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Poésie

Posts Tagged ‘châtaigne’

Hiver (Pierre Menanteau)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2022




Hiver

Au nom de ce vent dur qui transperce la terre,
Vieillarde qui s’en va dans son mince manteau;
Au nom du jour où tourne un restant de lumière
Dont le glacis bleuit la flaque ou le corbeau;
Au nom des arbres nus tendant quelques brindilles
Vers ce vieux colporteur qui, toujours courroucé,
Leur impose en passant ses pelotes d’aiguilles
Et dérobe la branche avant de s’écarter,
Faites chauffer le vin et griller la châtaigne,
Et là, près des tisons qui réchauffent la chair,
Prenez garde surtout qu’en vos coeurs ne s’éteigne
Ce feu, cet autre feu qui conjure l’hiver.

(Pierre Menanteau)

 

 

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Quelle était énorme (Issa)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2022




    
Quelle était énorme
Cette châtaigne
Hors de portée

(Issa)

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SONNET A MESME (Olivier de Magny)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022



Illustration: Oleg Zhivetin
    
SONNET A MESME

Ce que j’aime au printemps, je te veux dire, Mesme ;
J’aime à fleurer la rose, et l’oeillet, et le thym,
J’aime à faire des vers, et me lever matin
Pour, au chant des oiseaux, chanter celle que j’aime.

En été, dans un val, quand le chaud est extrême
J’aime à baiser sa bouche et toucher son tétin
Et sans faire autre effet, faire un petit festin
Non de chair, mais de fruit, de fraises et de cresme.

Quand l’automne s’approche et le froid vient vers nous
J’aime avec la chastaigne avoir de bon vin doux
Et assis près du feu, faire une chère lye.

En hiver, je ne puis sortir de la maison,
Si n’est au soir, masqué ; mais, en cette saison,
J’aime fort à coucher dans les bras de ma mie.

(Olivier de Magny)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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GENÈSE (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Francine Van Hove
    
GENÈSE

I
Déboutonner lentement le corps
quand on manque d’air
comme la châtaigne mûre
desserre ses poings épineux.
Le plus important sont les boutonnières
des veines,
des flottilles fatiguées y sont ensablées
et s’en détachent comme des caillots
des bouquets de coquelicots qui fanent,
se mettent à couler
depuis le cou vers le ventre
et le champ rouge
de ton corps déboutonné
frissonne sous le vent frais du matin.

II
Quand l’air manque
je donne un souffle de vie
au souvenir des eaux utérines.
Des branchies repoussent au cou
des ailerons sur les hanches
du duvet sur le dos,
ni homme ni poisson ni oiseau
je cherche mon sexe.
Après l’ange descend
avec un panier
accroché à son aile gauche
tout au fond mon âme
épouille ses plumes.

III
Il émerge
des eaux utérines,
pousse un sanglot,
la première gorgée d’air
ressuscite la mémoire
de vies précédentes.
On le lange,
on lui attache les mains et les jambes
avec une ganse rouge.
Les souvenirs qu’il a ramenés
s’atrophient avec les années
et chaque partie du corps déboutonné
s’abandonne à un rêve différent :
les plantes des pieds – dans des prairies vertes
des oiseaux de mer – sur les paumes
et je ne comprends vraiment plus
qui coud la chemise
qui déboutonne le corps.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES CHATAIGNES (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

LES CHATAIGNES

Comme on pique aux vertes châtaignes
Des doigts d’enfant trop tendres,
A ton rire j’ai piqué mon coeur qui saigne :
Laisse-moi cuire la châtaigne en la cendre.

J’ai mordu l’écorce amère de la noix
Avant de savoir la saveur du fruit si doux :
Laisse-toi prendre d’amour, laisse-toi,
Laisse mûrir ton coeur avec la noisette d’août.

Les châtaignes que nous n’éplucherons pas de nos doigts
Et les noix qu’on ne mettra pas sécher au cellier,
Cet hiver, vois-tu, pourriront au bois,
Et comme elles flétries, tu serais vite oubliée…

(Tristan Klingsor)

 

 

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Toi ma laide, tu es une châtaigne hirsute (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Toi ma laide, tu es une châtaigne hirsute,
toi ma belle, tu es belle comme le vent,
ma laide, de ta bouche on en peut faire deux,
ma belle, tes baisers sont des pastèques fraîches.

Ma laide, tes deux seins, où les as-tu cachés ?
Ils sont petits, petits, c’est deux coupes de blé,
quand j’aimerais voir deux lunes sur ta poitrine :
les tours géantes de ta souveraineté.

Laide, en sa boutique la mer n’a pas tes ongles,
belle, fleur après fleur, étoile par étoile,
vague par vague, amour, moi j’ai compté ton corps :

ma laide, je t’aime pour ta ceinture d’or,
ma belle, je t’aime pour la ride à ton front,
mon amour, j’aime en toi le clair avec l’obscur.

