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Posts Tagged ‘château’

Le château de l’espérance (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020



Le château de l’espérance

Ta pâle chevelure ondoie
Parmi les parfums de ta peau
Comme folâtre un blanc drapeau
Dont la soie au soleil blondoie.

Las de battre dans les sanglots
L’air d’un tambour que l’eau défonce,
Mon coeur à son passé renonce
Et, déroulant ta tresse en flots,

Marche à l’assaut, monte, – ou roule ivre
Par des marais de sang, afin
De planter ce drapeau d’or fin
Sur ce sombre château de cuivre

– Où, larmoyant de nonchaloir,
L’Espérance rebrousse et lisse
Sans qu’un astre pâle jaillisse
La Nuit noire comme un chat noir.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Sabin Balasa

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CONTE DE FEES (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2020



CONTE DE FEES

Si j’étais une fée … je te ferais Princesse !
Toi ma petite fille au regard limpide
Ta vie résonnerait en un chant d’allégresse
Pour t’offrir un destin sans image livide.

Tes châteaux en Espagne auraient un goût de vrai
Où tu irais danser au-delà de minuit
Ta pantoufle de vair, par bonheur échouerait
Dans les mains d’un héros des Mille et Une Nuits.

Tes jardins seraient pleins de citrouilles dorées
Pour que de ma baguette en sortent des carrosses
Qui anéantiraient comme un raz de marée
Les crapauds malveillants et les Fées « Carabosse ».

Tes voyages lointains sur des tapis volants
Te feraient découvrir le Pays des Merveilles …
La Lampe d’Aladin, dans le soleil couchant
T’éclairerait sans fin de ses rayons de miel …

Quand je te vois dormir au creux de ton berceau
Soudain je t’imagine en Belle au Bois Dormant
Sortant de son cocon de soie et de cristaux
Et qui prendrait l’Amour pour un Prince Charmant !

Mais … je rêvais tout haut … me revoici sur terre
C’est Toi qui es la Fée de notre quotidien
Lorsque tu apparais, tu portes la lumière
Eblouissant nos vies de tes yeux enfantins !

(Jacqueline Commard)

 

 

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Dormir (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



Illustration: Ron Mueck
    
Dormir

Il a dormi sur ses mains.
Sur un rocher.
Sur ses pieds.
Sur les pieds de quelqu’un d’autre.
Il a dormi dans des cars, des trains, des avions.
Dormi pendant le service.
Dormi au bord de la route.
Dormi sur un sac de pommes.
Il a dormi dans des toilettes publiques.
Dans un grenier à foin.
Au Super Dome.
Dormi dans une Jaguar, et à l’arrière d’un pick-up.
Dormi dans des théâtres.
En prison.
Sur des bateaux.
Il a dormi dans des refuges en rondins et, une fois, dans un château.
Dormi sous la pluie.
Sous un soleil brûlant il a dormi.
À cheval.
Il a dormi dans des fauteuils, des églises, des hôtels de luxe.
Il a dormi sous le toit d’inconnus tout au long de sa vie.
À présent il dort sous la terre.
Dort encore et sans fin.
Comme un vieux roi.

(Raymond Carver)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Jacqueline H. jeem-Pierry Carasso et Emmanuel Moses
Editions: De l’olivier

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Sur l’étang du château (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2020



Sur l’étang du château
reste une île
où se tiennent les vieux cygnes
elle n’est utile qu’à leur repos
nulle femme ne s’y cache plus
ni par amour ni par calcul
la pâquerette y sort de terre
et la lenteur s’y résume.

(Jean Follain)

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Les Amoureux (Aldebert)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2020




    
Les Amoureux

Souvent a l’école, on se moque de nous
Les enfants rigolent, ce sont des jaloux
Ma princesse a osé, quelle bien jolie scène
Elle a déposé sa main dans la mienne

Nous faisons le mur, ce n’est pas de tout repos
Je suis sans armure, elle est sans château
Souvent dans la rue, on nous montre du doigt
Les gens sont bourrus, mais les gens sont comme ça

Tout ça parce que tous les deux, nous oublions d’être sages
On est amoureux, et nous enjambons les nuages!

Nous avons fugué entre deux paragraphes
Nous avons largué les leçons d’orthographe
Tout par dessus bord, les dictées, les problèmes
On est tombé d’accord, pour se dire je t’aime.

Ici les oiseaux sont dans la confidence

Quand on est en haut, plus rien n’a d’importance
Au premier baiser, plus rien ne bouge
J’ai senti passer, mes joues de roses à rouges

Selon les vents, si ça nous sonne
Quand nous serons de grandes personnes
Nous redescendrons sur Terre

Et quand les archers auront des ailes
Le cœur de tout les écoliers
Nous viendrons vous chanter ces vers

Levez bien la tête! Ouvrez grand les yeux!
Vous verrez peut être les enfants amoureux.

Fleurter sur les stratus, quelle sensation étrange.
Flâner sur les nimbus, deux apprentis-anges.

Nous oublions d’être sages, et nous enjambons les nuages.
Nous oublions d’être sages, et nous enjambons les nuages!

(Aldebert)

 

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CHÂTEAU RURAL (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



CHÂTEAU RURAL

J’eus ce rêve. Elle a vingt ans, je n’en ai pas moins;
Nous habiterons ces chers coins
Qu’embaumeront ses soins.

Ce sera là tout près, oui, rien qu’au bas du val;
Nous aurons triple carnaval :
Maison, coq et cheval.

Elle a les yeux de ciel, tout donc y sera bleu :
Pignon, châssis, seuil, porte, heu!
Dedans peut-être un peu.

