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J’entre dans les temples obscurs (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
J’entre dans les temples obscurs,
J’accomplis mon humble rite.
Là j’attends la Belle Dame
À la lueur des veilleuses rouges.

Dans l’ombre d’une haute colonne
Je frémis quand grincent les portes.
Mais d’Elle je ne vois que l’image,
L’image radieuse, qu’un songe.

Oh! je les connais, ces chasubles,
Majestueuse Épouse Éternelle!
Et courent le long des corniches
Les sourires, les contes, les songes.

Ô Sainte, que ces cierges sont doux,
Et que Tes traits me consolent!
Je n’entends ni soupirs ni discours,
Mais je crois : Mon Aimée — c’est Toi.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Faste des Tissus (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



Faste des Tissus

ESTOMPE ta beauté sous le poids des étoffes,
Plus souples que les flots, plus graves que les strophes.

Elles ont la caresse et le rythme des mers,
Et leur frisson s’accorde au blanc frisson des chairs.

Revêts le violet des antiques chasubles,
Parsemé de l’éclair des ors indissolubles.

L’encens apaise encor leurs plis religieux ;
Elles aiment les Purs et les Silencieux.

Evoque, Océanide aux changeantes prunelles,
Le vert glauque où frémit l’écume des dentelles.

Jadis la gravité du velours se plia
Sur tes seins de pavot et de magnolia.

Le satin froid, où la ligne se dissimule,
Gris comme l’olivier fleuri de crépuscule,

Et la moire, pareille au sommeil de l’étang,
Où stagnent les lys verts et les reflets de sang,

Le givre et le brouillard des pâles broderies,
Où les tisseuses ont tramé leurs rêveries,

Parèrent savamment ta savante impudeur
Et ton corps où le rut a laissé sa tiédeur.

Ressuscite pour moi le lumineux cortège
De visions, et sois l’arc-en-ciel et la neige,

Sois la vague, ou la fleur des bocages moussus,
O Loreley, selon la couleur des tissus.

Mes rêves chanteront dans l’ombre des étoffes,
Plus Souples que les flots, plus graves que les strophes

(Renée Vivien)

Illustration: Ferdinand Marternsteig

 

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Le coquillage (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Le coquillage

Peut-être te suis-je inutile,
Nuit; de l’abîme universel
Je suis sur ta rive jeté
Comme un coquillage sans perle.

Ta vague indifférente bat,
Et tu chantes, inconciliable;
Mais tu aimeras, tu apprécieras
Le mensonge de l’inutile coquillage.

Tu vas revêtir ta chasuble,
T’étendre sur le sable auprès de lui,
Y nouer avec des liens indissolubles
La cloche énorme des roulis.

Et le coquillage fragile
Tu vas l’emplir d’un murmure d’écume,
Comme la maison d’un coeur inhabité,
Et de vent, et de pluie, et de brume…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Sabin Balasa

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Sans doute te suis-je inutile, O nuit (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2015



Sans doute te suis-je inutile,
O nuit; de l’abîme du monde,
Comme une coquille sans perle,
Je suis jeté sur ton rivage.

Indifférente tu fais écumer ton flot
Et tu chantes sans conciliation,
Mais tu vas aimer et apprécier
D’une coquille inutile le mensonge.

Sur le sable tu seras près d’elle,
Vêtiras ta chasuble, à
Jamais unie avec elle
L’énorme cloche de la houle.

Et la frêle paroi de la coquille,
Maison d’un coeur inhabité,
Tu la rempliras des murmures
De l’écume, de vent, de pluie, de brume

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Alexandre Séon

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