***

Mi fea, eres una castaña despeinada,
mi bella, eres hermosa como el viento,
mi fea, de tu boca se pueden hacer dos,
mi bella, son tus besos frescos como sandías.

Mi fea, dónde están escondidos tus senos ?
Son mínimos como dos copas de trigo.
Me gustaría verte dos lunas en el pecho :
las gigantescas torres de tu soberanía.

Mi fea, el mar no tiene tus uñas en su tienda,
mi bella, flor a flor, estrella por estrella,
ola por ola, amor, he contado tu cuerpo :

mi fea, te amo por tu cintura de oro,
mi bella, te amo por una amiga en tu frente,
amor, te amo por clara y por oscura.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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CHANSON D’HEUREUX MARIAGE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2019



    

CHANSON D’HEUREUX MARIAGE

Viens-t’en ma Jeannette
Entre chien et loup,
Avec la musette
Les soirs seront doux.

Manger des châtaignes,
Boire du vin doux,
Parler de la noce,
Qui sonnera pour nous.

Avec la musette
C’est toujours la fête.

Nous achèterons un âne
Ni long, ni rond : un pousse-cailloux
Pour promener notre femme
Sur la route de Charroux.

Avec la musette
Les soirs seront doux.

Même si nous portons des cornes,
Nous ne serons point jaloux.
Ça pousse quand on s’amuse
Au son de la cornemuse.

Avec la musette
C’est toujours la fête.

Cornes branchues comme houx,
C’est bon signe pour l’époux.
C’est que la femme est jolie,
Quand elle n’est pas toute à vous.

Avec la musette
C’est toujours la fête,
Avec la musette
Les soirs seront doux.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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BRETAGNE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018




BRETAGNE

Elle me rappelle un bout de saucisse
Fumée dans la cheminée
Un morceau de lard bien gras
La soupe épaisse du matin
Dans la marmite noire
Une poignée de châtaignes
Et des pommes cuites sous la cendre
Une bolée de cidre bien gouleyant
Des galettes de blé noir
Baignées de beurre salé
Des sardines frites sur le gril
Elle me rappelle la pluie ravinant le granit
Le vent hurlant sur la lande
Un calvaire à la croisée des chemins
Elle me rappelle les filles
Au corsage bien garni
Qu’on roulait dans la paille
Quand majestueuse
La batteuse ronronnait dans l’ombre du soir
Et que le travail de la terre
Exaltait la fraternité des hommes
Elle me rappelle des fermes blotties derrière des haies
Des chemins creux des embuscades d’antan
Des prés minuscules
Où broutaient des vaches placides
Au museau toujours humide
Elle me rappelle dans sa chaumière
Une fille qui te ressemblait
Derrière sa machine à coudre

(Jean-Baptiste Besnard)

Site de Jean-Baptiste

 

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Je prétends à la vie (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



    
Je prétends à la vie
Et ne supporte pas
Qu’on me tienne enfermé
Dans les pages d’un livre

Hors des mots seulement
Je palpite et je suis
Pareil à cette image
Inconnue de moi-même

Si quelqu’un veut toucher
Mon coeur qu’il s’agenouille
Et creuse lentement
Le coeur chaud de la terre

Qu’il soulève en ses mains
La glaise et le terreau
L’humus qui garde encor
Une odeur de châtaigne

Qu’il aille plus profond
Dans la nuit des racines
Là où le feu commence
A mordiller le grain

Qu’il me saisisse enfin
Alors que je dérive
Inlassablement nu
Vers un pays certain.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Je voudrais je ne pourrai pas m’habituer (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



    

Illustration

Je voudrais je ne pourrai pas
M’habituer aux chevaux et aux fleurs de lilas

Le train qui passe à l’horizon est très ancien
Sa mécanique très moderne n’y fait rien

Il est graissé et sans défaut comme un poème
Mais ce sont les chants du Gaélique que j’aime

Je voudrais je ne pourrai pas
M’absenter des chevaux et des fleurs du lilas

L’aéroplane est vieux l’automobile est vieille
Seul le vrombissement mélodieux d’une abeille

Est jeune et jeune aussi ce vieillard attardé
Dans sa marche par la marche d’un scarabée

Je voudrais je ne pourrai pas
M’habituer aux chevaux et aux fleurs du lilas

Car j’ai peur de ne plus savoir mourir comme on s’aligne
Côte à côte pour un concours de pêche à la ligne

J’ai peur de n’être pas à la hauteur de mes voisins
Qui conduisent des automobiles et prennent le train

Et meurent dans leur lit sans souci des campagnes
Où l’amour tue comme un éclatement de châtaigne

Je mourrai mais je ne pourrai pas
M’absenter des chevaux et des fleurs du lilas

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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