Elle a les cheveux blonds, nous glanerons épis,
Soleils, printemps, beaux jours, foins, lys
Et l’amour sans dépits.

Sans doute, elle m’aura, m’ayant vu si peu gai
— Ne fût-ce que pour me narguer —
Un ange délégué !

Brusque je m’éveillai. Mon coq au jour qui gagne
Pleurait là-bas dans la campagne
Son poulailler d’Espagne.

(Emile Nelligan)


Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

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UN OISEAU CHANTAIT (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

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UN OISEAU CHANTAIT

Derrière chez mon père, un oiseau chantait,
Sur un chêne au bois,
— Autrefois —
Un rayon de soleil courait sur les blés lourds;
Un papillon flottait sur l’azur des lents jours
Que la brise éventait;
L’avenir s’érigeait en mirages de tours,
Qu’enlaçait un fleuve aux rets de ses détours :
C’était le château des fidèles amours.
— L’oiseau me les contait.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait
La chanson de mon rêve;
Et, voix de la plaine, et voix de la grève,
Et voix des bois qu’Avril énerve,
L’écho de l’avenir, en riant, mentait :
Du jeune coeur, l’âme est la folle serve.
Et tous deux ont chanté
Du Printemps à l’Été.

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Un oiseau chantait d’espérance et de joie,
Chantait la vie et ses tournois
Et la lance qu’on brise et la lance qui ploie;
Le rire de la dame qui guette
Le vainqueur dont elle est la conquête;
La dame est assise en sa gonne de soie
Et serre sur son coeur une amulette.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait,
De l’aube jusqu’en la nuit,
Et dans les soirs de solitaire ennui
Sa chanson me hantait;
Si bien qu’au hasard de paroles très douces
Je me remémorais ses gammes,
Apprises parmi les fougères et les mousses,
Et les redisais à de vagues dames,
Des dames blondes ou brunes ou rousses,
Des dames vaporeuses et sans âmes.

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Un oiseau chantait la chanson de l’orgueil;
Et dans les soirs nerveux d’émois
Je l’écoutais du seuil;
Ils sont morts, les vieux jours de fiers massacres;
Mes orgueils, écumants du haut frein de mon veuil,
Se sont cabrés aux triomphes des sacres,
Ils ont flairé les fleurs du cercueil,
Arômes des catafalques — doux et acres;
Mes vanités sont au cercueil.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait
Qui chante dans mon âme et dans mon coeur, ce soir;
J’aspire l’ombre ardente où fume un encensoir,
Ô jardins radieux qui m’avez enfanté!
Et je revis chaque heure et toutes vos saisons :
Joie, en rire de feuilles claires par la rive,
Joie, en sourires bleus de lac aux horizons,
Joie, en prostrations de la plaine passive,
Joie éclose en frissons;
Les jeunes délices qui furent dans nos yeux
— Aurores et couchants — les étoiles des cieux,
Et le portail de Vie ouvert et spacieux
Vers les jeunes moissons!

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Derrière chez mon père, un oiseau chantait,
En musique de flûte alerte et de hautbois,
En musique qui te vantait,
Toi, mon Rêve et mon Choix;
Sais-tu combien, aux soirs, s’alanguissait ma vie?
Sais-tu de quels lointains mon âme t’a suivie?
Et comme ton ombre la tentait,
Vers le Château d’Amour que l’oiseau chantait,
Sur un chêne au bois?
— Autrefois. —

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Bai Guowen

 

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Avant la marée (Ying Chen)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2020


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Sur la plage
Ils construisent un château
Avant la marée

(Ying Chen)

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À GENTILLY (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Georges-Henri Manesse
    
À GENTILLY

Il est pour tout mortel, soit que, loin de l’envie,
Un astre aux rayons purs illumine sa vie ;
Soit qu’il suive à pas lents un cercle de douleurs,
Et, regrettant quelque ombre à son amour ravie,
Veille auprès de sa lampe, et répande des pleurs ;

Il est des jours de paix, d’ivresse et de mystère,
Où notre coeur savoure un charme involontaire,
Où l’air vibre, animé d’ineffables accords,
Comme si l’âme heureuse entendait de la terre
Le bruit vague et lointain de la cité des morts.

Souvent ici, domptant mes douleurs étouffées,
Mon bonheur s’éleva comme un château de fées,
Avec ses murs de nacre, aux mobiles couleurs,
Ses tours, ses portes d’or, ses pièges, ses trophées,
Et ses fruits merveilleux, et ses magiques fleurs.

Puis soudain tout fuyait : sur d’informes décombres
Tour à tour à mes yeux passaient de pâles ombres ;
D’un crêpe nébuleux le ciel était voilé ;
Et, de spectres en deuil peuplant ces déserts sombres,
Un tombeau dominait le palais écroulé.

Vallon ! j’ai bien souvent laissé dans ta prairie,
Comme une eau murmurante, errer ma rêverie ;
Je n’oublierai jamais ces fugitifs instants ;
Ton souvenir sera, dans mon âme attendrie,
Comme un son triste et doux qu’on écoute longtemps !

(Victor Hugo)

 

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Nous nous aimions (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



Nous nous aimions

Nous nous aimions sur ce rivage
Quand le phare perçait la brume
Qui tombait sur la mer sauvage
Dont le flot se couvrait d’écume.

Nous nous aimions dans ce vieux port,
En regardant les vieux bateaux
Ancrés au pied du vieux château
Que survolait l’oiseau de mort.

Nous nous aimions sur cette plage,
Près d’un tapis de coquillages,
D’une passion impérissable
Comme tous les châteaux de sable.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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