurer.

C’est une pauvre petite chapelle, sans croix, sans vitraux, sans clocher ;
ni saints ni Vierge et pas d’autel, jamais une âme pour y prier.

Ses fidèles sont les brins d’herbe et la frileuse giroflée,
qui regarde par la fenêtre et ne cesse pas de trembler.

De la route on la voit à peine, mais on la voit, et par la baie,
sur l’éboulis qui fut l’autel, l’azur encor frais de son ciel.

Elle est, sous un saule pleureur, la triste amie des hirondelles.
L’araignée y sort de son cœur des voiles tout mouillés de perles.

C’est une douce petite chapelle qui garde les trésors du monde :
le silence, la pauvreté, l’ombre et la chasteté de l’ombre.

Tous les trésors ? hélas ! mon Dieu, l’illusion est morte en elle,
malgré son toit qui vers les cieux monte berçant un bouleau grêle.

Ainsi que deux mains en prière, le bois bénit entre les doigts,
montent les deux côtés du toit : c’est une pauvre petite chapelle

qui frissonne de tous ses lierres, la porte ouverte à l’étranger.
La nuit d’étoiles passe en elle ; c’est la cabane du berger,

et mon asile… Elle me sert à me cacher dans ma misère.
Souvent elle me voit pleurer — pourquoi ? pour rien, pour me distraire —

la tempe couchée sur la pierre, le front coiffé de giroflées
(même elle prend pour des prières mes petits sanglots étouffés)

le jour quand je n’ai rien à faire, et la nuit quand je baye aux fées.

(Paul Fort)

 Illustration

 

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CHASTETÉ (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2016



 

CHASTETÉ

Je voulais ne pas t’aimer,
Amour!
Ma route était lourde et longue.
Tant de crêtes à gravir!
Tant d’idéals à conquérir!

J’ai voulu ne pas t’aimer, Amour!
Contre toi j’ai lutté sans cesse;
Mais tu fuyais, tu revenais,
Toujours riant,
Toujours patient,
Et guettant toutes mes faiblesses.

Ah! j’ai bien lutté contre toi,
Amour.
J’ai bravement conduit ma guerre.
Je t’ai vaincu!
Je suis ton maître.

Je suis ton maître, je t’enchaîne…
Mais tu te coules dans mes veines.
Tu y flues, riant, battant;
Et tu brûles, tu brûles mon sang.

(André Spire)

Illustration: Claude Hardenne

 

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ENERVEMENT D’ANGOISSE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2016



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ENERVEMENT D’ANGOISSE

Douce juive, décloue ma dormition d’argile,
décloua ma tension nerveuse et ma douleur…
Décloue, éternelle aimée, mon interminable ahan et les
deux clous de mes ailes et le clou de mon amour !

Je reviens du désert où je suis beaucoup tombé ;
retire la ciguë et offre-moi tes vins ;
chasse, dont la mimique est la cécité ferrée de Longins,
mes sicaires, avec des pleurs d’amour.

Décloue mes clous, oh ma nouvelle mère!
Symphonie d’oliviers, verse à longs flots tes pleurs !
Alors, tu attendras, assise près de ma chair morte,
la menace qui cède et l’alouette qui s’enfuit !

Tu passes… tu reviens… Ton deuil tresse mon grand cilice
avec des gouttes de curare, tranchants de l’humanité,
la dignité de roc présente dans ta chasteté,
le mercure judithesque de ton miel intérieur.

Il est huit heures d’un matin sorcier crème…
Il y a du froid… Un chien passe rongeant l’os de l’autre
chien qu’il fut. Commence à pleurer dans mes nerfs
l’allumette que j’éteignis en capsules de silence!

Dans mon âme hérétique, chante sa douce fête asiatique
un dionysiaque ennui de café…!

***

NERVAZÓN DE ANGUSTIA

Dulce hebrea, desclava mi tránsito de arcilla;
desclava mi tensión nerviosa y mi dolor….
Desclava, amada eterna, mi largo afán y los
dos clavos de mis alas y el clavo de mi amor!

Regreso del desierto donde he caído mucho;
retira la cicuta y obséquiame tus vinos:
espanta con un llanto de amor a mis sicarios,
cuyos gestos son férreas cegueras de Longinos!

Desclávame mis clavos ¡oh nueva madre mía!
¡Sinfonía de olivios, escancia tu llorar!
Y has de esperar, sentada junto a mi carne muerta,
cuál cede la amenaza, y la alondra se va!

Pasas… vuelves… Tus lutos trenzan mi gran cilicio
con gotas de curare, filos de humanidad,
la dignidad roquera que hay en tu castidad,
y el judithesco azogue de tu miel interior.

Son las ocho de una mañana en crema brujo….
Hay frío….Un perro pasa royendo el hueso de otro
perro que fue….Y empieza a llorar en mis nervios
un fósforo que en cápsulas de silencio apagué!

Y en mi alma hereje canta su dulce fiesta asiática
un dionisiaco hastío de café….!

(César Vallejo)

 Illustration: Daria Petrilli

 

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Hibou et Hippocampes (Louis Daubier)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2015



Hibou

Tu aimes du hibou la neigeuse innocence
Et tu portes, selon la chasteté des eaux,
Un vol d’oiseau
Altéré de silence

Hippocampes

Chevaux-marins de mon enfance,
Mes souvenirs, mes hippocampes,
Vous montez comme font les mots,
Des profondeurs, où les coraux
De la mémoire se diamantent…

(Louis Daubier)

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